POLITIQUE
08/11/2018 07:49 EST | Actualisé 08/11/2018 07:49 EST

Premier anniversaire de Valérie Plante: une stratégie économique porteuse d'espoir

Les premières actions concrètes devraient être révélées dans le budget présenté jeudi.

Photo d'archives de l'hôtel de ville de Montréal.
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Photo d'archives de l'hôtel de ville de Montréal.

Le HuffPost Québec s'est entretenu avec des experts et des organismes pour faire le bilan des actions et des directions prises par l'administration Plante au cours de la première année de son mandat. Nous publions une analyse de chacune des cinq priorités énumérées lors de l'assermentation de la mairesse, soit la mobilité, la sécurité, l'habitation, l'efficacité des services publics et le développement économique.

Les mesures entreprises par l'administration Plante pour revitaliser les artères commerciales enchantent plusieurs observateurs rencontrés par le HuffPost Québec. Ils attendent toutefois des actions concrètes pour régler les problèmes qui ont le plus grand impact sur le développement économique: la «paperasse», la réglementation et les taxes.

Frédéric Cormier est un ancien allié de Valérie Plante dans le dossier de la Formule E. Propriétaire de la microbrasserie Station Ho.st, sur la rue Ontario, il a été l'un des premiers à décrier les impacts négatifs de la course de voitures électriques.

«La Formule E nous a fait mal l'an dernier. Ça nous a coûté plusieurs milliers de dollars», dit-il en entrevue dans son bar.

Olivier Robichaud
Frédéric Cormier, propriétaire de la Station Ho.st, a été l'un des premiers à décrier les impacts négatifs de la course de Formule E.

M. Cormier salue la décision de la mairesse d'annuler les éditions 2018 et 2019 de la course. Il salue aussi son engagement à réaménager les artères commerciales pour favoriser leur dynamisme.

«Leurs idées sont bonnes. Ça ne fait qu'un an, il faut leur donner du temps», dit-il.

Le concept choisi pour la rue Sainte-Catherine serait «du bling pour les touristes», mais c'est une option appropriée pour les commerces de ce secteur, reconnaît-il.

Courtoisie - Ville de Montréal
Une maquette du nouveau concept d'aménagement de la rue Sainte-Catherine, à Montréal.

M. Cormier aimerait bien que l'administration porte une plus grande attention au Centre-Sud. Mais ça ne sera pas de si tôt, puisque la rue Ontario vient tout juste de recevoir une cure de jeunesse sous l'administration Coderre.

Les subventions tardent

La promesse phare de Mme Plante en matière de développement économique est l'aide financière accordée aux commerçants affectés par des chantiers. Promise pour cette année, elle arrivera finalement en 2019, mais sera rétroactive à 2016.

Simon Gaudreault, porte-parole de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), attend ce programme avec impatience.

«Il n'y a pas d'autres villes au Canada qui font ça. Il faut avoir ce programme, je salue la Ville pour cette initiative. Mais je suis déçu que ça arrive plus tard», dit-il.

Selon les grandes lignes du futur programme, présentées en juin avec le Plan commerce, les commerçants affectés par un chantier pourront réclamer 85% de leurs pertes jusqu'à concurrence de 30 000$. Les commerçants des rues Sainte-Catherine et Saint-Denis, notamment, y auront droit.

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Les commerçants affectés par le vaste chantier de construction entamé sur la rue Sainte-Catherine l'hiver dernier auront droit aux compensations prévues dans le Plan commerce de la Ville de Montréal.

Mieux encore: baisser les taxes

L'économiste Jean-Philippe Meloche, spécialisé en économie urbaine, vient toutefois jeter une douche froide sur certains de ces espoirs. Le développement économique de Montréal ne passe pas par une aide temporaire, selon lui.

«Ça n'aidera pas le développement économique. C'est gentil, c'est poli, mais un chantier peut quand même être mortel pour un commerçant», dit-il.

L'économiste, professeur à l'Université de Montréal et chercheur à l'Observatoire Ivanhoé Cambridge du développement urbain et mobilier, croit que le taux de taxation des immeubles non résidentiels est tout simplement trop élevé pour la réalité actuelle de Montréal.

À 3,78 fois le taux de taxation de base, les commerces de Montréal sont d'ailleurs parmi les plus taxés du Canada.

«Avant, les gens de la banlieue se déplaçaient sur le Plateau pour leurs sorties et leurs achats. [...] C'était correct de payer plus cher, il y avait une prime à avoir une place d'affaires à Montréal. Mais maintenant, c'est principalement le marché local. La boutique du Plateau va payer plus cher de taxes alors qu'elle sert le même type de marché qu'une autre boutique en banlieue», souligne-t-il.

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Le Plan commerce présenté en juin prévoit un allégement du fardeau fiscal des immeubles non résidentiels, mais cette mesure n'est pas chiffrée. La communauté d'affaires aura donc les yeux rivés sur le budget jeudi matin pour voir si Valérie Plante tient promesse.

Rappelons que les taxes non résidentielles ont augmenté de 3% dans le budget 2018, alors que Projet Montréal promettait une augmentation sous le niveau de l'inflation.

La paperasse, obstacle majeur

Puis, il y a la question de la réglementation et des tracas administratifs.

«Il y a essentiellement deux choses qu'une administration peut faire pour stimuler l'économie: réduire le fardeau fiscal et réduire la paperasse. La paperasse, ça tue les commerces», affirme Simon Gaudreault.

Même son de cloche du côté de Frédéric Cormier.

«Il y a une lourdeur administrative, on ne sait pas à qui donner notre point de vue. Pour avoir une terrasse, j'ai trois intervenants différents», dit-il.

Le brasseur aime bien l'idée de mettre en ligne les demandes de permis. Cette promesse devait être réalisée cette année, mais elle se fait attendre.

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En campagne électorale, Valérie Plante avait promis de mettre en ligne les demandes de permis dès la première année de son administration.

«Ça serait génial, lance-t-il. Les allez-retour à l'arrondissement sont interminables. Tu y vas une fois et ils te disent qu'il manque un document alors tu reviens et tu dois y retourner plus tard. Et il y a toujours quelque chose qui change d'une année à l'autre.»

Jean-Philippe Meloche voit d'un bon oeil «l'approche client» inscrite dans la stratégie de développement économique de Mme Plante.

«La vision est la bonne. Ça veut dire qu'on arrête de dire "désolé, mais vous n'entrez pas dans les normes" et on commence à dire "on va travailler avec vous pour entrer dans les normes"», affirme le professeur.

Reste à voir si les élus réussiront à changer la culture de la fonction publique, souligne le chercheur. Une tâche qui ne se fait pas en un an.

Permettre plus de développement résidentiel

M. Meloche lance un autre pavé dans la mare, en entrevue au HuffPost. Il croit que la Ville devrait libérer le développement résidentiel, quitte à réduire la taille des artères commerciales.

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L'économiste Jean-Philippe Meloche croit que la Ville de Montréal devrait libérer le développement résidentiel, quitte à empiéter sur les artères commerciales.

«À Montréal, ce dont on a besoin, ce sont des résidences. [...] Les artères commerciales sont dévitalisées parce qu'il y a une incohérence entre la valeur de l'immeuble et la valeur de l'activité commerciale qu'on peut y avoir. Sur Sainte-Catherine, par exemple, on n'a peut-être pas besoin d'avoir autant de longueur de rue commerciale», avance-t-il.

Le redéveloppement de zones industrielles devrait aussi être facilité, affirme l'économiste. Projet Montréal a de grandes ambitions pour des zones comme Lachine-Est, mais le développement est arrêté en attendant les résultats de la consultation publique. Dans le même ordre d'idées, Mme Plante et le premier ministre François Legault ont promis de travailler ensemble pour décontaminer les secteurs industriels de l'Est.

M. Meloche croit toutefois que les réflexes bureaucratiques sont encore très forts.

«Dans Lachine-Est, les réticences ne viennent pas des promoteurs, ni des citoyens. Elles viennent de la Ville», dit-il.

Au final, M. Meloche donne une note positive à Mme Plante sur le plan économique. «En seulement un an, si on n'a pas trop gaffé, on peut dire qu'on a bien fait», souligne-t-il.

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