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04/09/2015 11:43 EDT | Actualisé 04/09/2016 05:12 EDT

Disons que ma première expérience électorale n'est pas banale

MA PREMIÈRE CAMPAGNE - À l'heure où j'écris ces lignes, j'attends avec impatience d'accoucher. Depuis le déclenchement officiel des élections, on me demande souvent comment se vit une campagne aussi longue, de surcroît en étant enceinte.

À l'heure où j'écris ces lignes, j'attends avec impatience d'accoucher. Je suis enceinte de 40 semaines, et nous en sommes au jour 30 de la campagne électorale. Depuis le déclenchement officiel des élections, on me demande souvent comment se vit une campagne aussi longue, de surcroît en étant enceinte. En réalité, j'en suis au jour 470 de ma campagne, car je suis candidate officielle pour le Parti libéral du Canada dans la circonscription de Laurier-Sainte-Marie depuis le 20 mai 2014. Je m'y suis prise tôt, non pas parce que je prévoyais accoucher, mais parce que je voulais bien me préparer à représenter mes concitoyens le jour venu.

Cette année et demie de campagne (ou de pré-campagne, car à part l'attention médiatique qu'on me porte et le dévoilement progressif de la plateforme électorale, la différence pour moi n'est pas si marquée entre les deux) a passé très vite, entre les engagements communautaires, le porte-à-porte, les appels, les responsabilités familiales, la gestion d'une organisation de campagne en croissance et les multiples formations offertes par le parti.

La préparation et l'organisation

À partir du moment où j'ai décidé de me lancer en politique, j'ai planifié ma candidature à l'investiture, puis ma campagne, comme on démarre une entreprise. Je me suis d'abord renseignée auprès de politiciens aguerris, dont l'organisateur de Justin Trudeau quand il a gagné pour la première fois dans sa circonscription de Papineau, et certains stratèges démocrates américains. J'ai ensuite mis en pratique leurs conseils : m'entourer d'une équipe solide et être présente au maximum sur le terrain.

Certains ne jurent que par les données et je dois admettre qu'il y a quelque chose de rassurant à mesurer son progrès avec des chiffres. Toutefois, on peut compter le nombre de portes auxquelles on a cogné - j'en suis à plus de 11 000 - et le nombre d'événements auxquels on a participé, mais la politique est d'abord et avant tout une expérience humaine. On rencontre des gens, on crée des liens. Quand une personne rencontrée lors d'une activité devient un bénévole actif et engagé, je me sens sur la bonne voie. Je suis particulièrement fière de l'équipe grandissante qui m'entoure. Son aide est inestimable, particulièrement à ce dernier stade de ma grossesse. C'est grâce aux bénévoles que mon calendrier est rempli, que la circonscription est tapissée d'affiches, que mon local électoral est meublé. C'est une fois seule que je réalise à quel point travailler en équipe me donne de l'énergie et me stimule.

christine poirier

Par ailleurs, l'aspect compétitif d'une élection me plaît énormément. J'en retire des petites fiertés, par exemple d'avoir été la première à déposer mon bulletin de candidature auprès d'Élections Canada dans Laurier-Sainte-Marie, plus d'une semaine avant mes adversaires. À chaque fois que je les croise dans des événements, je me dis que je fais ce qu'il faut. Encore mieux, il arrive très souvent que je sois la seule à être présente, par exemple dans la communauté chinoise, une mosquée, un temple hindou, ou encore lors d'une journée de collecte de seringues dans la circonscription. Quand les organisateurs me passent le micro, je me dis que je fais vraiment le maximum pour mériter la confiance des électeurs, pour leur démontrer que je prends mon rôle au sérieux et que je n'hésiterai jamais à les défendre si j'ai la chance d'aller à Ottawa. Surtout, et j'espère que les gens le sentent, je ne suis pas du genre à ne faire que des apparitions. J'aime parler avec les gens et en apprendre plus sur les enjeux qui les touchent. Souvent, je ne quitte qu'à la noirceur ou au moment où les tables commencent à être démontées.

Les conversations

Mes journées sont bien remplies. Par exemple, hier, après avoir distribué des cartes postales au métro Mont-Royal, j'ai été dîner au Comité social Centre-Sud. À ma table, l'homme qui s'exprimait le plus ne me souhaitait pas nécessairement de gagner, mais il a reconnu mon ardeur au travail. Ma carte postale avait été déposée dans sa boîte à lettres il y a de ça plusieurs mois. Si je n'avais pas déjà cogné à la porte de ces gens avec qui je cassais la croûte, je les avais tous déjà rencontrés lors d'un événement auparavant. Ils se souvenaient de moi. Les sujets qui ont été abordés à table variaient énormément et étaient représentatifs de ceux abordés par l'ensemble des électeurs rencontrés jusqu'à présent: le logement social, Radio-Canada, les compensations aux orphelins de Duplessis, les mesures mises en place par les conservateurs pour compliquer la réunification des familles immigrantes, en passant par des enjeux purement municipaux comme le manque de stationnement sur le Plateau ou les travaux sur la rue Ontario.

À ma grande surprise, les commentaires qui m'affectent le plus proviennent de personnes hyper politisées qui m'annoncent qu'elles ne voteront pas. Ce sont des féministes convaincues, des étudiants engagés, des économistes diplômés. La plupart d'entre eux sont polis et, dans un sens, tentent de m'encourager en me disant que j'ai l'air différente, que je suis sympathique, que j'ai l'air sincère. Je me demande alors ce que ça prendra pour leur redonner confiance dans notre démocratie. En leur parlant, je ne peux pas m'empêcher d'être saisie d'un sentiment d'impuissance. Je me rabats alors sur tous les aspects positifs de la campagne et sur la raison principale qui m'a poussée à devenir candidate aux élections fédérales : parce que la politique, à travers notre démocratie, est le principal outil dont nous disposons pour assurer notre bien-être en tant que collectivité. Je pense alors au chemin parcouru dans la dernière année, à ma connaissance approfondie de la circonscription, de sa géographie, de ses enjeux et de son monde. Je mets la main sur mon ventre et je me dis qu'ils ont tort, que le pouvoir d'améliorer notre sort nous appartient à tous et chacun.

Un exploit vécu par des millions de femmes

Je suis aussi surprise et ravie par l'attention que le parti me donne, par la confiance qu'il m'accorde. Les jeunes femmes en politique sont rares et il m'apparaît de plus en plus évident que ma grossesse incarne quelque chose qui dépasse ma campagne locale. Par leur empathie, Justin Trudeau, son épouse Sophie Grégoire et Anna Gainey, la présidente du Parti au national, me font me sentir acceptée et à ma place. Étant eux-mêmes parents de jeunes enfants, ils savent exactement ce que je vis et, loin de m'avoir mise de côté de peur que ma grossesse me freine, ils m'offrent leur soutien.

«Les jeunes femmes en politique sont rares et il m'apparaît de plus en plus évident que ma grossesse incarne quelque chose qui dépasse ma campagne locale.»

Mettre un enfant au monde est une étape à la fois commune et extraordinaire de notre existence. Des milliers de Canadiennes sur le marché du travail donnent naissance chaque année. Leur poste et leurs droits sont protégés, grâce aux nombreuses personnes qui se sont battues pour elles au fil des ans. Il va sans dire que je suis très fière de faire campagne auprès d'un chef qui s'est prononcé très fermement en faveur du droit des femmes de choisir. Quelques personnes avaient émis des doutes, mais faire campagne enceinte s'est avéré tout à fait réalisable. Savoir à l'avance de combien de temps on dispose, pour la campagne et pour la grossesse, permet de planifier et de se préparer. J'ai maintenant très hâte de poursuivre cette aventure électorale avec ce petit être qui devrait se pointer le bout du nez d'un instant à l'autre.

Comme première expérience de campagne électorale, disons que ce que je vis n'est pas banal.

MA PREMIÈRE CAMPAGNE

- Pourquoi je me lance en politique - André Belisle

- Persévérer jusqu'à la victoire - Pascale Déry

- J'ai déjà près de 14 campagnes électorales «dans le corps» - Catherine Fournier

- Créer le mouvement - Simon-Pierre Landry

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