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26/05/2018 08:00 EDT | Actualisé 26/05/2018 08:00 EDT

Moi, tu ne me déranges pas Jaggi Singh

Je ne suis pas d'accord avec toi, mais alors, pas du tout. Tout comme je suis en total désaccord avec La Meute et Atlante.

Jaggi Singh
LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot
Jaggi Singh

Je lisais un billet du chroniqueur Steve E. Fortin du Journal de Québecl'autre jour, faisant état de son ras-le-bol pour l'activiste-altermondialiste-anarchiste-alouette, Jaggi Singh. On voudrait le voir congédié de son emploi à Concordia parce que le trouble-fête n'aurait pas le « droit moral » de faire ses douteuses activités parascolaires. On peut avoir des professeurs péquistes, communistes, des concierges fans finis de La Voix, des secrétaires qui prennent l'avant-midi de congé pour aller faire le pied de grue au Black Friday. Mais un chialeux chronique qui manifeste avec la gogauche, en se faisant arrêter à tout bout de champ pour être assis au milieu d'une route, c'est subversif, c'est dangereux... comme une paire de boules sur YouTube.

Il est la preuve que l'idéalisme n'a pas d'âge ni de limites.

Je ris quand je vois Jaggi Singh. Je le trouve sympathique et tellement naïf. Il est la preuve que l'idéalisme n'a pas d'âge ni de limites. Doit-on empêcher ce Don Quichotte de manifester? Est-ce à dire que nous vivons dans une société parfaite, porte-étendard d'une démocratie libérale exempte de tout travers? J'imagine que non, car de plus en plus de groupes emboîtent le pas à Jaggi. À gauche, à droite... Whouuuu, c'est un SOS! Oui, les nouveaux « clubs sociaux » crient à l'aide, à l'injustice, au refus des immigrants, des institutions et d'autres, même, au refus global.

Je regarde le rouleau de Life Savers qu'est devenue la tribune publique et je dois conclure que chaque couleur a un goût bizarre. Des opinions polarisées, prenant de plus en plus leurs sources dans les médias traditionnels, avides d'extrêmes, les zones grises étant à éviter puisqu'elles nécessitent une réflexion. Et il semble que de tout temps, il n'y a rien de plus dangereux qu'un citoyen qui réfléchit par lui-même et non par procuration dans les pages des journaux ou sur les ondes des «talk radios». Certains vont même jusqu'à protester dans les salles de nouvelles... masqués!

On vit à l'ère des indignés, où les races sont devenues des opinions bien plus que la couleur de la peau. On ne tolère plus rien qui entrave nos rêves ou le simple fait de relaxer tranquille sur son balcon. Tout nous dérange. Même le fait que rien ne nous dérange nous dérange aujourd'hui. On souffre collectivement d'une hyperactivité de l'indignation, attendant avec impatience le prochain scandale, la prochaine injustice, la prochaine rixe, comme un enfant attend le Père Noël.

L'ordre réside dans le compromis et non l'intolérance.

Moi, tu ne me déranges pas Jaggi. Je ne suis pas d'accord avec toi, mais alors, pas du tout. Tout comme je suis en total désaccord avec La Meute et Atlante, tant face à leurs idéaux qu'à leur façon plutôt cavalière de passer leurs messages. Mais la présence de ce monde-là est beaucoup plus le signe d'une société dont l'écosystème fonctionne que l'inverse. L'ordre réside dans le compromis et non l'intolérance. Aujourd'hui, on ne fait plus de compromis. À quel résultat vous attendez-vous?

Depuis la chute du communisme, le capitalisme se laisse aller. Le libéralisme économique crée un fossé de plus en plus grand entre les riches et les pauvres avec, au milieu, la classe moyenne qui ramasse l'addition, car les uns ne veulent pas payer et les autres ne peuvent pas payer. Mais les riches ont le bras plus long, payant des leaders d'opinion pour blâmer les pauvres pour les déboires de la classe moyenne. Alors les autres, il leur reste quoi? La rue.

Les groupes de pression ne sont que le reflet de la société et de ses dirigeants. Et comme me disait un jour une vieille connaissance : Ils ne sont pas la cause, mais bien la conséquence.