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09/05/2017 07:24 EDT | Actualisé 09/05/2017 07:24 EDT

De nombreux sinistrés ne seront pas couverts par leurs assurances (VIDÉO)

L'histoire se répète : il y a quatre ans, le sud de l'Alberta était aux prises avec des inondations dévastatrices. Des centaines d'évacués découvraient qu'ils n'étaient pas bien couverts par leur police d'assurance – une prise de conscience qui guette bien des sinistrés du Québec, selon plusieurs experts.

Un texte de Laurence Martin

Selon le Bureau d'assurance du Canada (BAC), seuls 10 % à 15 % des Canadiens ont un régime d'assurance qui couvre les dommages causés par les eaux de surface. On parle ici d'un cours d'eau – une rivière, le fleuve, un lac – qui déborde et qui s'infiltre par la porte ou la fenêtre d'une résidence.

Ce type d'assurance est nouveau sur le marché. Il a commencé à être offert après les inondations qui se sont abattues sur l'Alberta et la ville de Toronto à l'été 2013.

À ce moment-là, seuls les dommages liés, par exemple, à un refoulement d'égouts ou au bris d'une conduite d'eau publique étaient couverts par les polices d'assurance. Bien des Albertains l'avaient appris à leurs dépens.

Pour rectifier le tir et « pour s'adapter au réchauffement climatique souvent à l'origine de ces inondations », les compagnies d'assurance ont cherché à diversifier leur offre, explique le professeur à l'Université de Waterloo et expert en changement climatique Blair Feltmate.

Le hic, c'est que beaucoup de Canadiens ne sont pas au courant que cette « assurance additionnelle » existe et qu'ils doivent se la procurer pour être remboursés si les rivières débordent, comme c'est le cas au Québec et en Ontario en ce moment.

À noter aussi que certaines compagnies d'assurance n'offrent pas encore de protection contre les inondations et que des milliers de maisons au Canada ne sont pas assurables parce que l'eau y est déjà entrée à de nombreuses reprises.

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Quelle aide gouvernementale?

Bien sûr, il n'y a pas que les assurances privées : les sinistrés peuvent aussi faire une demande pour recevoir de l'aide gouvernementale.

Mais, même là, ils pourraient avoir une mauvaise surprise, selon Blair Feltmate.

En cas de catastrophe naturelle, Ottawa peut verser de l'argent aux provinces en vertu des Accords d'aide financière en cas de catastrophe (AAFCC).

Or, techniquement, ce programme ne couvre pas « les dommages dont les coûts pourraient être remboursés par les assurances ».

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, pourrait décider de faire une exception dans ce cas-ci, ajoute Blair Feltmate, mais il reste que les sinistrés risquent de vivre une longue période d'incertitude.

Le BAC plus rassurant

Pierre Babinsky, du Bureau d'assurance du Canada, se veut plus rassurant. Comme la protection contre les débordements des cours d'eau est un tout nouveau produit sur le marché, il serait étonnant, selon lui, que les gouvernements ne compensent pas les sinistrés.

Néanmoins, les montants octroyés ne seront pas les mêmes.

«Le gouvernement est une aide de dernier recours [...] Si vous avez un cinéma maison dans votre sous-sol, ce sont des choses qui ne sont pas nécessairement remboursées par le gouvernement, alors qu'un assureur, lui, [pourrait] le faire.» - Pierre Babinsky, porte-parole du Bureau d'assurance du Canada

Les sinistrés ayant des questions concernant les assurances pourront à compter de mardi matin contacter gratuitement la ligne Info-Barreau au 1 844 954-3411.

Par ailleurs, l’Agence de revenu du Canada a mentionné lundi sur Twitter que les résidents touchés pourraient avoir droit à un allègement fiscal, sans préciser de quel ordre. Revenu Québec a aussi annoncé des « mesures d'assouplissement » pour les particuliers et les entreprises touchés par les inondations. Ceux qui paient en retard le montant qu'ils doivent en vertu de leur déclaration de revenus ne seront pas pénalisés, par exemple.

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