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07/02/2019 10:45 EST | Actualisé 07/02/2019 10:45 EST

Isabelle Charest sur le hidjab: comment une ministre peut-elle émettre un tel jugement?

Il ne sied pas à une ministre de distiller des rapports conflictuels dans notre société.

CP/Jacques Boissinot
Cette position de la ministre est malheureusement intenable au regard de la liberté de religion — ou la liberté de conscience en général.

Surprenant. Voici le mot qui vient à l'esprit à la lecture et l'écoute des propos de la nouvelle ministre du Québec de la Condition féminine, Madame Isabelle Charest. Cette surprise me vient d'abord du fait qu'une ministre du Québec semble bien étrangère au concept de droits fondamentaux. Que les Français fassent souvent une confusion entre le voile et l'oppression des femmes, cela relève d'une hystérisation du débat public sur la question des signes religieux dans l'espace public, mais la même polémique venant de l'autre côté de l'Atlantique semble plus étrange.

Rappelons d'abord que la laïcité de l'État ne suppose pas que l'État soit athée ou qu'il emprunte une forme religieuse quelconque: la laïcité suppose en effet que l'État soit neutre.

La neutralité ne peut pas être synonyme d'athéisme (philosophie de vie) ou encore d'une religiosité quelconque. Cela suppose une incompétence de l'État en matière religieuse et la reconnaissance de l'absence de religion de l'État afin de ne pas discriminer les citoyens. Étrange est donc cette conception de Madame Charest qui soutient que si une religion impose le voile aux femmes, il s'agit d'une oppression. Comment Madame Charest, ès qualités de ministre, peut-elle émettre un tel jugement d'opportunité sur des femmes ayant décidé de porter le voile?

Surtout, comment peut-elle confisquer la parole féminine sur ce point précis au nom de la laïcité de l'État qui devrait éviter ce genre de dérives? Car, in fine, ce paradigme intellectuel de la «religion qui oppresse» ne sert que les intérêts des citoyens qui ne se soumettent pas à un dogme religieux. Cela entraine ainsi, de fait, une discrimination puisque les mêmes citoyens ne sont pas sur un pied d'égalité selon que l'un porte une calotte sur la tête et l'autre qui a décidé de s'en affranchir, par conviction ou par philosophie.

Ensuite, cette position de la ministre est malheureusement intenable au regard de la liberté de religion — ou la liberté de conscience en général. L'État peut évidemment intervenir afin de condamner — par le biais d'un arsenal pénal, répressif — le fait de forcer une femme à porter le voile. Mais il apparait plutôt surprenant qu'une représentante de l'État soutienne que c'est une religion entière qui serait oppressive.

Or, si cela devient un principe, l'islam n'aurait plus sa place au sein de la liberté de culte et les femmes désireuses de se soumettre aux prescriptions divines — par conviction et par volonté personnelles – ne le pourraient plus, car l'islam deviendrait une religion que l'on traiterait quasiment de secte.

La difficulté conceptuelle est belle et bien présente et le fait qu'une ministre prononce de telles phrases n'arrange nullement ces affaires bien délicates. Il convient de préciser, afin de ne pas laisser préjuger de mes intentions, que l'État a un rôle qui vise à condamner les violences physiques ou morales faites aux femmes. De là à penser comme paradigme que l'islam serait une religion qui oppresserait les femmes, cela apparait tout de même comme très peu honnête intellectuellement.

Malala, icône du Pakistan, porte le voile. La regrettée Benazir Bhutto portait le voile. Sheikh Hasina, au Bangladesh, porte également le voile et est premier ministre. N'oublions pas que le but des droits fondamentaux vise à établir une société pacifique.

C'est la raison pour laquelle il ne sied pas à une ministre de distiller des rapports conflictuels dans notre société.

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