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03/10/2018 12:05 EDT | Actualisé 04/10/2018 09:56 EDT

Vers les futurs enjeux

Chose certaine, au Québec, nous sommes prêts et nous avons besoin de tourner la page des vieux débats stériles.

THE CANADIAN PRESS/Ryan Remiorz
Allons-nous être nationalistes à l'image de la CAQ ou allons-nous rester en mode multiculturaliste, à l'image des Libéraux fédéraux et provinciaux?

Depuis 1867, le Québec n'a connu que quatre compositions politiques ayant formé le gouvernement. Au fil du temps, les Conservateurs, l'Union Nationale, le Parti québécois et le Parti libéral prirent le pouvoir tour à tour. Tous auront respecté la logique bipartite emblématique du Québec, expliquant pourquoi l'élection du premier octobre 2018 est historique!

Le système bipartite, illustré au fil des années par une alternance PQ-PLQ, n'est plus. Effectivement, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois ont atteint des résultats inusités; en d'autres mots, on peut dire qu'ils ont touché le fond. Est-ce la fin d'une époque? Peut-être!

C'est l'une des premières fois depuis 1976 que la question nationale, la question de la souveraineté du Québec, n'est pas l'enjeu principal d'une campagne électorale. Dans cette optique, le présent texte n'aura pas pour but de vous entretenir sur les résultats primaires de cette élection historique, mais bien de créer une discussion sur de futurs débats de fond.

Il est certain que l'ascension de la CAQ aura un effet sur les questions fondamentales de la société québécoise. La traditionnelle question fédéraliste-souverainiste sera mise à mal.

Changements de gouvernement, de mentalité, de débats?

Il me semble qu'au fil des discussions, des lectures et des sondages, deux questions vont venir remplacer les traditionnelles binarités gauche-droite et souverainiste-fédéraliste qui caractérisent le Québec depuis des décennies.

La Coalition avenir Québec se pose en nationaliste; la question identitaire du Québec sera donc certainement sujette à débat d'ici les prochaines années. Ainsi, nous aurons probablement droit à une discussion collective pour positionner le Québec au sein du Canada: quelle position notre province doit-elle adopter au niveau identitaire?

Allons-nous être nationalistes à l'image de la CAQ ou allons-nous rester en mode multiculturaliste, à l'image des Libéraux fédéraux et provinciaux?

La deuxième question fondamentale que nous devrions nous poser est inspirée par Québec solidaire, qui a maintenant un rôle de balance des pouvoirs au sein de l'Assemblée nationale. La victoire de Québec solidaire apporte une autre question de fond: cette volonté profonde d'égalité des chances sera-t-elle un mot d'ordre de plus en plus présent au Québec? C'est une question de philosophie politique que nous serons aussi amenés à nous poser.

Nationalisme ou multiculturalisme?

Ce nouveau débat que nous aurons sans doute au cours des prochaines années est, à mon sens, une bonne chose. Nous ne déterrons pas les affiches de 1980 ou 1995 réclamant la souveraineté, mais la CAQ semble bel et bien avoir l'intention d'afficher des politiques nationalistes identitaires qui vont à l'encontre du multiculturalisme à la Trudeau. Ce nouveau débat est effectivement une bonne chose, il transcendera le traditionnel débat gauche-droite / souverainiste-fédéraliste que nous avons depuis 50 ans.

J'espère fondamentalement que cette question aura pour effet d'introduire un débat de fond au Québec. J'espère que notre définition du «débat public», comme l'illustre Mathieu Bock-Côté, à savoir «qu'un débat au Québec c'est deux personnes qui trouvent une manière nouvelle de s'entendre» évoluera. J'espère que la question identitaire poussera la population à s'informer et à se questionner.

Chose certaine, au Québec, nous sommes prêts et nous avons besoin de tourner la page des vieux débats stériles.

À mon sens, la politique identitaire de la CAQ est aussi représentée par la volonté d'avoir plus d'autonomie en tant que province. De véritablement pouvoir décider pour nous-mêmes sans pour autant vouloir se séparer. C'est l'une des premières facettes de cette pensée identitaire.

Je pense qu'il faut être critique envers le multiculturalisme moderne à la Trudeau. C'est un débat difficile dans lequel les mots «racistes», «xénophobes», «islamophobes», fustigent de partout sans pour autant avoir un réel impact sur la question de fond. En tant qu'habitant de la province de Québec, fils de deux parents immigrants, je ne pense pas qu'être raciste soit de vouloir préserver sa culture et ses valeurs.

La logique canadienne m'apparait dépourvue de bon sens. J'ai cette impression que les immigrants n'ont plus besoin de s'adapter aux coutumes de leur pays d'accueil. J'ai plutôt l'impression que notre société doit adopter les mœurs du nouvel arrivant au nom de l' «ouverture d'esprit canadienne». J'ai l'impression que nous voulons nous prouver que nous sommes les meilleurs dans le domaine de l'immigration et qu'à ce titre nous devons accepter toutes différences...

Le multiculturalisme, dans cette forme, est donc l'ennemie du concept de «faire nation ou du faire communauté». Cette approche a pour effet d'édulcorer notre identité. Est-ce qu'un certain rappeur français qui dit: «à force de planter des arbres il n'y aura plus de place pour nos racines», aurait raison?

À Rome on fait comme les Romains?

Je me rappelle une anecdote racontée par l'une de mes proches, celle-ci me racontait qu'en escale à Doha durant la période du ramadan, celle-ci s'était fait réprimander pour avoir mangé une barre tendre en public. Je ne trouve pas cette situation choquante, car lorsqu'on visite un autre pays, c'est à nous de nous adapter aux mœurs et aux coutumes locales. Durant le ramadan, il est défendu de manger durant le jour.

C'est notre rôle, en tant qu'étranger, de s'adapter. Il me semble toutefois qu'au Canada, nous n'ayons pas ce genre de mentalité, j'ai l'impression qu'on dilue notre propre culture au nom de l'ouverture d'esprit et du multiculturalisme.

Il me semble que dans un contexte où nous voulons faire de notre culture, la culture de toutes les cultures, il est véritablement illogique que nous nous effacions pour accueillir autrui.

Le tout est d'ailleurs abordé dans le débat sur l'immigration, sans cesse présentée comme étant bonne ou mauvaise, selon la philosophie des partis. Il me semble toutefois que l'immigration ne doit pas être approchée de manière manichéenne. C'est une politique publique comme les autres et il faut la traiter comme tel. Les commentaires que l'on voit passer tous les jours nous démontrent d'ailleurs que plusieurs ne prennent pas le temps de constater les différences et les ressemblances entre les processus d'immigration au fédéral et au provincial.

On a longtemps parlé du fameux test de «valeurs» de François Legault, qui a quelques fois soulevé une certaine indignation. Pour ceux qui ne le savent pas, le gouvernement fédéral fait passer un test aux immigrants portant sur notre histoire et notre culture. Ainsi le terme «valeur» dans l'expression «test des valeurs» est-il mal choisi? Comme si cette expression laissait entendre que nous avons tous la même culture au sein du Québec? Ce mot donne une connotation négative. C'est mon avis.

Chose certaine, je me rappelle avoir fait le test de la citoyenneté canadienne dans un cours d'histoire en secondaire 4. Je me rappelle aussi que la moyenne avoisinait les 40%. Il faut donc réfléchir profondément à ce genre de question encore une fois, car l'importance de ce débat de fond est primordiale.

À cette question complexe, je ne prétends pas avoir raison ou tort. Je vous partage simplement mon avis, car c'est un enjeu qui occupera certainement une place importante prochainement. Ce n'est pas une question facile, car elle ne se répond ni par oui ni par non...

Liberté ou égalité?

L'autre débat de fond dont je vous parlais est illustré par la montée en puissance de Québec solidaire. Ce parti accorde une grande importance à l'égalité des chances. Par ce concept, on entend «une vision de l'égalité qui cherche à faire en sorte que les individus disposent des "mêmes chances", des mêmes opportunités de développement social, indépendamment de leur origine sociale ou ethnique, de leur sexe, des moyens financiers de leurs parents, de leur lieu de naissance, de leur conviction religieuse ou d'un éventuel handicap».

C'est en lisant De la démocratie en Amérique, un livre d'Alexis de Tocqueville, qu'un passage résonna dans ma tête. Le tout me fit réaliser que ce philosophe du 19e siècle est très actuel:

«Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l'égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l'égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l'égalité dans la servitude à l'inégalité dans la liberté».

Le tout me fait réaliser que le concept en lui-même d'égalité est l'illustration parfaite d'une justice sociale souhaitable. Mais Tocqueville m'interpelle quant à son application... Comment faire pour que tous soient égaux à la naissance sans une intervention accrue de l'état? C'est à mon sens impossible. Je me place donc derrière ce penseur français, que je nuance toutefois par l'idée que le bonheur n'est pas résultat de l'accumulation de nos libertés individuelles. Car dans ce cas, cela ne s'appellerait pas «vivre en société»...

Le futur, un défi de taille pour la CAQ

N'ayant pas de philosophie politique clairement établie pour répondre aux deux questions sur lesquelles repose cette chronique, je pense que la Coalition avenir Québec a du pain sur la planche. Il faut dire que le Parti libéral gouverne le Québec depuis bien longtemps. Il y a donc certainement du positif à tirer de ce nouveau joueur.

Les Québécois et Québécoises ont voté majoritairement pour le changement, et ce changement, ils l'auront certainement avec un nouveau parti au pouvoir, majoritaire qui plus est.

À tous, je vous souhaite de vous intéresser et de participer aux débats futurs. Donnez votre opinion, partagez vos idées, discutez! Soyez fière de ce que vous êtes, soyons fiers de ce que nous bâtissons tous ensemble sous le fleurdelisé. Continuons à croire en nos institutions politiques et en nos dirigeants. C'est en travaillant avec eux que l'on pourra réaliser les changements que l'on souhaite pour notre société.

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