POLITIQUE
13/09/2018 23:10 EDT | Actualisé 13/09/2018 23:11 EDT

Débat des chefs 2018 : la maternelle à quatre ans au Québec, une panacée?

Plusieurs études contredisent la position de François Legault sur les bénéfices de la maternelle à quatre ans.

Tout au long du Grand débat des chefs, François Legault n'a pas manqué une occasion de rappeler que, sous un gouvernement caquiste, «100% des enfants» fréquenteront la maternelle dès l'âge de quatre ans.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a soutenu à plusieurs reprises que «c'est ce qu'il y a de plus important» pour assurer le succès académique des jeunes Québécois.

Or, la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec accusait récemment la CAQ de «nier les études scientifiques», qui contredisent les propos du chef caquiste.

LIRE AUSSI
» François Legault a-t-il déjà dit que «c'est bon de couper dans l'éducation»?
» Raymonde Chagnon vole la vedette aux chefs lors du débat

Au moins deux études québécoises récentes ont montré que l'éducation reçue dans le réseau des Centres de la petite enfance (CPE) prépare mieux les jeunes enfants à leur parcours scolaire que la maternelle à quatre ans.

Utiliser le réseau de CPE

Au cours du débat jeudi soir, le chef du Parti québécois Jean-François Lisée et la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé ont tous deux fait référence à une étude réalisée par Nathalie Bigras, professeure titulaire au Département de didactique de l'UQAM.

La chercheure, qui étudie la qualité des services de garde éducatifs, a réalisé une étude comparant la qualité des interactions dans les CPE à celle des interactions dans des classes de maternelles quatre ans en France, où la maternelle précoce est implantée depuis de nombreuses années. Dans l'Hexagone, 90% des enfants de trois ans fréquentent la maternelle.

Elle présentera les résultats préliminaires de son étude lors d'une conférence publique gratuite sur la petite enfance qui aura lieu à l'UQAM le 20 septembre.

Déjà, ses travaux ont permis de conclure que la qualité des interactions dans les CPE était nettement supérieure que dans les maternelles quatre ans. En entrevue avec le HuffPost Québec, Mme Bigras a expliqué la supériorité des CPE par deux facteurs: la taille des groupes, beaucoup plus petits en CPE, et la formation du personnel.

«En France, les enseignantes ont une formation universitaire en enseignement, mais elles ont très peu de spécialisation pour travailler auprès d'enfants de cinq ans, et encore moins de quatre ans», souligne la chercheure. Au Québec, les éducatrices en CPE reçoivent des formations touchant spécifiquement la petite enfance.

Conclusion? «On recommande de réinvestir dans le réseau de CPE», martèle Mme Bigras.

L'an dernier, une étude réalisée par une autre chercheure de l'UQAM, Christa Jappel, avait conclu que «l'intensité et la qualité des maternelles 4 ans ont très peu d'effet sur 3 la préparation à l'école et, ainsi, ne réduisent pas de façon significative l'effet des conditions sociodémographiques des enfants sur leur préparation à l'école».

Westend61 via Getty Images

«Les seules études qu'on a en ce moment nous disent que le niveau de qualité est faible dans les maternelles quatre ans», résume Nathalie Bigras.

À François Legault, qui affirme que la maternelle à quatre ans favoriserait l'intervention précoce, elle répond que «c'est faux d'affirmer que rien ne se fait dans les CPE au niveau de l'intervention précoce».

Des «choix idéologiques»

Nathalie Bigras avoue être parfois découragée par le refus des politiciens de prendre en considération les résultats des études scientifiques en éducation.

«Ça fait des années qu'on va en commission parlementaire, qu'on fait des rapports et qu'on nous répond la même chose: "on croit pas à ça, nous, vos résultats», déplore-t-elle.

«Les choix qui sont faits par le gouvernement sont des choix idéologiques, pas des choix basés sur des données probantes», estime la chercheure.

Elle est d'ailleurs très sceptique par rapport à la position de la CAQ. «On ne sait pas trop comment la CAQ fait son calcul. Ça coûte moins cher envoyer des enfants en CPE qu'à l'école.»

Le Parti québécois affirme quant à lui que, même en portant le ratio à 18 enfants par enseignant - le double du ratio des CPE -, il faudrait construire 2700 classes au Québec.

«Québec solidaire est le seul parti qui adhère à toutes nos recommandations», note Nathalie Bigras au passage.