Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

La question à 1000$: une province canadienne dans le Sud, c'est possible?

Le candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada Bryan Brulotte ressuscite un vieux rêve d'annexer un territoire des Caraïbes.
La plage de Grace Bay dans les Îles Turques-et-Caïques pourrait-elle un jour devenir la plus belle plage du Canada?
La plage de Grace Bay dans les Îles Turques-et-Caïques pourrait-elle un jour devenir la plus belle plage du Canada?

Le candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada, Bryan Brulotte rêve de voir le pays accueillir une nouvelle province ou un nouveau territoire... dans les Caraïbes.

«L’une des initiatives que je poursuivrais serait la participation négociée d’une province ou d’un territoire des Caraïbes à la fédération», peut-on lire dans son manifeste Une vision pour le Canada. Mais est-ce vraiment une possibilité?

«Ouf, ce sont de vieilles idées, ça!» lance d’entrée de jeu Martin Pâquet, professeur en histoire politique canadienne à l’Université Laval.

«Ça remonte au 19e siècle», explique le professeur. «À ce moment-là, le Canada fait encore partie de l’Empire britannique et il est souvent question de reconfiguration de l’Empire en termes d’organisation politique.»

«On parlait alors très souvent de telle ou telle île qui devrait rejoindre le Dominion du Canada», note-t-il.

Pourquoi annexer un nouveau territoire?

Si Bryan Brulotte rêve d’un territoire canadien outre-mer, c’est surtout pour que les citoyens en mal de chaleur puissent aller se faire dorer au soleil sans avoir à sortir leur passeport ou à se procurer des devises étrangères.

L'homme d'affaires et ex-militaire Bryan Brulotte.
L'homme d'affaires et ex-militaire Bryan Brulotte.

«Imaginez-vous tous les milliards de dollars que les Canadiens dépensent quand ils vont dans le Sud. S’ils n’avaient pas besoin de prendre leur passeport et pouvaient juste prendre leur permis de conduire et utiliser des dollars canadiens en vacances, je pense que les gens aimeraient ça», s’est-il enthousiasmé en entrevue avec le HuffPost Québec.

Disons que les politiciens du 19e siècle étaient bien loin de ces préoccupations de villégiature.

«La civilisation des loisirs et les voyages dans le Sud, c’est après la Deuxième Guerre mondiale, les années 60 même, que ça a commencé», rappelle M. Pâquet.

Au 19e siècle, la préoccupation principale était de servir les intérêts de l’Empire britannique.

«Un empire, ça coûte très cher! rappelle M. Pâquet. Surtout au 19e siècle. Les distances importantes, l’administration sur place, l’exploitation des ressources... ce sont des éléments qui coûtent très cher.»

«L’Empire britannique tenait à ce que ça coûte moins cher, alors il proposait au Dominion du Canada de s’occuper de certains territoires», précise le professeur.

Une idée, plusieurs moutures

Au fil des décennies, plusieurs possessions britanniques dans les Caraïbes ont été évoquées comme candidats pour rejoindre le Canada: les Bahamas, les Bermudes, la Barbade, le Honduras britannique (aujourd’hui le Bélize) et même la Jamaïque!

Mais le nom qui revient le plus souvent - et le seul mentionné par Bryan Brulotte en entrevue - est celui des Îles Turques-et-Caïques, un archipel britannique situé entre les Bahamas et Cuba, mieux connu par son surnom d’Îles Turquoises.

L’idée a été lancée pour la première fois par le premier ministre canadien Robert Borden, en 1917.

En 1974, un député du Nouveau Parti démocratique du Canada (NPD) avait déposé un projet de loi afin d’en faire la onzième province canadienne.

L’archipel a d’ailleurs déjà démontré de l’intérêt pour l’idée. Un sondage publié en 1990 indiquait même que 90% de ses résidents étaient en faveur d’une union avec le Canada.

Trente ans plus tard, en 2004, l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse votait à l’unanimité en faveur d’une motion invitant l’archipel à rejoindre la province.

L’idée a été ramenée sous les projecteurs par le député conservateur Peter Goldring en 2003 et 2014, et débattue lors d’un congrès du NPD en 2016.

Une province ou un territoire?

Lorsqu’il parle de son projet, Bryan Brulotte prend soin de préciser qu’il pourrait s’agir d’une nouvelle province «ou d’un nouveau territoire». C’est parce que la création d’un nouveau territoire est beaucoup plus simple que celle d’une province.

Pour créer un nouveau territoire, le gouvernement fédéral n’a qu’à adopter une loi, comme ce fut le cas en 1993 avec la Loi sur le Nunavut (qui n’a toutefois mené à la création officielle du territoire que le 1er avril 1999).

Le Canada compte trois territoires: le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut.
Le Canada compte trois territoires: le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut.

Pour créer une nouvelle province, la constitution canadienne exige d’avoir le soutien de sept provinces réunissant au moins 50% de la population. C’est pour contourner cette restriction que la Nouvelle-Écosse proposait en 2004 d’accueillir les Îles Turques-et-Caïques en son sein.

Alors, est-ce que c’est plausible?

S’il concède que la possible annexation des Îles Turques-et-Caïques a fait l’objet de «discussions importantes» dans les années 80, Martin Pâquet voit mal un tel projet trouver des appuis dans la classe politique d’aujourd’hui.

«En termes de politique internationale, le climat a beaucoup changé depuis la Seconde Guerre mondiale et la création de l’Organisation des Nations unies. On se méfie beaucoup des annexions. On est très sensible au droit à l’autodétermination des peuples», souligne-t-il.

Il estime qu’une annexion par le Canada serait «très mal vue» sur la scène internationale.

«À l’époque de Stephen Harper, John Baird, qui était le ministre des Affaires étrangères, a bien indiqué qu’il était hors de question que le Canada s’embarque dans une politique d’annexion, entre autres parce que ça aurait nui à son image internationale», estime le professeur.

««Ce n’est pas notre rôle d’annexer des îles dans les Caraïbes»»

- John Baird, en 2014, alors qu'il était ministre des Affaires étrangères du Canada

L’intérêt des Îles Turques-et-Caïques n’est d’ailleurs plus au rendez-vous. En visite au Canada en 2014, le premier ministre Rufus Ewing avait écarté l’idée, en déclarant que l’archipel «n’avait pas l’intention de passer du nid d’une mère à celui d’une autre», en se libérant du contrôle britannique pour passer sous contrôle canadien.

Martin Pâquet ne se fait donc pas d’idées quant à la possibilité de visiter un jour les Caraïbes sans quitter le Canada. «Je pense que ça s’inscrit dans un projet impérial. Est-ce que le Canada a vraiment besoin d’adhérer à une logique impériale?»

Bryan Brulotte, en tous cas, ne semble pas contre.

À l’heure des réseaux sociaux et de l’information en continu, on n’a pas le temps de tout lire. Dans sa rubrique La question à 1000 $, le HuffPost Québec revient sur une question qui fait jaser et vous aide à la décortiquer dans moins de temps qu’il n’en faut pour boire une tasse de café!

À VOIR: La question à 1000$: Pourquoi Hydro-Québec a-t-il tant de surplus?

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.