POLITIQUE
04/02/2019 20:19 EST | Actualisé 05/02/2019 10:30 EST

Malgré le référendum de 2016, il y aura une nouvelle synagogue à Outremont

L'arrondissement règle un litige avec le propriétaire de la Place Bernard, en contrepartie d'espaces commerciaux.

Un membre de la communauté hassidique devant une synagogue du Mile-End, à Montréal.
La Presse Canadienne
Un membre de la communauté hassidique devant une synagogue du Mile-End, à Montréal.

L'arrondissement montréalais d'Outremont ira à l'encontre d'un référendum tenu en 2016, qui a concrétisé l'interdiction d'ajouter des lieux de culte sur l'avenue Bernard. Les élus permettront la construction de la synagogue qui était largement à l'origine de l'interdiction.

De nombreux citoyens se sont présentés lundi à la séance publique du conseil d'arrondissement. Et pour cause: la question des synagogues et, plus largement, l'ensemble des dossiers touchant la communauté juive hassidique divisent la population depuis plusieurs années.

L'affaire entendue lundi remonte à 2015. L'arrondissement a octroyé un permis à l'entreprise Place Bernard pour la construction d'une nouvelle synagogue. L'affaire a soulevé un certain tollé, plusieurs personnes estimant que les lieux de culte nuisent à la vitalité des artères commerciales.

Capture d'écran - Google Street View août 2017
Cet édifice de l'avenue Bernard, à Outremont, deviendra une synagogue à la suite d'une entente hors cour entre l'arrondissement et le propriétaire.

Si bien que l'équipe de l'ancienne mairesse Marie Cinq-Mars a imposé deux règlements interdisant l'ajout de lieux de cultes sur les artères et les zones commerciales d'Outremont. La décision a été entérinée par référendum en 2016.

Conflit juridique

Un conflit s'est immédiatement enclenché contre le propriétaire de la Place Bernard. En plus des permis déjà octroyés, le propriétaire de Place Bernard avait déposé une demande d'agrandissement quelques heures seulement avant le déclenchement des procédures réglementaires pour interdire les nouveaux lieux de culte. L'affaire devait être entendue par la Cour supérieure le 19 février, mais l'équipe du nouveau maire Philippe Tomlinson a préféré procéder par une entente hors cour.

Il y aura donc une synagogue au 1260, avenue Bernard, malgré le référendum. M. Tomlinson se félicite toutefois d'avoir préservé trois des quatre locaux commerciaux situés en façade. La synagogue sera donc réduite du quart par rapport aux 1000 mètres carrés prévus par le promoteur.

«Le litige comprend des risques pour l'arrondissement, dont la perte des espaces commerciaux. En cas de défaite en cour, ces espaces seraient occupés exclusivement pour des lieux de culte», souligne le maire d'arrondissement.

Capture d'écran - Ville de Montréal
Philippe Tomlinson, maire de l'arrondissement montréalais d'Outremont.

Celui-ci ajoute que les locaux commerciaux sont vides depuis plusieurs années.

Tollé dans la salle

L'affaire a soulevé le tollé de plusieurs citoyens présents. M. Tomlinson a été chahuté plus d'une fois.

«Vous aviez pourtant promis de respecter le référendum», a déploré une citoyenne venue s'exprimer sur cette question.

«Les citoyens sont contre vous», a lancé une autre.

M. Tomlinson a laissé paraître plusieurs fois sa frustration à l'égard d'une partie des citoyens présents et des commentaires émis. Il a même lâché des «tabarnouche» à quelques reprises.

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Une question qui divise

Les tensions sont parfois vives entre la communauté hassidique, qui représente 25% de la population d'Outremont, et les autres citoyens. Surtout lorsqu'il est question de synagogues.

Le propriétaire de la Place Bernard, Michael Rosenberg, a d'ailleurs été dans les médias à plusieurs reprises parce qu'il a traîné en cour un citoyen nommé Pierre Lacerte, à la fois au criminel et au civil. M. Lacerte avait lancé un blogue pour dénoncer ce qu'il percevait comme des traitements de faveur à l'égard de M. Rosenberg et la communauté hassidique.

M. Rosenberg a perdu à la fois au criminel et au civil. Sa demande d'appel a été rejetée en 2014.

L'an dernier, des résidents avaient fait scandale en portant des carrés jaunes pour protester contre les désagréments causés par des autobus scolaires de la communauté juive. Les carrés rappelaient trop les étoiles de David que devaient porter les juifs allemands pendant le régime nazi.

M. Tomlinson a aussi été sous les projecteurs depuis quelques mois pour un autre terrain visé par un projet de lieu de culte. L'îlot Saint-Viateur, l'un des deux seuls terrains vacants appartenant à l'arrondissement, a fait l'objet d'une étude sur la possibilité d'y installer une synagogue.