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26/07/2018 10:26 EDT | Actualisé 26/07/2018 20:10 EDT

Le projet Kanata de Robert Lepage est annulé

«Au-delà de cette troublante situation, il nous faudra bien, tôt ou tard, tenter de comprendre, calmement et ensemble, ce que sont fondamentalement l’appropriation culturelle et le droit à une expression artistique libre.»

Rene Johnston via Getty Images

La compagnie de production Ex Machina a annoncé jeudi matin que le projet Kanata de Robert Lepage et Ariane Mnouchkine était annulé.

Les deux instigateurs du projet ont tenu une rencontre jeudi dernier avec les signataires d'une lettre ouverte publiée dans les pages du Devoir du 14 juillet au sujet du spectacle.

«Les participants à cette rencontre ont fait preuve de beaucoup d'ouverture et plusieurs de nos échanges nous ont semblé très féconds. Mais la controverse infiniment complexe et souvent agressive dans laquelle baigne malgré tout le spectacle touche maintenant des coproducteurs nord-américains qui s'y intéressaient, et dont certains nous annoncent aujourd'hui leur retrait», peut-on lire dans le communiqué.

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Sans leur apport financier, il n'est pas possible de compléter la création de Kanata avec le Théâtre du Soleil de Paris, a expliqué Ex Machina.

La pièce, qui devait être présentée par le Théâtre du Soleil de Mme Mnouchkine au Festival d'automne de Paris en décembre et par la suite de ce côté de l'Atlantique, disait vouloir présenter une nouvelle lecture de l'histoire du Canada «à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones».

Or, la distribution ne comprenait aucun comédien issu des Premières Nations, ce qui a provoqué l'ire de plusieurs artistes et intellectuels autochtones et de sympathisants et mené à la lettre ouverte publiée le 14 juillet.

David Leclerc
La production de Kanata avait tenu une répétition au Théâtre du Soleil, à Paris.

«Au-delà de cette troublante situation, il nous faudra bien, tôt ou tard, tenter de comprendre, calmement et ensemble, ce que sont fondamentalement l'appropriation culturelle et le droit à une expression artistique libre», termine le communiqué.

Ex Machina et Robert Lepage n'émettront pas d'autres commentaires quant à l'annulation du spectacle, est-il précisé dans le communiqué.

Car cette annulation survient après celle de «SLAV», pour des raisons similaires. Cette production n'a eu que quelques représentations au Théâtre du Nouveau monde, à Montréal, sous les cris des manifestants, avant d'être annulée. Les créateurs avaient été accusés d'exploiter l'histoire des Afro-Américains, dont le triste héritage de l'esclavage, sans leur faire de place dans la production.

Robert Lepage avait alors déploré l'«affligeant discours d'intolérance» qui a entouré la pièce et dénoncé ce qu'il a qualifié de «coup porté à la liberté d'expression artistique».

Réactions

On n'a pas demandé l'annulation, a précisé la réalisatrice Kim O'Bomsawin, qui semblait un peu étonnée du résultat.

Nous voulions offrir des conseils, dit-elle, car «on se disait que si on ne faisait pas partie de l'aventure, ça allait être très mal reçu».

C'est justement ce que ceux qui ont assisté à la rencontre la semaine dernière souhaitaient éviter: «on voulait trouver des façons d'apaiser les tensions autour de la pièce», et qu'elle ne subisse pas le même sort que «SLAV».

Mme O'Bomsawin souligne qu'il était impensable que les Autochtones soient absents de ce genre de pièce.

Marie Montpetit, la ministre québécoise de la Culture, trouve cette décision «malheureuse».

«Personne n'y gagne; ni les créateurs, ni les nations autochtones, ni le public. C'est un rendez-vous manqué. C'est une occasion manquée de découvrir l'œuvre d'un grand créateur québécois et aussi une occasion ratée de parler de la culture autochtone. Les dernières semaines nous ont rappelé l'importance du dialogue et de l'ouverture à l'autre», explique-t-elle.

David Leclerc
La pièce Kanata était censée être présentée au Théâtre du Soleil, à Paris, en décembre prochain.

«Mais en aucun cas on a souhaité la fin de Kanata». Elle tient à souligner que Robert Lepage a tendu la main aux représentants des communautés autochtones.

D'autres se réjouissent toutefois de l'annulation. C'est le cas de Nakuset, la directrice générale du refuge pour femmes autochtones de Montréal.

Jeudi, elle se disait «très, très, très heureuse» de l'arrêt du spectacle.

Car selon elle, Robert Lepage et son équipe allaient poursuivre la création, sans y apporter de changements comme ils l'auraient souhaité.

Nous voulions seulement collaborer, et il n'était pas intéressé.Nakuset, DG du refuge pour femmes autochtones de Montréal

Les diverses nations autochtones regorgent de talent, et auraient pu améliorer la production de nombreuses façons, afin de la rendre plus authentique, soutient-elle.

Avec des informations de La Presse canadienne.