POLITIQUE
28/05/2018 11:12 EDT | Actualisé 28/05/2018 16:29 EDT

Ensaf Haidar souhaite relancer la pression pour libérer son mari Raif Badawi

«J'ai besoin de toutes les villes du Québec, toutes les villes du Canada», dit-elle.

ALAIN JOCARD via Getty Images
Ensaf Haidar

Ensaf Haidar souhaite que le mouvement de pression politique lancé par l'opposition à la Ville de Montréal relancera la lutte pour libérer son mari, le prisonnier politique Raif Badawi.

Mme Haidar, qui habite à Sherbrooke depuis 2011, était de passage à Montréal lundi pour la présentation de la motion accordant la citoyenneté d'honneur à M. Badawi.

«Je vous remercie tout le monde de m'aider. Je veux aussi remercier Québec, mais maintenant j'ai besoin de l'aide de toutes les villes du Québec, toutes les villes du Canada. J'ai besoin d'aide pour libérer Raif», a-t-elle dit.

Le conseiller municipal Marvin Rotrand, qui présentera la motion plus tard en journée, souhaite que d'autres villes suivent l'exemple de Montréal et de Sherbrooke, qui a accordé la citoyenneté d'honneur à M. Badawi en 2015. Déjà, la Ville de Hampstead a passé une telle motion la semaine dernière et a présenté un certificat à Ensaf Haidar.

Selon M. Rotrand, des députés de la Chambre des communes et de l'Assemblée nationale ramèneront le cas de M. Badawi aux niveaux provincial et fédéral.

Chris Wattie / Reuters
Une manifestation pour la libération de Raif Badawi, Ottawa, janvier 2015.

Mme Haidar a eu une lueur d'espoir récemment lorsqu'elle a appris que son mari se trouvait sur la liste de pardons royaux en marge du Ramadan. Mais le Ramadan est déjà entamé et Raif Badawi est toujours en prison.

En parallèle, Mme Haidar, déjà résidente permanente, passera jeudi son examen de citoyenneté.

«Je suis Québécoise, je suis Canadienne. Mais il me manque une sécurité pour moi et mes enfants lorsqu'on voyage. J'espère que je passerai mon examen», a-t-elle expliqué.

Citoyen d'honneur... en vitesse

Quelques minutes après la conférence de presse de Mme Haidar et de M. Rotrand, accompagnés du chef de l'opposition Lionel Perez et de l'ex-ministre Irwin Cotler, la mairesse de Montréal a convié les médias à une prise d'images pour donner à Mme Haidar un certificat accordant la citoyenneté d'honneur à M. Badawi.

Contre toute attente, Mme Haidar n'y était pas. Selon la mairesse Valérie Plante, elle avait un conflit d'horaires.

Or, Mme Haidar était à l'hôtel de ville à ce moment. La principale intéressée affirme avoir délibérément boycotté la prise d'images.

«Je suis ici à l'initiative de M. Rotrand et M. Perez. Il est important pour moi de procéder au vote sur leur motion en premier. Pas seulement de me donner un certificat entre deux choses», dit-elle.

Olivier Robichaud

Questionnée à ce sujet, la mairesse Plante affirme que Mme Haidar avait accepté l'horaire proposé par son équipe. Elle s'explique mal son absence.

«Je ne sais pas ce qui s'est passé. La motion aurait pu être passée à 23h ce soir, donc pour nous c'était tout à fait logique. [...] S'il y a des gens qui font de la politique là-dessus, ce n'est pas nous», dit-elle.

Quelques minutes avant ces paroles, la motion avait pourtant été devancée afin de permettre à Mme Haidar de retourner rapidement à Sherbrooke, certificat en main.

Un exemple russe

Irwin Cotler, ex-ministre fédéral de la Justice et avocat bien connu des droits humains, était également présent lundi. Il représente M. Badawi dans le processus judiciaire saoudien.

M. Cotler souligne que la pression internationale peut donner des résultats. Il a personnellement représenté Anatoli Sharansky, un prisonnier politique juif libéré par l'Union soviétique dans les années 1980.

«La seule fois, à ma connaissance, qu'un honneur de ce genre a été accordé, c'était quand M. Sharansky était en prison. Il n'a pas eu la citoyenneté d'honneur, mais il a reçu le titre de résident permanent. Alors il y a un précédent pour que le Canada agisse de la sorte», affirme-t-il.

M. Cotler s'adressera sous peu au premier ministre Justin Trudeau pour répéter sa demande d'accorder la citoyenneté canadienne à M. Badawi.

Récemment, l'ex-ministre a soumis aux autorités saoudiennes une série d'arguments basés sur la loi islamique et la loi saoudienne afin de plaider une nouvelle fois pour la libération de M. Badawi.