POLITIQUE
15/09/2018 08:28 EDT | Actualisé 15/09/2018 08:28 EDT

Le PQ et la CAQ se disputent le Lac-Saint-Jean après le départ d’Alexandre Cloutier

Un jeune politicien se bat pour conserver le bastion péquiste.

Catherine Levesque

ALMA – Les pancartes électorales du Parti québécois (PQ) et de la Coalition avenir Québec (CAQ) se font compétition sur les poteaux des rues d'Alma, au Lac-Saint-Jean. Mais pour la première fois depuis 2007, le visage du député sortant Alexandre Cloutier n'y figure pas.

Dans le coin gauche, William Fradette, un diplômé en droit de 23 ans, qui fait campagne depuis plusieurs mois déjà. Les médias locaux estiment que le candidat péquiste est «partout» - si bien qu'il a misé sur cette blague pour une campagne de publicité, où il met de l'avant l'importance du réseau Internet dans la région.

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Dans le coin droit, Éric Girard, ex-vice-président régional de l'Union des producteurs agricoles (UPA), propriétaire d'une ferme bovine et ex-maire de Saint-Nazaire. Après avoir tenté sa chance pour la défunte Action démocratique du Québec en 2007, il se réessaie de nouveau pour la CAQ, qui séduit de plus en plus d'électeurs dans la région.

Les deux hommes se livreront une rude bataille, alors que les projections les placent à quasi égalité, avec un léger avantage au PQ.

M. Cloutier a annoncé en janvier dernier qu'il ne sollicitait pas un nouveau mandat, après avoir été élu sans interruption depuis 2007 et avoir perdu deux courses à la direction du parti. Depuis, le jeune élu s'est joint à l'équipe de direction de l'Université du Québec à Chicoutimi.

Catherine Levesque
Le candidat du Parti québécois, William Fradette, a passé l'été à distribuer des Mister Freeze dans les campings, les plages et les festivals, au point où il y a eu une rupture de stock dans la région. Le voici devant la Passerelle du centainaire à Alma.

M. Girard l'admet: le départ du député a ouvert des portes pour lui et pour la CAQ. Il va même jusqu'à dire qu'il partage des valeurs communes avec M. Cloutier. «Sauf pour la question du pays!» précise le candidat caquiste. «Je suis nationaliste. Un régionaliste.»

Il compte miser sur son expérience comme entrepreneur et comme administrateur de l'UPA pour faire avancer les dossiers dans son coin de pays.

M. Fradette, lui, aurait passé l'été à faire du porte-à-porte et à poser des pancartes pour M. Cloutier si ce dernier s'était représenté. Le jeune bénévole a finalement décidé de se lancer et il a causé la surprise en remportant l'investiture péquiste.

Les gens ont confiance en la jeunesse. On n'a pas de mauvais plis!William Fradette, candidat du PQ

Il a battu, notamment, le syndicaliste Marc Maltais qui avait presque gagné la circonscription fédérale de Lac-Saint-Jean pour le Bloc québécois.

À 23 ans, pense-t-il être capable de relever le défi? Il répond que les gens du coin ont élu plusieurs députés dans la vingtaine ou la trentaine. «Il y a un historique jeune ici (dans Lac-Saint-Jean). Les gens ont confiance en la jeunesse. On n'a pas de mauvais plis!»

Québec solidaire (QS) mise pour sa part sur Manon Girard, une figure connue dans les milieux communautaires à Alma. Elle a notamment créé le Café communautaire L'Accès, où les clients peuvent donner ce qu'ils peuvent – du temps ou de l'argent – pour payer leurs repas.

Mme Girard accuse les politiciens d'être déconnectés des réalités des citoyens, alors que la population se remet encore des mesures d'austérité du gouvernement libéral. Elle estime que son parti peut changer le monde, une mesure à la fois.

«Chez QS, on passe pour des pelleteux de nuages. Mais voter pour le même parti, tout en espérant des résultats différents, ce n'est pas pelleter des nuages, ça?»

Le candidat libéral dans Lac-Saint-Jean, Mathieu Huot, a décliné notre demande d'entrevue après quelques tentatives dans la dernière semaine.

Un manque de main-d'œuvre criant

Avec l'exode des jeunes de la région et le vieillissement de la population, le manque de main-d'œuvre est un besoin bien réel dans la région du Lac-Saint-Jean.

Pour preuve, les quartiers généraux de William Fradette sont dans l'ancien restaurant de l'auberge de sa mère, qui a dû fermer ses portes après 10 ans en raison d'un manque de personnel.

Le candidat péquiste veut inciter les jeunes qui, comme lui, ont décidé de revenir s'installer dans la région. En son sens, l'éducation est un «incontournable» et il faut valoriser les formations techniques spécialisées dans des villes bien ciblées.

«Je crois que ça va amener beaucoup d'étudiants ici qui, possiblement, au cours de leurs études, se faire une copine ou se faire un chum et s'établir ici à long terme... ça fait partie de la chose. Toute est dans toute

Le PQ propose aussi d'inciter un immigrant sur quatre à s'installer en région, en accordant davantage de points dans la grille de sélection à leur entrée au Québec s'ils décident de vivre hors de la région métropolitaine.

Catherine Levesque
Éric Girard, candidat de la Coalition avenir Québec, s'entretient avec un éleveur de volaille dans la région. M. Girard affirme que même son collègue dans Saint-Jérôme, Youri Chassin, est pour la gestion de l'offre maintenant.

Mme Girard, de Québec solidaire, dit avoir engagé la «la seule femme voilée d'Alma» dans son café L'Accès. Après y avoir travaillé pendant quelque temps, la dame est finalement partie à Montréal.

«On leur promet mer et monde, mais la réalité est totalement différente», se désole la candidate, qui accuse les autres partis de «déshumaniser» l'immigration en ne parlant que de leurs besoins en emploi.

La CAQ, de son côté, est sous les feux de la rampe en raison de sa promesse de diminuer les seuils d'immigration à 40 000 nouveaux arrivants par année. Leur candidat dans Lac-Saint-Jean assure que «tout sera fait» pour qu'ils apprennent le français et les valeurs québécoises.

On est peut-être mieux de faire un pas de reculons et bien les cibler, ces 40 000-là.Éric Girard, candidat de la CAQ

Evans Thibeault, directeur général adjoint de l'usine LAR Machinerie à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix, n'ose pas prendre position sur les positions véhiculées par les différents partis. Mais il avertit que l'enjeu est criant et met en danger les contrats dans sa région.

«Moi, je sais une chose : si on n'arrive pas à combler les emplois, nos jobs [production de pièces «hors norme» pour les barrages hydroélectriques], il faut qu'elles se produisent de toute façon. On va les faire produire là où les employés sont [dans une autre province canadienne ou ailleurs].»

«On est peut-être mieux de faire un pas de reculons et bien les cibler, ces 40 000-là, s'avance M. Girard. Ciblons comme il le faut et une fois qu'on aura bien fait ça, là, on pourra avancer.»

Il donne l'exemple des travailleurs agricoles pour illustrer son exemple : «Là-bas, quand ils partent, ils sont ben avertis. S'ils ne font pas ça comme il le faut icitte, ou s'ils décident "moi ça ne me tente plus", ils ne reviendront plus, là.»

Et s'ils sont élus?

William Fradette n'a pas encore fait son Barreau pour devenir avocat, mais il espère ne pas avoir à le faire avant longtemps. Le jeune candidat a même contracté un prêt afin de miser toutes ses énergies sur la campagne.

«Mon plan A, B, C, D, jusqu'à Z, c'est d'être élu», dit celui qui se dit inspiré par d'autres jeunes collègues comme la candidate dans Marie-Victorin, Catherine Fournier, ou encore le candidat Thomas Gaudreault, qui affrontera le premier ministre Philippe Couillard dans Roberval.

Catherine Levesque
Manon Girard se présente pour Québec solidaire dans Lac-Saint-Jean. Puisqu'elle ne veut pas mêler affaires et politique, et qu'elle ne dispose pas d'un local, elle travaille souvent au Café Chaga à Alma.

S'il est élu, Éric Girard veut à tout prix éviter de se retrouver dans la «bulle» politique de l'Assemblée nationale et se retrouver déconnecté des réalités des citoyens.

«Je vais avoir besoin de me retrouver avec les "vraies choses"», dit-il avec le sourire. Ces «vraies choses», ce sont sa terre, la nature, les besoins locaux des résidents de sa circonscription, qu'ils soient des agriculteurs, des travailleurs forestiers ou autres.

Manon Girard ne se fait pas d'illusions: un taux d'appui de plus de 10% pour QS dans Lac-Saint-Jean serait une victoire. Elle songe déjà à préparer le terrain pour se représenter dans quatre ans.

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