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POLITIQUE
05/09/2018 15:20 EDT | Actualisé 06/09/2018 16:35 EDT

«Cessons d’ignorer le problème» de l'intégration, plaide François Legault

En entrevue avec le HuffPost, le chef de la CAQ dit croire qu’il faut tirer des leçons de l’élection de Trump.

MONTRÉAL – Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, refuse d'être comparé au président américain Donald Trump. Mais il pense néanmoins qu'il faut «tirer des leçons» du créateur de The Apprentice au sud de la frontière.

L'élection américaine aura démontré le clivage entre les grandes villes, plus cosmopolites, plus diverses sur le plan ethnique, et les milieux ruraux, où la base est plus conservatrice, plus blanche. Parmi ces derniers, bon nombre s'inquiètent de sombrer dans l'oubli alors que se multiplient les appels à «l'inclusion» et à la «diversité».

Le Québec, comme ailleurs dans le monde, n'est pas étranger à cette disparité entre la métropole et les régions. C'est d'ailleurs à l'extérieur de l'île de Montréal, au sein de l'électorat francophone, surtout, que la CAQ pourrait faire des gains, voire créer des raz-de-marée.

Le HuffPost a invité les quatre chefs des principaux partis sur son plateau pour une entrevue, mais aussi pour répondre à des électeurs. À voir ci-dessous:

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Une des participantes de notre panel réagit à la réponse de François Legault

En entrevue avec le HuffPost Québec, M. Legault l'affirme sans détour : il y a une partie de la population qui s'inquiète de l'intégration des immigrants. Cette inquiétude, dans certains cas, est «très exagérée», précise-t-il, mais bien réelle. «Cessons d'ignorer le problème», plaide le chef de la CAQ.

Son parti compte imposer un «test de valeurs» et un «test de français» aux nouveaux arrivants. Ceux-ci devront les réussir dans les trois ans suivant leur arrivée au Québec, sans quoi ils n'obtiendront pas leur certificat de sélection et donc ne pourront pas devenir des citoyens canadiens.

Ils seront considérés comme «illégaux» ou «sans papiers» et il reviendrait au gouvernement fédéral de les expulser le cas échéant. Or, le gouvernement Trudeau a déjà indiqué que la proposition de la CAQ ne s'intégrerait pas dans leur politique actuelle.

Diffusion des rencontres avec les chefs:
» Mardi 4 septembre: Manon Massé
» Jeudi 6 septembre: Jean-François Lisée
» Vendredi 7 septembre: Philippe Couillard

Legault craint les «dérapages»

«On ne peut pas commencer à accueillir trop de personnes qui ne croient pas à l'égalité hommes-femmes, martèle M. Legault, sans préciser qui il vise exactement. C'est un signal qu'on envoie de dire qu'au Québec, les femmes sont égales aux hommes. Donc si vous venez vivre au Québec, acceptez ça.»

«Il y a eu des dérapages aux États-Unis. Il y a eu des dérapages en France. Si on veut éviter les dérapages, il faut qu'il y ait un genre de carré de sable pour dire voici ce qu'on accepte et voici ce qu'on n'accepte pas», poursuit-il.

Du même coup, le parti propose une «vraie» charte de la laïcité et compte interdire le port de signes religieux pour les personnes en position d'autorité, comme les juges et les policiers, mais aussi pour les enseignants et les éducateurs en garderie.

On vient mettre un cadre pour dire aux personnes qui, disons, seraient racistes : "N'exagérez pas."

«Prenez une enseignante qui a une petite fille de cinq ans, six ans, sept ans. Souvent, l'enseignante est comme un modèle. Si l'enseignante a un signe religieux qui montre peut-être que la femme n'est pas égale à l'homme, quel signal envoie-t-elle à la petite fille?»

Avec ces mesures, M. Legault espère ainsi calmer les ardeurs de ces électeurs inquiets et ainsi mettre un terme au débat sur l'identité.

«En disant que les nouveaux arrivants doivent réussir un test de français, un test de valeurs, on interdit les signes religieux pour les personnes en autorité, on vient mettre un cadre pour dire aux personnes qui, disons, seraient racistes : "N'exagérez pas. C'est ça, le cadre. Jouons à l'intérieur de ce cadre-là et mettons [le débat sur l'identité] derrière nous."»

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François Legault de passage dans une résidence pour aînés de Thetford Mines, le mardi 4 septembre 2018. LA PRESSE CANADIENNE/Mathieu Belanger

Il se défend d'être irréaliste

La «gauche» et la «droite» sont des «qualificatifs pour la politique qui sont un petit peu dépassés», selon M. Legault. Le chef caquiste a déjà qualifié son parti dans le passé comme étant à l'«extrême-centre».

La CAQ rallie tant d'anciens souverainistes – dont M. Legault – que d'anciens libéraux, des personnes vues comme étant plus à «gauche» et des «libertariens». Le melting pot de la CAQ s'applique aussi aux promesses.

Par exemple, le parti promet d'investir massivement en éducation. «Si on regarde juste cet élément-là, on pourrait avoir l'air du parti le plus à gauche. Quand on met beaucoup l'accent sur l'économie, habituellement, on est vu comme à droite. Donc, ça dépend des dossiers.»

M. Legault promet plus de services pour les enfants, les familles et les aînés, mais promet du même coup de réduire les impôts, la taxe scolaire et de présenter des budgets équilibrés. Ses adversaires l'accusent de faire des promesses irréalistes.

«Il faut arrêter d'opposer services et portefeuille des familles. Il faut travailler sur les deux, répond M. Legault. Moi, je suis un comptable, je suis un homme d'affaires. C'est bien important pour moi qu'on respecte le budget et oui, qu'on continue de rembourser la dette. C'est une question d'équité.»

Il soutient qu'il n'est «pas question de toucher aux services dans aucun domaine», mais qu'il compte sabrer dans la bureaucratie. Il a annoncé qu'il abolirait 5000 postes de la fonction publique dès un premier mandat.

En rafale...

Les jeunes sont-ils paresseux?

M. Legault avait fait les manchettes, en 2012, pour avoir dit sur les réseaux sociaux que les jeunes Québécois ne pensaient qu'à faire «la belle vie». Six ans plus tard, il a quelque peu adouci le ton et évite les comparaisons avec les Asiatiques.

Celui qui travaillait 80, voire 85 heures par semaine quand il a lancé sa compagnie Air Transat trouve-t-il que les jeunes sont paresseux? «Non, pas du tout. Je pense que, sans obliger qui que ce soit à travailler fort, il ne faut pas non plus dévaloriser ça», dit-il.

«Nous, tout ce qu'on dit, c'est : il faut valoriser nos entrepreneurs, les aider. On est encore dans une société qui a un vieux passé catholique, où ce n'est pas toujours bien vu de démarrer une entreprise.»

Un «équilibre» dans l'exploitation des ressources

M. Legault déplore que les délais d'autorisation pour les projets d'exploitation des ressources naturelles prennent trop de temps au Québec et ça mine la compétitivité de la province. À son avis, il faut «retrouver un équilibre» avec l'acceptabilité sociale et l'environnement.

«Est-ce que c'est possible, sans réduire les exigences, de réduire les délais? Parce qu'on le sait, dans le secteur des métaux, c'est très cyclique. Donc si une entreprise a un projet et que le prix du métal est bon, mais ça prend deux à cinq ans, il y a des risques que le prix ne soit plus bon.»

Il se dit toutefois contre l'exploitation dans la vallée du Saint-Laurent. D'ailleurs, si TransCanada tentait de raviver le projet Énergie Est, il y fermerait la porte complètement.

«On ne fera pas comme Justin»

La CAQ s'est engagée, tout comme le Parti québécois et Québec solidaire, à mettre en place un nouveau mode de scrutin proportionnel mixte à temps pour les élections de 2022.

M. Legault s'engage-t-il à respecter sa promesse? «Absolument. On va déposer un projet de loi dans la première année. [...] On ne fera pas comme Justin [Trudeau]!»

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