POLITIQUE
15/03/2018 18:54 EDT | Actualisé 15/03/2018 18:54 EDT

François Legault veut «protéger» la société de «nos ancêtres»

Il mousse l’idée d’imposer un «test de valeurs» aux immigrants, quitte à les renvoyer dans leur pays d’origine s’ils échouent.

Facebook/François Legault

QUÉBEC – Accusé de prôner le «nationalisme ethnique», le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a tenté de rétablir les faits dans une capsule vidéo. Il mousse l'idée d'imposer un «test de valeurs» aux immigrants, quitte à les renvoyer dans leur pays d'origine s'ils échouent.

L'idée n'est pas nouvelle : M. Legault l'avait déjà soulevée en 2016 dans la foulée du débat sur le burkini, ce maillot de bain qui recouvre tout le corps et la tête porté par certaines musulmanes.

La CAQ croit que le Québec devrait donner des permis de travail temporaires à des travailleurs qualifiés, tout en leur offrant des cours de français. Au bout de trois ou quatre ans, ils passeraient un «test de valeurs» qui serait conditionnel à l'obtention de la citoyenneté canadienne.

«[Le premier ministre Philippe Couillard] m'accuse de tous les maux, mais est-ce qu'il est d'accord, lui, pour accueillir des personnes au Québec qui ne sont pas d'accord avec l'égalité hommes-femmes? Moi, je ne suis pas d'accord avec ça», dit-il dans la vidéo partagée sur les réseaux sociaux, jeudi.

«Bien sûr que quelqu'un peut tricher à un test de valeurs, admet-il. Mais il y a un message à envoyer : on doit défendre nos valeurs. On doit aussi s'assurer qu'il n'y a pas des gens qui prêchent la violence, qui prêchent contre nos valeurs. Donc, il faut prendre des précautions.»

Pas de vrais «tests de valeurs»

Le chef de la CAQ fait valoir que plusieurs autres pays le font, dont l'Allemagne et le Danemark. Comme le démontrait le HuffPost en 2016, leurs «tests de valeurs» portent peu sur les valeurs, et plus sur l'histoire du pays d'accueil, ses lois et ses coutumes.

M. Legault justifie cette mesure en disant voulant protéger l'héritage canadien-français au Québec. «Moi, je suis fier du genre de société que m'ont laissé nos ancêtres et je pense qu'on a le devoir de protéger cette société.»

C'est le ministre des Finances, Carlos Leitao, qui a associé la CAQ au « nationalisme ethnique » dans une entrevue accordée au journal anglophone Montreal Gazette. Il a refusé de s'excuser ou de se dissocier de ses propos. Ses collègues libéraux ont tous refusé de prononcer ces mots devant les médias.

Le PLQ parle d'un «test d'expulsion»

Le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, David Heurtel, a toutefois bondi sur le sujet et a sommé M. Legault de rendre publiques les questions de son «test des valeurs» - surnommé «test d'expulsion» par M. Heurtel.

Le ministre Heurtel accuse la CAQ de vouloir revenir au débat de la Charte des valeurs du gouvernement péquiste de Pauline Marois et de semer la division avec un test qui «repose sur des valeurs qui n'ont jamais été définies par M. Legault».

«Une fois de plus, François Legault utilise une stratégie de division en proposant des idées sans indiquer clairement aux Québécoises et Québécois la position qu'il adopte. Alors que plusieurs régions du Québec font face à un besoin de main-d'œuvre important, l'immigration représente une des solutions pour assurer le développement économique du Québec.»

«J'invite M. Legault à déposer, dès maintenant, ce test d'expulsion et à expliquer clairement sa position», a conclu M. Heurtel.

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