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10/06/2016 12:39 EDT | Actualisé 14/06/2016 02:05 EDT

FrancoFolies 2016: «T'en souviens-tu encore, Godin?», un projet de cœur pour Steve Veilleux (ENTREVUE)

Martin Alarie/Agence QMI

Avec T’en souviens-tu encore, Godin?, son deuxième album solo en marge de l’aventure Kaïn, Steve Veilleux a laissé parler son cœur. Cliché? Il faut l’entendre discourir avec passion de l’homme politique et poète Gérald Godin, dont Veilleux a mis la prose en musique en la produisant, l’arrangeant et la coréalisant lui-même, pour comprendre tout le respect et l’estime qu’il porte à sa nouvelle muse. Les mots «cœur» et «humilité» reviennent d’ailleurs régulièrement dans ses propos.

«J’ai vraiment fait ce projet comme je l’avais dans le cœur et dans la tête, sous le charme de la découverte de Godin, explique le chanteur. Je n’avais aucune attente, juste l’envie modeste de faire connaître Godin aux générations qui ne l’ont pas connu, par le biais de la musique, mais sans plus.»

«J’ai été happé de plein fouet par l’œuvre de Godin, l’histoire et tout le reste. Quand je me suis permis de faire des essais de chansons avec ces superbes poèmes-là, je l’ai fait pour moi, pour aller ailleurs, pour me nourrir d’autre chose. Je ne voulais pas convaincre les fans de Kaïn, ni ceux qui ne le sont pas. C’était pour me nourrir artistiquement», poursuit Steve Veilleux, qui se dit heureux de la réception de l’album, paru en mars. Plusieurs lui ont en effet dit découvrir de nouvelles facettes de sa personnalité d’artiste sur T’en souviens-tu encore, Godin?

D’abord un court métrage

Steve Veilleux comptait d’abord profiter de la pause que s’offrait Kaïn, à la fin de la tournée Pleurer pour rire, en 2015, pour s’atteler à la réalisation d’un court-métrage documentaire sur la classe ouvrière.

«J’ai toujours prôné haut et fort l’importance de ne jamais rogner ses origines, de se rappeler d’où on vient, d’être fier de notre différence, de notre culture. Alors, d’aller sur le terrain, pour moi, c’était vraiment important, par le biais du documentaire. Et c’est ce qui a été le point d’ancrage du projet.»

Or, c’est en «retournant à l’école», évoque-t-il, pour connaître les rouages de cette forme d’art, qu’il a «rencontré» Gérald Godin. Veilleux connaissait l’ancien député du Parti québécois «par fragments», car son père lui en parlait jadis, mais il n’avait encore jamais connecté avec l’œuvre poétique de l’homme de mots. À travers ses recherches pour son film, on lui a conseillé de s’intéresser au legs de Godin, à sa québécitude qui, semble-t-il, rejoignait beaucoup la sienne. En plongeant, Steve Veilleux n’a eu d’autre choix que d’acquiescer.

«J’ai découvert un homme fort en gueule, rassembleur, qui menait ses allégeances et ses guerres, poing levé, très revendicateur, mais aussi près du peuple. Il pouvait autant sortir du parlement parmi les députés et se rendre à la taverne du coin, jaser avec les gars de la shop et prendre une bière avec eux. Pour lui, il n’y avait pas de classes ou d’extrêmes d’élite, il se mêlait à tout le monde. C’était un homme du peuple, qui avait à cœur une grande cause souveraine, qui était très, très fier de son Québec, et qui prônait aussi, ironiquement, un certain multiculturalisme, auquel je crois beaucoup aussi. Je me suis beaucoup retrouvé à travers Godin, dans sa plume coup de poing. Godin était délibérément un mouton noir de la littérature, il choisissait volontairement les mauvais mots, il choquait, il utilisait du blasphème, du joual dans sa poésie. Je suis tombé sur le cul en découvrant tout ça d’un seul jet.»

Oui, Steve Veilleux est conscient qu’il s’affiche politiquement en chantant les paroles du fervent nationaliste qu’était Gérald Godin. Ainsi, si le lien qui le soude à ses camarades de Kaïn est davantage générateur de baumes et de sourires, dans son périple solo, Veilleux aspire à une consistance qui lui permette d’exprimer ses idéaux.

«Je ne peux pas m’embarquer dans un projet sur Godin et jouer à l’autruche et mettre des gants blancs. Pour les gens qui me connaissent, c’est un naturel, ça ne les déconcerte pas. Pour les autres, c’est peut-être un coming out. (rires) Avec Kaïn, on n’a jamais été un groupe très socialement engagé, avec une prise de position, on a toujours une mission festive et rassembleuse, et je pense que ça sera ça jusqu’au bout. Les gens ne nous connaissent pas d’un autre angle. Mais moi, T’en souviens-tu encore, Godin? me permet, oui, de parler du Québec d’aujourd’hui, de mon allégeance, de donner mon opinion. Moi, avant de faire de la musique, dans la vie, je suis un père de famille, un citoyen, un Québécois. C’est important, à mes yeux, de ne pas suivre la parade sans se poser de questions, ce que, je pense, malheureusement, trop de gens font.»

Critiques élogieuses

Habitué aux commentaires cyniques de l’industrie, qui n’a pas toujours été tendre devant le succès de Kaïn, Steve Veilleux a été sincèrement ému des échos positifs et flatteurs qui ont jailli suite à la sortie de T’en souviens-tu encore, Godin?

«Kaïn a souvent été généreusement «ramassé» par la presse et la critique en général, reconnaît-il en riant. On un support radiophonique, on n’a jamais voulu changer notre texture musicale, on a toujours voulu garder notre cap et, pour toutes ces raisons, on a souvent fait grincer des dents les médias. Je ne faisais pas un album pour me dénaturer, moi, et aller à l’envers de tout ça ou me flatter l’ego ; c’est pour cette raison que je suis un peu dépassé des très bonnes critiques que je reçois avec ce projet-là. Je n’ai pas été habitué à ça. Et c’est spécial, parce que c’est probablement l’album qui me ressemble le plus, même si ce n’est pas moi qui l’a écrit. C’est d’une ironie assez étrange. Je ne l’ai pas fait pour ça, mais ça me touche.»

Steve Veilleux effectue sa rentrée montréalaise avec le spectacle T’en souviens-tu encore, Godin? ce soir, vendredi 10 juin, au Gesù, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal.

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