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22/11/2019 15:13 EST | Actualisé 22/11/2019 15:14 EST

J'ai caché ma maladie mentale à ceux que j'aime le plus. Voici pourquoi.

Je vis avec une maladie que la société a encore du mal à comprendre.

Courtoisie/Kimberly Zapata
Kimberly Zapata et son mari

J’ai essayé de cerner le moment où je suis passée d’une enfant insouciante à un adolescente déprimée, mais je n’y arrive pas. Il n’y a pas eu d’événement ni d’incident. C’est plutôt ma personnalité qui s’est effacée.

J’étais une lumière sur un gradateur - une ampoule à incandescence qui commençait lentement à s’éteindre. Mais les pièces que j’ai réussies à assembler me laissent entrevoir un passé trouble.

À 12 ans, je suis devenue consciente de moi-même. Je pesais 100 livres, ce qui était 10 livres de trop, et je portais des chemises trop grandes et des pantalons trop ajustés pour me cacher et protéger mon corps.

Mes vêtements sont devenus mon armure, un bouclier me séparant du monde.

Au secondaire, j’ai perdu ma voix - pas au sens propre mais au sens figuré - parce que pendant que mes amies pensaient aux garçons et aux soirées de remise des diplômes, je pensais à la morosité et à la mort, et ces pensées n’étaient pas «normales», c’est ce qu’on m’a dit.

La première fois que j’ai partagé mes peurs avec mes amis, ils se sont éloignés. Ils m’ont dit que j’étais «sombre» et «dramatique» et que je ne devrais pas prendre la vie aussi au sérieux… et j’ai écouté. Je me taisais. J’ai décidé qu’il valait mieux faire semblant que de ne pas avoir d’amis.

Je me suis isolée. J’allais à l’école et une fois chez moi, je regardais la télévision allongée sur le canapé ou dans mon lit. J’ai beaucoup dormi et très peu mangé. J’ai commencé à sauter le déjeuner et à manger à peine au dîner. À l’école, j’étais triste. Un poids inquiétant et oppressant s’était installé sur ma poitrine. Respirer faisait mal. Je me sentais mal. Vivre me faisait mal.

J’étais coincée dans une pièce de misère sans fenêtres que (je pensais) j’avais construite et la culpabilité devenait accablante. Je détestais le fait de ne pas pouvoir accomplir les tâches les plus ingrates, comme me brosser les cheveux ou les dents. Je me suis aussi sentie brisée et «folle». Les années passées à vivre avec ça en silence m’ont fait sentir complètement seule. Résultat: j’ai essayé de me suicider. J’avais 17 ans à l’époque.

La bonne nouvelle est que peu de temps après, j’ai demandé de l’aide, j’ai consulté un médecin et obtenu un diagnostic. J’ai appris que j’avais et j’ai toujours des troubles de santé mentale. Tandis que je me suis habituée à dire les mots: «Je suis malade. J’ai une maladie J’ai un trouble bipolaire, un trouble anxieux et je suis dépressive», j’ai encore du mal à demander de l’aide.

J’ai caché ma maladie mentale à ceux que j’aime le plus.

Bien sûr, je sais que ça semble stupide. Mon mari a toujours été au courant de mes problèmes de santé mentale, ce qui l’a aidé à prendre soin de moi, mais j’ai eu du mal à en parler à qui que ce soit. Mes amis et ma famille se soucient de moi, m’aiment et veulent m’aider. Ils me l’ont dit, maintes et maintes fois.

Mais la dépression est une maladie inconstante - une maladie délicate - et, comme la plupart des maladies mentales, elle déforme les pensées. Ça vous fait croire que vous ne valez pas la peine d’être aidé ou soutenu. Ça vous fait croire que vous n’êtes pas assez bon, intelligent ou intéressant.

Je suis triste, mais il n’y a pas de raison. Je me sens vide et engourdie, mais je ne peux pas dire aux gens ce que ça signifie ou pourquoi.

Dans ma tête, j’entends: «Tu es sans espoir. Tu es impuissante. Tu es faible. Tu gâches tout. Personne ne t’aime. Personne ne se soucie de toi.» Aussi, je ne sais pas quoi dire. Je suis triste, mais il n’y a pas de raison. Je me sens vide et engourdie, mais je ne peux pas dire aux gens ce que ça signifie ou pourquoi.

J’ai peur du rejet - que ma réalité soit minimisée ou ignorée - comme c’était le cas au secondaire. C’est une douleur que je ne suis pas sûre de pouvoir supporter. Quand je suis malade, le risque est trop grand.

Je crains que mon «humeur» ne soit un fardeau. Je ne veux pas blesser mes amis ou les décourager, alors je ris et je souris. Je sors malgré la tristesse et la douleur. La dernière fois que j’ai envisagé de me suicider, j’ai eu une étincelle et j’ai passé la soirée à Broadway. J’ai caché ma maladie avec de grands cheveux et des lèvres colorées. Le mascara masquait ma misère ... et mes larmes.

Je crains que si on réalise l’ampleur de ma maladie, on pensera que je suis «folle». On parlera de moi, on se moquera de moi et on me jugera, parce que je l’ai été. Des amis et des membres de ma famille ont suggéré que je sois «déséquilibrée». On m’a déjà dit «tout est dans ta tête» et ça me fait mal. C’est inutile d’être à la merci de mes combats et que les gens que j’aime me disent que je les invente.

Ça ne se produit pas seulement dans ma vie personnelle. Ça me touche aussi professionnellement. Dans mon emploi précédent, mes problèmes de santé mentale m’ont mise dans un coin. Ça m’a menée à croire que je devais endurer ou partir.

Je vis avec une maladie que la société a encore du mal à comprendre.

Je ressens une immense culpabilité de ressentir ça. J’ai un bon mari, deux enfants heureux, en bonne santé et adorables, une belle maison, un travail extraordinaire et il y a de la nourriture dans notre frigo. Je sais que je suis bénie. Mais plusieurs choses ne peuvent pas me rendre heureuse et les gens ne peuvent pas résoudre mon problème, car il ne s’agit pas que d’un problème.

J’ai et je vis avec une maladie que la société a encore du mal à comprendre.

Ne vous y trompez pas: nous avons fait de grands progrès en matière de soins de santé mentale. Il y a moins de 60 ans, l’institutionnalisation était «la norme» et, dans les années 40 et 50, les lobotomies étaient courantes. Selon Wired, la procédure radicale a été utilisée pour «guérir» plus de 40 000 patients souffrant de maladie mentale.

Et, alors que les médecins comptent désormais sur les médicaments et la thérapie pour traiter les troubles de santé mentale, la manière dont on parle de ces maladies reste problématique. Nous parlons de maladie mentale à demi-voix. Nous utilisons des termes tels que «est victime de». Nous nous excusons pour éviter de parler de nos conditions. Je préférerais dire «j’ai mal à la tête» que «je suis vraiment triste». Il y a aussi un manque général d’éducation.

En grandissant, je savais qu’on soignait les bobos, mais que les émotions devaient être ravalées. J’ai entendu des choses comme «ne pleure pas», «arrête de pleurer», «ne sois pas aussi dramatique» et «détends-toi; c’est pas si mal», et ces actions perpétuent la stigmatisation. Ils contribuent à la crise de santé mentale.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 450 millions de personnes vivent avec une maladie mentale, mais la plupart ne reçoivent jamais de traitement. Près des deux tiers des personnes atteintes d’un trouble mental connu ne demandent jamais d’aide.

Cela dit, il y a de l’aide et de l’espoir. J’ai un psychologue, un psychiatre et je prends des médicaments. Même si c’est difficile, je parle ouvertement de mes problèmes de santé mentale - je suis rédactrice et la fondatrice de Greater Than: Illness, une organisation à but non lucratif qui vise à redonner du pouvoir aux enfants et aux jeunes adultes aux prises avec une maladie mentale - et la plupart du temps, mon sourire est authentique. Mes maladies sont gérées. Par contre, je mentirais si je disais que les choses sont parfaites.

Je me bats toujours avec la crainte d’être inadéquate et j’ai du mal à m’ouvrir. Je peux parler publiquement de la santé mentale tous les jours, mais être honnête avec ceux que j’aime est plus difficile. Je me sens vulnérable et à nue, mais je sais que ces peurs sont des symptômes de ma maladie et de mon passé, alors je travaille avec mon thérapeute pour me sentir digne de temps et d’amour.

J’essaie d’être plus honnête sur ce que je ressens vraiment lorsqu’un de mes proches me le demande.

J’ai enlevé le mot «bien» de mon vocabulaire et j’utilise «ok» avec parcimonie (c’est-à-dire que je l’utilise pour élaborer et accepter des projets, mais pas pour décrire mon humeur). J’essaie d’être plus honnête sur ce que je ressens vraiment lorsqu’un de mes proches me le demande. Et bien que je ne puisse pas toujours expliquer mes sentiments, je commence à mieux admettre quand les choses vont mal.

J’essaie d’être plus ouverte parce que je sais que mes proches veulent aussi ce qu’il y a de mieux pour moi et ma santé mentale. Je suis capable de dire des choses comme «j’ai une journée difficile» - et c’est énorme. C’est un début, et quand je dis ça, ma famille et mes amis me croient.

Donc, si vous avez mal, sachez que vous n’êtes pas une mauvaise personne. Vous n’êtes pas fou et vous n’êtes pas seul. Il y a de l’aide. Il y a de l’espoir et du soutien tout autour de vous. Vos amis et vos proches se soucient de vous. Discutez avec eux pour essayer de voir comment vous pouvez vous sentir soutenu dans vos difficultés.

Ce texte, initialement publié sur le site du HuffPost États-Unis, a été traduit de l’anglais

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