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29/01/2019 11:14 EST | Actualisé 29/01/2019 14:30 EST

Manger pour sa santé et celle de la planète

Les diètes néfastes pour la santé sont responsables de plus de décès au niveau mondial que l'effet combiné des pratiques sexuelles dangereuses, de l'usage d'alcool, des drogues et du tabac.

La production de nourriture est l'une des causes les plus importantes de la dégradation environnementale.
10'000 Hours via Getty Images
La production de nourriture est l'une des causes les plus importantes de la dégradation environnementale.
Aucun levier n'est plus puissant que l'alimentation afin d'optimiser la santé humaine et la durabilité de notre environnement.
Commission EAT-Lancet

Saviez-vous que vous pourriez réduire votre risque de faire une crise cardiaque tout en protégeant vos proches contre les changements climatiques? Et que diriez-vous si vous pouviez aussi semer de la joie autour de vous tout en le faisant?

Nous pouvons atteindre ces objectifs via la nourriture. Une étude marquante récemment publiée par The Lancet, le plus grand journal scientifique médical, nous informe mieux que jamais des multiples liens entre l'alimentation, la santé et l'environnement. L'étude, réalisée par un groupe de 37 scientifiques de 16 pays, répond à deux questions en apparence simples: qu'est-ce qu'une diète santé, et comment peut-on nourrir de façon durable la population mondiale toujours en croissance?

Nous sommes chanceux: un grand nombre des recommandations de la commission sont alignées avec celles que l'on retrouve dans le nouveau guide alimentaire canadien.

En effet, les deux soulignent que des vies peuvent être sauvées en choisissant une diète riche en fruits et légumes, complétée de noix et de céréales à grains entiers, et en réduisant notre consommation de viande rouge, de gras saturés et de sucre.

Comme la commission le démontre, ces changements doivent avoir lieu au plus tôt. Les diètes néfastes pour la santé, soit par la quantité ou la qualité inadéquate de nourriture, sont responsables de plus de décès au niveau mondial que l'effet combiné des pratiques sexuelles dangereuses, de l'usage d'alcool, des drogues et du tabac.

La production de nourriture est l'une des causes les plus importantes de la dégradation environnementale.

Les terres agricoles occupent près de 40% de la masse terrestre de la planète, contribuant ainsi à la déforestation et à la perte de biodiversité. Par ailleurs, l'agriculture est aussi responsable du tiers des émissions de gaz à effet de serre et de 70% de l'usage mondial d'eau douce.

Une quantité disproportionnée des impacts environnementaux de la production agricole provient de l'élevage. C'est pourquoi la commission recommande que la consommation mondiale de fruits et légumes, de noix et de légumineuses doit doubler, alors que celle de la viande rouge et du sucre doit être réduite de moitié.

La sous-nutrition sera un des impacts principaux des changements climatiques lors des prochaines décennies.

La biosphère montre déjà des signes d'épuisement: les prises du secteur de la pêche sont en déclin depuis 1996 et le rendement des terres agricoles est en diminution dans une trentaine de pays évalués. Ceci suggère que la sous-nutrition sera un des impacts principaux des changements climatiques lors des prochaines décennies.

L'interdépendance de la santé des humains et de l'état de l'environnement est décrite par le concept de santé planétaire. La commission a repris ce concept en suggérant une «assiette planétaire» qui devrait être composée à moitié de fruits et légumes avec l'autre moitié contenant des produits de grains entiers, des protéines de source végétale, des huiles insaturées et une petite portion de protéines animales, si désiré. Par ailleurs, une trouvaille intéressante est que la commission ne recommande pas de réduction de l'apport total de lipides. Cette alimentation dite flexitarienne peut différer de région en région en incorporant les aliments locaux et en s'adaptant à la culture culinaire et aux saveurs locales, et ce, tout en respectant les diètes autochtones traditionnelles.

Nous devons être fiers de notre nouveau guide alimentaire canadien: celui-ci met de l'avant les dernières avancées scientifiques, en plus d'avoir été conçu à l'abri de l'influence des grands marchés et du lobby de l'industrie. Le résultat de ce travail est un guide qui met la santé des Canadiens en grande priorité. C'est d'ailleurs pourquoi l'Association canadienne de santé publique et l'Association médicale canadienne ont toutes deux exprimé leur appui au guide.

Les professionnels de la santé sont très conscients des enjeux modernes de l'alimentation. Il est estimé que si appliquées, les recommandations de la commission pourraient prévenir 11 millions de morts à travers le monde.

Il faut additionner à ceci d'importants bénéfices environnementaux, qui seront des alliés de plus dans la lutte aux changements climatiques, la plus grande menace à la santé du 21e siècle.

Une diète durable est une opportunité pour de nouveaux partenariats entre les scientifiques et les chefs culinaires, entre les fermiers et les hôpitaux, entre les médecins et les diététiciens. C'est une recette pour régler deux problèmes majeurs auxquels notre monde fait face. C'est rassurant de voir que la solution réside dans quelque chose que l'on peut partager, avec joie, dans notre quotidien avec nos proches.

Cet article a été écrit en collaboration avec Dre Courtney Howard, médecin urgentologue à Yellowknife et présidente de l'Association canadienne pour l'environnement (CAPE); Dr Trevor Hancock, co-fondateur de CAPE; et Dr Yassen Tcholakov, médecin-résident en santé publique et vice-président du réseau de jeunes médecins de l'Association médicale mondiale (WMA). #foodcanfixit

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