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04/03/2019 13:42 EST | Actualisé 17/05/2019 11:42 EDT

Le SPVM et les caméras portatives

L'aventure des caméras portatives n'est qu'un semblant de panacée à un problème qui n'en est pourtant pas un.

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J'avais émis l'idée d'une caméra de voiture pouvant aider aux interventions sur la route. Ces interventions sont quand même plus de 60% du travail dans ces circonstances, et sont très souvent des sources de conflits.

Il y a quelques semaines, le service de police mettait fin au projet pilote à propos des caméras portatives sur les policiers. Les raisons sont financières: 17 millions$ pour les implanter et 24 millions$ pour les entretenir... par année!

Il y a trois ans, des journalistes étaient venus faire une entrevue à ce sujet, tout juste avant le début du projet. J'avais prédit exactement le même résultat de l'expérience. Financièrement, le projet devenait un gouffre sans fond et surtout, inutile 90% du temps!

J'avais émis l'idée d'une caméra de voiture pouvant aider aux interventions sur la route. Ces interventions sont quand même plus de 60% du travail dans ces circonstances, et sont très souvent des sources de conflits.

Le journaliste m'avait demandé pourquoi, à part le prix prohibitif, je n'étais pas d'accord avec le projet. C'est simple: pour moi, la société est basée sur la confiance. La police est un mal nécessaire et les citoyens sont en général respectueux des lois. Donc, pour un 10% de cas problèmes, la police devrait tout filmer pour se protéger.

La méfiance engendre la méfiance, dit-on... et c'est à partir de là qu'il faut travailler.

Dans les années 80, les policiers du secteur Notre-Dame-de-Grâce évitaient de passer dans les rues Walkley, Feilding, Grand et quelques autres. La méfiance était telle que les membres de la communauté noire et les policiers blancs s'arrangeaient pour ne pas avoir d'interactions. Quelques policiers ont décidé de s'impliquer, de communiquer, d'écouter les victimes et de chasser les revendeurs de ces rues. En moins de deux ans, l'atmosphère était devenue meilleure. Même si pendant un certain temps, l'affaire Griffith jeta un froid... Beaucoup de membres des deux groupes tissèrent des liens encore plus serrés.

La société n'a pas besoin de gadgets; elle a besoin de relations ouvertes et sincères entre les citoyens qui la composent et les policiers qui les défendent.

Aux É.-U., le fossé créé entre les policiers et la population devient de plus en plus large. Peut-être que l'un et l'autre ne s'entendent plus sur leurs rôles dans la société.

Ici, les policiers sont formés pour œuvrer dans un mode social. L'aventure des caméras portatives n'est qu'un semblant de panacée à un problème qui n'en est pourtant pas un.

Mieux encore: dépensons mieux l'argent des payeurs de taxes par des cours de vraie police de quartier. Encourageons nos policiers à sourire aux citoyens sur la rue, ce serait déjà un début. Encourageons-les à connaître au moins cinq résidents de leur secteur de patrouille. Peut-être même à faire de la prévention sans donner de billets. Oui, ça se fait. Les vieilles polices le faisaient et pourtant, ils n'allaient pas à Nicolet.

Si nous humanisons le système, nul besoin de caméras. J'ai vu des citoyens venir spontanément m'aider alors que je devais affronter trois jeunes baveux. Ils sont venus parce qu'ils me reconnaissaient: le flic qui parle à tout le monde. Plusieurs de mes policiers suivront l'exemple.

Les flics ne viennent pas de Mars! Ils sont des citoyens comme tous les autres. La société n'a pas besoin de cette méfiance. Nous sommes huit millions de Québécois, faudrait se parler, pas se filmer.

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