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01/04/2019 12:15 EDT | Actualisé 01/04/2019 13:12 EDT

Faire des économies aux dépens des moins nantis?

Comment les services offerts aux citoyens en difficulté peuvent-ils diminuer alors que la ville s’enrichit?

Zhou Jiang via Getty Images
Jusqu'à maintenant, pour déterminer si les enfants qui fréquentent une école sont «suffisamment» défavorisés pour nécessiter des mesures d'aide, on se fit sur la valeur immobilière du quartier.

Je suis un résident du Sud-Ouest. Là où les HLM cohabitent avec des deux 1/2 flambant neufs à plus d'un demi-million de dollars. Autant le dire tout de suite, certains me décriront comme un membre de la gauche caviar. J'ai eu la chance d'avoir une bonne éducation, d'être élevé dans un milieu stable et aisé. J'ai maintenant un bon emploi et, par conviction, j'ai décidé de m'installer à proximité du centre-ville.

Je suis un de ceux qui ont choisi d'investir substantiellement dans leur logis, qui embrassent la vie de leur quartier et qui ne voient que des avantages à rester à proximité de leur emploi et des multiples services que la ville apporte.

J'aurais les moyens d'envoyer mes enfants à l'école privée ou même à Poudlard, mais j'ai décidé d'opter pour l'école publique. Je veux que ma famille fasse partie de la communauté, qu'elle comprenne les différences et y soit sensible. Mes enfants ne bénéficient d'aucune mesure d'aide alimentaire, mais il est évident que des centaines d'élèves de l'école de mes enfants en ont un grand besoin.

Je suis la cause de l'injustice

Jusqu'à maintenant, pour déterminer si les enfants qui fréquentent une école sont «suffisamment» défavorisés pour nécessiter des mesures d'aide, on se fit sur la valeur immobilière du quartier. Nul besoin de vous dire que ce calcul n'est pas approprié dans plusieurs quartiers de Montréal où les extrêmes cohabitent paisiblement, mais ne fréquentent pas les mêmes écoles.

Si rien ne change, l'école de mon quartier perdra dès l'an prochain ses services d'aide alimentaire. Suivront l'aide aux élèves en difficulté, le nombre d'élèves par classe et tous les autres services reliés à «l'index de défavorisation» de l'école. Les mathématiques font dire au système que le quartier s'enrichit, mais ce n'est qu'illusion.

Les gens dans le besoin ne s'enrichissent pas plus et perdent toutes leurs mesures d'aide.

Je ne suis pas de ceux qui veulent empêcher le développement, certains diront «l'embourgeoisement». La solution n'est pas de créer des quartiers de pauvres ou de riches, mais de faire en sorte qu'il y est une équité. Nous devons baser nos décisions sur la réalité des enfants fréquentant l'école et non le revenu moyen des gens du quartier.

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Les services offerts aux citoyens en difficulté diminuent alors que la ville s'enrichit

Nous pouvons voir les grues partout dans Griffintown et les alentours. Les usines désaffectées laissent place à des condos au prix exorbitant. La ville de Montréal récupéra des centaines de millions en taxes dans les futures années.

Comment les services offerts aux citoyens en difficulté peuvent-ils diminuer alors que la ville s'enrichit? Ce genre de situation ne fait qu'alimenter le fossé entre les gens originaires du quartier et les nouveaux arrivants alors que nous devrions encourager le vivre ensemble et l'esprit de quartier. Ce sont les éléments clefs pour répondre à l'étalement urbain.

J'espère sincèrement que la CSDM, la ville de Montréal et les gouvernements entendront ce message. Comment peuvent-ils défendre le fait qu'ils veulent faire des économies aux dépens du futur de nos enfants?

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