POLITIQUE
13/09/2016 08:41 EDT | Actualisé 14/09/2016 05:28 EDT

Projet de la CAQ: Voici à quoi ressemblent les «tests des valeurs» en Allemagne et au Danemark

QUÉBEC – François Legault s’est inspiré des tests de citoyenneté allemand et danois pour proposer son fameux «test des valeurs» qu'il souhaite imposer aux nouveaux arrivants. Que peut-on apprendre de ces exemples européens? En prime, voyez les questions qui ont inspiré la CAQ pour son projet.

L’idée, lancée par François Legault en mai 2015, est revenue dans l’actualité à la fin de l’été lorsque le CAQ a proposé de refuser la citoyenneté aux immigrants en faveur du burkini.

Pour le chef caquiste, le test des valeurs comporterait «sûrement des questions sur l'égalité homme-femme». Le candidat à l’immigration qui ne croirait pas à ce principe d’égalité aurait du mal à obtenir la citoyenneté, a expliqué François Legault.

«Si c'est bon pour l'Allemagne et le Danemark, c'est bon pour le Québec», a-t-il plaidé.

Dans le modèle de la CAQ, un candidat à l’immigration devrait réussir, au bout de trois années au Québec, un cours portant sur les valeurs québécoises, notamment celles inscrites dans la Charte québécoise des droits et libertés. Le test évaluerait également sa maîtrise du français et sa connaissance de l'histoire du Québec.

Au niveau fédéral, la candidate à la chefferie du Parti conservateur, Kellie Leitch, a également évoqué récemment l’idée d’imposer un questionnaire aux nouveaux arrivants pour détecter les valeurs anti-canadiennes.

Test de citoyenneté

Premier constat, les questions posées aux immigrants en Allemagne et au Danemark portent assez peu sur les valeurs du candidat à l’immigration, et beaucoup plus sur l’histoire du pays d’accueil, ses lois et ses coutumes.

Ainsi, le test allemand est composé de 33 questions tirées au hasard d’une banque de plus de 300 choix.

Des exemples?

«Pourquoi les gens en Allemagne ont-ils le droit de critiquer ouvertement le gouvernement?»

  • Réponse : Parce qu’ils ont la liberté d’expression

«L’Allemagne est un État constitutionnel. Qu’est-ce que cela signifie?»

  • Réponse : Tous les citoyens et l’État doivent respecter la loi

«Que signifie le droit de liberté de mouvement en Allemagne?»

  • Réponse : Vous pouvez choisir où vous voulez vivre

Dans chaque cas, un choix de réponses est offert. Les questions sont relativement faciles, parfois carrément évidentes, du moins pour un Occidental. Les questions visent à évaluer les connaissances du candidat, et non pas son adhésion aux valeurs du pays d’accueil.

Les candidats doivent répondre correctement à 17 des 33 questions, soit un score de 51%.

D’ailleurs, vous pouvez tester vous-même vos connaissances de la société allemande grâce à ce test (en anglais) créé par le journal Spiegel à partir des vraies questions soumises aux immigrants.

Au Danemark, c’est une autre histoire. Le test de citoyenneté est délibérément difficile afin de réduire le nombre d’immigrants acceptés par le pays scandinave alors que l’Europe fait face à une vague de réfugiés. La mesure a été adoptée par le gouvernement danois afin d’obtenir l’appui d’un parti d’extrême droite.

En fait, le test est si difficile que les deux tiers des candidats qui en étaient à leur première tentative l’ont échoué, souligne le New York Times. La note de passage requise est de 80%.

D’ailleurs, bien des Danois auraient de la difficulté à répondre aux questions suivantes, notait le New York Times l’été dernier.

On y demande par exemple :

«Combien de municipalités y a-t-il au Danemark?»

  • Réponse : 98

«Dans quelle constellation l’astronome danois du 16e siècle Tycho Brahe a-t-il découvert une nouvelle étoile?»

  • Réponse : Cassiopée

«Quel restaurant danois a obtenu une troisième étoile dans la Guide Michelin en février 2016?»

  • Réponse : Le Géranium, à Copenhague

Une efficacité limitée

Pour l’anthropologue et sociologue français, Jacques Barou, (auteur du livre Europe, terre d’immigration) les questionnaires allemands et danois ne se comparent pas tout à fait à des «tests des valeurs».

Il est vrai qu'ils contiennent des questions sur l’égalité entre les sexes et le rapport aux autres religions, note celui qui est également chargé de recherche au CNRS de Grenoble. «Mais ce sont tout de même des questions un peu secondaires par rapport aux questions principales qui concernent les connaissances du pays, de ses lois et de sa constitution, de son régime politique», note Jacques Barou.

Malgré tout, la volonté politique derrière ces initiatives en Europe est claire. «Ce sont des mouvements qui ont été portés par des forces politiques qui étaient assez méfiantes — qui ne rêvaient pas d’une immigration zéro, bien sûr, ils sont réalistes —, mais peu favorables à une immigration importante, et surtout, à une immigration provenant de pays assez éloignés de la sphère culturelle occidentale», estime Jacques Barou.

«Des partis un peu moins hostiles, par principe, à l’immigration, un peu moins tentés par des relents xénophobes n’auraient sans doute pas abouti à ces demandes-là», ajoute-t-il.

Le chercheur doute toutefois de l’efficacité de ces tests. D’une part, le candidat à l’immigration peut facilement mentir. «Des gens qui souhaitent très fort entrer dans un pays sont prêts à dire tout ce que l’on veut leur faire dire pour y être acceptés», note-t-il.

Mais plus encore, Jacques Barou souligne que les valeurs du nouvel arrivant changent parfois radicalement au fil des ans. «On a observé, en France, que beaucoup de migrants originaires d’Afrique du Nord qui pouvaient avoir des comportements assez libéraux — par exemple en ne respectant pas les interdits de l’Islam — ont changé d’attitude une fois rejoints par leurs familles, afin de montrer un comportement plus édifiant à leurs enfants, dit le chercheur. Ils sont revenus à un respect plus strict des obligations de la religion.»

«Donc, ça rend un peu illusoire cette idée de test des valeurs qui assurent une harmonie totale entre les valeurs des nouveaux arrivants et celles dominantes dans la société d’accueil», conclut Jacques Barou.

Un test québécois à créer

De son côté, la CAQ maintient que certaines questions des tests allemand et danois «permettent de vérifier si les candidats à l’immigration partagent certaines valeurs fondamentales de la société d’accueil».

«Il y a des questions, par exemple, à savoir si un mari peut avoir plusieurs femmes, note le directeur des relations avec les médias, Guillaume Simard-Leduc. Ça, pour nous, c’est une question qui fait ressortir l’égalité entre les hommes et les femmes.»

Toutefois, impossible de savoir pour le moment ce que contiendrait un test imposé par un gouvernement caquiste. «On n’a jamais élaboré notre test des valeurs, explique Guillaume Simard-Leduc. On n’a pas rédigé un test, on n’a pas choisi des questions. On a dit ça en prendrait un au Québec.»

«Nous n'avons jamais dit qu’on rendrait publiques les questions que nous on poserait, ajoute-t-il. Je pense que c’est un travail qui doit être fait une fois rendu au gouvernement.»

Le Huffington Post Québec a demandé à la CAQ de lui faire parvenir quelques-unes des questions des tests européens dont le parti s’inspirerait pour créer son test des valeurs. Voici quelques exemples que la CAQ a retenus.

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