POLITIQUE
01/09/2018 08:53 EDT | Actualisé 03/09/2018 20:59 EDT

Le coeur du Montréal francophone risque de quitter le Parti québécois pour Québec solidaire

La lutte entre Lisée et Marissal dans Rosemont serait symptomatique d'un changement démographique et générationnel, selon une experte.

Vincent Marissal, candidat solidaire dans Rosemont, entouré des porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé lors de la présentation de M. Marissal en avril.
Paméla Lajeunesse
Vincent Marissal, candidat solidaire dans Rosemont, entouré des porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé lors de la présentation de M. Marissal en avril.

Québec solidaire solidifie ses appuis dans le coeur du Montréal francophone, si bien que le Parti québécois (PQ) risque d'être expulsé de la métropole, avec son chef Jean-François Lisée. Ce qui serait une première dans l'histoire moderne du Québec.

Des dizaines de militants étaient présents au lancement de campagne de Vincent Marissal le 23 août, premier jour officiel de la lutte électorale qui monopolise l'attention depuis plusieurs semaines déjà.

Vincent Marissal, cet ancien journaliste qui est entré par surprise dans le giron de Québec solidaire au printemps dernier. Non pas sans avoir d'abord eu des contacts avec les libéraux fédéraux, un fait que différents observateurs n'ont pas manqué de lui reprocher.

Mais dans son local bondé de la rue Masson, il ne restait plus aucune trace de ces critiques. La foule écoutait avec attention son discours sur la crédibilité de Québec solidaire comme parti, appréciant même une petite référence à Spiderman.

«Avec une grande crédibilité vient une grande responsabilité», a-t-il lancé, modifiant à sa façon les célèbres paroles de l'oncle Ben.

Olivier Robichaud
Vincent Marissal, candidat solidaire dans Rosemont, discute avec le coporte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois.

«Il n'y a personne qui me parle de ça quand je les rencontre. Par contre, ils me parlent beaucoup des soins dentaires gratuits», dit-il en entrevue au HuffPost Québec.

Dans les rues de Rosemont, les avis sont partagés. Certains passants de la rue Beaubien ne croient toujours pas qu'il incarne les valeurs de son parti. Mais la plupart sont prêts à lui accorder le bénéfice du doute.

Une petite «vague solidaire» à Montréal

Chose certaine, les sondages montrent une lutte très serrée dans Rosemont, fief du chef péquiste Jean-François Lisée. Selon le site Qc125.com, MM. Lisée et Marissal sont au coude-à-coude, avec une légère avance pour le candidat solidaire.

Catherine Côté, professeure à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, voit dans ces résultats la preuve que la petite controverse entourant l'ex-chroniqueur de La Presse n'affecte en rien les électeurs solidaires. Elle entrevoit même la possibilité d'une «vague solidaire» dans les quartiers centraux et francophones de Montréal.

Le coeur du Montréal francophone risque de quitter le Parti québécois pour Québec

«Ça n'aura pas d'impact pour QS. Les gens votent plus pour le parti que pour les candidats. Pour Jean-François Lisée, ça risque d'être très chaud et très difficile. Vincent Marissal va profiter de la vague solidaire», dit-elle en entrevue au HuffPost Québec.

La tendance à Montréal semble claire. En plus de conserver les circonscriptions de Mercier, Gouin et Sainte-Marie-Saint-Jacques et de lutter pour Rosemont, Québec solidaire est en bonne posture pour ravir Hochelaga-Maisonneuve à la péquiste Carole Poirier. Les deux autres circonscriptions actuellement détenues par le PQ, Pointe-aux-Trembles et Bourget, passeront aux mains de la Coalition avenir Québec à moins d'un revirement de tendance.

Le parti de René Lévesque pourrait donc être exclu de l'île de Montréal le 1er octobre. Une situation qui s'avérerait historique, le PQ ayant fait élire au moins un député montréalais depuis sa toute première campagne électorale en 1970.

Pour Mme Côté, cette éventualité reflète un changement de valeurs dans la société québécoise, où les électeurs n'ont plus de loyauté envers les partis politiques. Mais c'est aussi le reflet de changements démographiques que le PQ aura beaucoup de misère à surmonter.

«Les clientèles à Montréal ont beaucoup changé. Le Plateau s'est beaucoup gentrifié, même chose pour Hochelaga-Maisonneuve. Les classes populaires ont été remplacées par des familles, par des jeunes un peu plus branchés. Ce qui fait que le lien avec le Parti québécois, qui était fort dans classes populaires, ne se fait plus si bien», analyse-t-elle.

Lisée ne baisse pas les bras

De passage dans les bureaux du HuffPost Québec dans le cadre d'une série d'entrevues avec les chefs de parti, le péquiste Jean-François Lisée refuse de commenter la situation difficile dans sa circonscription.

Christian Labarre-Dufresne
Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, lors d'une entrevue au HuffPost Québec.

«Je suis un peu tanné de commenter les sondages», dit-il.

M. Lisée mène un début de campagne effréné, selon Radio-Canada. Son parti tente par tous les moyens de combler l'écart qui le sépare de ses rivaux caquiste et libéral, notamment avec une campagne d'autodérision remarquée.

M. Lisée affrontera même Vincent Marissal et les autres candidats de Rosemont dans un débat local.

En entrevue, il insiste sur les valeurs sociales-démocrates de son parti. Mais l'impact de ce positionnement est difficile à prévoir pour la professeure Catherine Côté.

«Les plateformes des partis ne sont pas si différentes que ça, mais le PQ fait bande à part malgré tout. Ils sont campés résolument à gauche, très sociaux-démocrates. [...] Le problème, c'est qu'ils se font dépasser sur la gauche par Québec solidaire», analyse-t-elle.

Caquistes et libéraux aussi forts

Il y a quelques semaines, les sondages disponibles laissaient entrevoir une course à quatre dans Rosemont. La candidate de la CAQ Sonya Cormier récoltait 24% d'appuis, autant que MM. Lisée et Marissal, alors que la libérale Agata La Rosa suivait de près à 21%.

Depuis, le chef péquiste et le candidat solidaire se sont détachés quelque peu du lot, mais Mme Cormier estime qu'elle incarne une option intéressante.

Olivier Robichaud
Sonya Cormier, candidate de la Coalition avenir Québec dans Rosemont.

«Ce que j'apporte, c'est que je me présente pour Rosemont parce que je suis de Rosemont. Ça fait 10 ans que j'habite ici. J'ai été entrepreneure, mes trois enfants fréquentent des écoles de quartier. Les gens ont le goût d'avoir des visages qui proposent quelque chose de constructif, de positif», dit-elle en entrevue.

Mme Cormier dénonce notamment les classes modulaires installées à l'école Marie Rollet. Une situation qui se répète un peu partout à Montréal.

M. Marissal, père de quatre enfants récemment nommé porte-parole de QS en matière de famille, habite également à Rosemont.

La libérale Agata La Rosa souligne, quant à elle, la bonne performance du candidat du Parti libéral en 2014. Thiery Valade avait remporté 30% des voix, moins de cinq points derrière M. Lisée.

Courtoisie - Parti libéral
Agata La Rosa, candidate du Parti libéral dans Rosemont.

Mme La Rosa mise sur le fait que de nombreux électeurs sont encore indécis.

Les libéraux dominent toutefois les intentions de vote dans la plupart des circonscriptions montréalaises, ce qui est conforme aux habitudes de la métropole. Au niveau national, la CAQ est en avance dans les intentions de vote depuis presque un an, suivie du PLQ, du PQ et de QS.

Une version précédente de cet article indiquait que Sonya Cormier est née à Rosemont, ce qui est faux.