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Les communautés anti-vaccins se transforment en pépinière pour QAnon

La théorie du complot d'extrême droite s'infiltre dans les pages anti-vaccination partout sur les réseaux sociaux. Et accentue les dommages.
Une femme portant un chandail QAnon assiste à une manifestation anti-vaccination le 30 août à Boston.
Une femme portant un chandail QAnon assiste à une manifestation anti-vaccination le 30 août à Boston.

La semaine dernière, Facebook a supprimé le plus grand groupe anti-vaccin de sa plateforme. «Stop Mandatory Vaccination» (Arrêtez la vaccination obligatoire), qui comptait à un moment donné plus de 200 000 adeptes, était un cloaque de propagande anti-vaccin, où les membres présentaient des «remèdes naturels» tout en se décourageant mutuellement de rechercher des soins médicaux traditionnels.

Mais le groupe n’avait pas violé une politique contre la diffusion de désinformation dangereuse sur la santé, la promotion de mensonges sur les vaccins ou la vente de «médicaments» non prouvés lorsqu’il a soudainement disparu mardi soir – aucune règle de ce type n’existe sur Facebook. Il a été fermé pour avoir fait la promotion de QAnon.

La rhétorique de QAnon s’est infiltrée dans les pages anti-vaccination de tous les médias sociaux ces derniers mois. Les adeptes dévoués de la théorie du complot ont surmonté la répression radicale des géants de la technologie en infiltrant d’autres communautés, puis en les empoisonnant avec de la désinformation. Cela a transformé le vaste écosystème de communautés anti-vaccination en ligne en vecteur de radicalisation pour QAnon.

«Le but de la vaccination est de massacrer littéralement la population, de la laisser dans l’ignorance et de la rendre impuissante», a ainsi soutenu Larry Cook, le créateur du groupe «Stop Mandatory Vaccination», dans sa dernière vidéo Facebook Live. «Il s’agit d’un plan mondial visant à asservir littéralement chaque être humain sur la planète.»

Dans la vidéo, une image du drapeau américain est bien visible, au-dessus du slogan de QAnon, #WWG1WGA. De l’autre côté, on aperçoit la lettre Q, décorée d’étoiles et de bandes tricolores. Dans les commentaires, plusieurs l’ont remercié de les avoir «éveillés» à la «vérité».

L'influenceur anti-vaccination Larry Cook est devenu un promoteur majeur de QAnon.
L'influenceur anti-vaccination Larry Cook est devenu un promoteur majeur de QAnon.

Comme Cook, d’autres leaders du mouvement, dont Ty et Charlene Bollinger ainsi que David Wolfe, ont introduit leurs adeptes aux théories de QAnon via leurs comptes sur différents réseaux sociaux où le contenu est moins susceptible d’être modéré. Facebook, Instagram, Twitter et YouTube ne parviennent pas à supprimer 95% des publications contenant de la désinformation anti-vaccination qui leur sont signalées, selon un rapport du Center for Countering Digital Hate.

À l’intérieur du réseau tentaculaire de comptes anti-vaccination sur Instagram, qui est l’une des pires plateformes pour ce type de contenu, vous ne tomberez pas que sur des messages contestant les faits scientifiques derrière les vaccins. Vous risquez aussi de voir un message affirmant sans preuves que les démocrates ont truqué l’élection contre le président Trump, que la COVID-19 était une catastrophe planifiée, ou que le président élu Joe Biden est un pédophile.

Pour les membres des communautés contre les vaccins, qui sont souvent remplies de nouvelles mères à la recherche d’informations, la transition s’est déroulée en douceur. Des craintes sans fondement à propos de la vaccination se sont mêlées à la propagande de QAnon pour former une théorie unifiée de la malveillance des élites. Les vaccins ne sont plus simplement un supposé risque pour la santé (note: les vaccins sont sûrs et rigoureusement testés) – ils font maintenant partie d’un programme «d’État profond» (le deep state) pour laver le cerveau de la population et contrôler l’humanité.

«Le virus a été créé de toutes pièces. La pandémie a été créée de toutes pièces. La deuxième vague a été créée de toutes pièces. Le besoin d’un vaccin est créé de toutes pièces», a déclaré Laura Muhl, l’une des influenceuses anti-vaccination les plus en vue d’Instagram et mère de cinq enfants, à ses abonnés dans un article plus tôt cette année, à travers d’autres énoncés non fondées. Cela tout en faisant la publicité de divers produits de «bien-être».

La paranoïa liée à la vaccination s’inscrit parfaitement dans la théorie du complot de QAnon. Comme le prétendent les adhérents de QAnon, Trump se bat depuis des années contre une cabale de pédophiles libéraux au sein du gouvernement qui tentent de conquérir le monde. Alors que Trump devenait plus puissant, la cabale a déchaîné le coronavirus pour exercer un contrôle sur la population en imposant des confinements et, éventuellement, en imposant un vaccin qui sera secrètement utilisé pour maîtriser les masses. La suppression de pages de médias sociaux comme celle de Cook est la preuve de l’implication de Big Tech dans ce programme, tout comme l’absence de couverture médiatique est la preuve de la complicité des médias grand public.

Rien de tout cela n’est vrai, bien sûr, mais à mesure que ces théories du complot s’aggravent et prennent de l’ampleur, elles causent toujours de graves dommages et ont le potentiel d’en entraîner encore plus.

Il semble qu’un vaccin contre la COVID-19 devrait être disponible l’année prochaine. Mais pour être efficace au maximum, il doit être largement administré. Toutefois, aux États-Unis, plus d’un tiers des Américains affirment qu’ils ne prendraient pas un vaccin gratuit contre le coronavirus approuvé par la Food and Drug Administration s’il était disponible, selon un récent sondage Gallup. Cela alors même que le nombre de morts aux États-Unis dépasse le quart de million de personnes, et qu’un vaccin pourrait sauver d’innombrables vies, comme le soulignent les responsables de la santé publique.

Cette réticence est alimentée au moins en partie par l’infodémie – en parallèle de la pandémie – de déclarations fausses et sans fondement liées aux vaccins circulant en ligne. Selon un nouveau rapport de First Draft, une organisation mondiale à but non lucratif qui se penche sur la désinformation, les discours conspirateurs sur les intérêts prétendument néfastes de personnalités publiques et d’institutions clés entourant les vaccins suscitent désormais autant de scepticisme vis-à-vis des vaccins que les supposés problèmes de sécurité.

Le philanthrope milliardaire Bill Gates est devenu un supervillain du coronavirus dans les cercles anti-vaccins (et même au-delà). Des partisans de QAnon prétendent qu’il utiliserait le vaccin contre la COVID-19 pour implanter des micropuces dans le cerveau des gens afin de les traquer. Selon un sondage Yahoo News / YouGov publié plus tôt cette année, 44% des républicains croient que c’est vrai.

Des théories similaires à celles de QAnon ont émergé concernant les motivations des Centers for Disease Control and Prevention et du directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses, le Dr Anthony Fauci. Des théories qui ont parfois bénéficié de l’appui du président lui-même. La nouvelle selon laquelle les vaccins des fabricants américains de médicaments Pfizer et Moderna pourraient bientôt être autorisés pour une utilisation généralisée – un jalon historique qui pourrait marquer le début de la fin de la pandémie – a déclenché des spéculations encore plus désordonnées dans ce domaine.

C’est là que l’on pourrait s’attendre à voir une division nette entre les foules QAnon et anti-vaccination. Trump est à la fois un héros pour les croyants de QAnon et un promoteur majeur de l’opération Warp Speed, le programme de son administration pour développer et distribuer rapidement les vaccins COVID-19.

Mais comme les membres de tant d’autres communautés hyperpartisanes, les «anti-vaxxeurs» conspirateurs sont prompts à déformer les faits et à plier la réalité pour l’adapter à leur vision du monde. Ils pensent que le discours pro-vaccin de Trump n’est qu’une ruse pour tenir ses détracteurs à distance pendant qu’il se concentre sur le démantèlement de l’État profond. Ou comme l’a dit un commentateur sur l’un des récents posts Instagram de Cook, il est simplement en train d’apaiser les «moutons».

Même avant la pandémie, les plateformes de médias sociaux regorgeaient de propagande contre les vaccins. On y dénonçait surtout des problèmes strictement liés à la santé, tels que le mythe souvent réfuté selon lequel les vaccins causent l’autisme. Ce genre de désinformation avait déjà atteint des niveaux dangereux. Début février, des membres du groupe Facebook de Cook ont ​​exhorté une mère à ne pas donner à son fils malade et non vacciné de 4 ans son médicament antiviral prescrit par un médecin. Ils lui ont plutôt suggéré qu’elle essaie le thym et le sureau, a rapporté NBC News. Elle a suivi leurs conseils; le garçon est mort quatre jours plus tard.

Aujourd’hui, alors que les théories du complot autour de la COVID-19 de QAnon abondent, l’écosystème des informations entourant les nouveaux vaccins est encore pire. La constante évolution de la crise a produit des «déficits de données» dans lesquels «la demande d’informations sur un sujet est élevée, mais l’offre d’informations crédibles est faible», comme l’a noté First Draft dans son rapport.

QAnon s’est précipité pour combler le vide, poussant ses discours d’extrême droite et absent de faits devant des parents anxieux et d’autres personnes à la recherche désespérée de réponses sur le virus et les efforts pour le contenir.

Résultat: une guerre de l’information fait rage aux États-Unis, comme ailleurs, et oppose dorénavant les faits à la fiction, tout en érodant rapidement la confiance envers les vaccins à un moment critique.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.

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