POLITIQUE
18/10/2018 18:16 EDT | Actualisé 18/10/2018 19:24 EDT

Conseil des ministres: «Montréal perd de l'influence au profit des banlieues»

Avec une seule ministre, la métropole se place en position de «résistance» face au reste de la province, selon une experte.

Valérie Plante réagit à la nomination du conseil des ministres de François Legault.
Olivier Robichaud
Valérie Plante réagit à la nomination du conseil des ministres de François Legault.

Montréal ne fait pas que perdre de l'influence au sein du conseil des ministres nouvellement formé par François Legault. La métropole «tourne le dos au reste de l'espace national» et «entre dans la résistance aux courants dominants» du reste du Québec, affirme la professeure de l'UQÀM Danielle Pilette.

Le premier ministre François Legault a formé son cabinet jeudi. Résultat: Montréal n'a aucun poste sénior, seulement une ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau. Le ministre des Transports à plein titre est François Bonnardel.

Mme Rouleau devient aussi ministre responsable de la région de Montréal. Tout un contraste avec l'ancien titulaire de ce poste, le super-ministre Martin Coiteux, qui cumulait aussi les portefeuilles de la Sécurité publique et des Affaires municipales.

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À l'inverse, les ministères de la Santé, de l'Éducation, de l'Économie et des Finances ainsi que le Conseil du Trésor passent à des députés des couronnes nord et sud.

«Oui, Montréal perd de l'influence au profit des banlieues», affirme Mme Pilette, experte en administration municipale.

Celle-ci souligne que le conseil des ministres reflète non seulement les résultats électoraux du 1er octobre, mais aussi «la place prise par les couronnes ces dernières années».

«Si on parle d'activité économique, c'est encore à Montréal que c'est le plus diversifié. Mais là où la progression est la plus forte, c'est dans les couronnes», dit-elle.

Montréal, la résistante?

François Legault n'a fait élire que deux députés de la Coalition avenir Québec sur l'île de Montréal, tous deux dans l'extrémité est. Le centre francophone est passé à Québec solidaire et tout le reste est acquis aux libéraux.

Selon Mme Pilette, Montréal se place ainsi en position de «résistance» face au reste de la province.

«Montréal se place dans les oppositions. C'est la même chose qui se passe dans d'autres métropoles, comme Paris et Londres. Les espaces métropolitains centraux tournent le dos au reste de l'espace national sur toutes sortes de dossiers», dit-elle.

La professeure prend pour exemple les dossiers de l'immigration et des symboles religieux, où la majorité des acteurs montréalais se sont opposés aux propositions de la CAQ.

«Réducteur», affirme Valérie Plante

Les commentaires de Mme Pilette visaient Montréal comme région et comme population, et non pas l'administration municipale. D'ailleurs, la mairesse Valérie Plante rejette l'idée qu'elle puisse être en opposition avec le nouveau gouvernement.

«Ça serait un peu réducteur d'en arriver à cette idée que c'est Montréal contre le reste du monde. C'est trop simpliste», dit-elle.

Mme Plante réfute aussi l'idée que sa ville perd de l'influence. Elle souligne que le nouveau premier ministre réside à Montréal. Celui-ci a d'ailleurs affirmé dès le lendemain de son élection que le développement de Montréal lui tenait à coeur.

La mairesse dit être en accord avec la nouvelle ministre responsable de Montréal sur plusieurs dossiers, même si Mme Rouleau était jusqu'à récemment dans le principal parti d'opposition à l'hôtel de ville.

En point de presse jeudi, Mme Rouleau a émis des commentaires semblables.

La Presse canadienne
François Legault a nommé Chantal Rouleau ministre responsable de Montréal.

«Nous allons nous parler. Nous avons déjà des relations avec la mairesse Plante. Très rapidement, nous allons nous rencontrer et discuter des enjeux particuliers pour Montréal», a-t-elle dit.

Le chef de l'opposition à l'hôtel de ville et ancien collègue de Mme Rouleau, Lionel Perez, reconnaît que Montréal est en perte d'influence. Il estime que les relations avec le nouveau gouvernement seront un «test» du leadership de Mme Plante.

«Comment la mairesse va-t-elle pouvoir traiter avec un gouvernement qui, a priori, a différentes orientations sur les enjeux de Montréal? [...] Ça sera à Mme Plante de montrer qu'elle est véritablement la mairesse de la métropole et pas seulement d'un petit village d'arrondissements centraux à la Ville de Montréal», lance-t-il.

L'environnement, sujet à conflit

Mme Plante rappelle tout de même au nouveau gouvernement qu'il devra s'attaquer au problème des changements climatiques.

«Le nouveau gouvernement sait qu'en 2018, tous les acteurs politiques ont l'obligation d'agir en matière de lutte aux changements climatiques. Nous avons des politiques ambitieuses pour atteindre nos cibles de réduction des gaz à effet de serre et nos engagements internationaux», dit-elle.

L'environnement et le transport en commun pourraient devenir des points d'achoppement entre l'administration Plante et le gouvernement Legault.

Le 450, région «pivot» du Québec

Selon Mme Pilette, la banlieue prend du gallon dans le paysage politique québécois. Et pas seulement en termes de ministres.

«Montréal s'est positionnée sur des enjeux mondialisés. Le 450 est devenu un pivot entre Montréal et l'ensemble des régions du Québec, qui s'intéressent à des enjeux plus traditionnels», dit-elle.

Mme Pilette estime que cette nouvelle influence des couronnes nord et sud pourrait permettre un certain «rattrapage» en termes d'infrastructures publiques.

«Il n'y a plus beaucoup de rattrapage à faire sur l'île. Une grosse partie s'est faite sous les gouvernements de Jean Charest et Philippe Couillard, dont certains projets qui ont été mis en branle et qui commenceront bientôt comme le REM et la ligne bleue du métro. Il y a du rattrapage à faire dans les couronnes.»

Selon Valérie Plante, Montréal demeure toutefois la locomotive économique du Québec. Une position qu'un homme d'affaires comme M. Legault ne pourra pas ignorer.

Avec une information de Catherine Lévesque.