POLITIQUE
03/10/2015 05:49 EDT | Actualisé 03/10/2015 05:49 EDT

Une course à quatre se dessine au Québec

Andrew Vaughan/The Canadian Press

Le Québec était encore, il y a deux semaines, la province la plus stable en matière d’intentions de vote. Or, la campagne électorale fédérale a pris un nouveau tournant depuis que les Québécois désertent le NPD. Les quatre principaux partis se retrouvent chacun au-dessus du seuil de 20 pour cent.

En théorie, Thomas Mulcair et son équipe peuvent encore conserver la majorité des sièges dans cette province, mais leur chute nuit sérieusement à leur objectif de former le prochain gouvernement.

En effet, la bonne performance des néo-démocrates au Québec était la seule raison pour laquelle ils restaient dans la course à l’échelle canadienne. À la fin d’août, les sondages leur donnaient jusqu’à 60 sièges, mais après la dégringolade des dernières semaines, ils pourront s’estimer chanceux de conserver ceux qu’ils détiennent déjà.

En toute honnêteté, le NPD mène encore dans les sondages et peut raisonnablement gagner 50 sièges au Québec grâce à la division du vote. Mais la tendance est loin de lui être favorable.

Le Bloc québécois, dont on prédisait la disparition complète il n’y a pas si longtemps, effectue une remontée spectaculaire. Ce revirement de situation est-il dû au niqab? Possiblement. Le Québec est l’une des provinces où les citoyens se sont montré les plus concernés par cet enjeu. Les médias francophones diffusent des reportages en boucle à ce sujet depuis une semaine. Il se pourrait également que la bonne performance de Gilles Duceppe aux débats télévisés soit en cause, mais nous n’avons pas de sondage permettant d’en avoir le cœur net.

Bref, le Bloc est bel et bien de retour dans la course dans plusieurs circonscriptions. Le Parti conservateur fait belle figure lui aussi, tandis que le Parti libéral conserve ses appuis. Justin Trudeau se montre toutefois incapable de bénéficier de la chute du NPD, ce qui illustre la limite des gains qu’il peut effectuer dans la Belle Province.

Selon nos calculs, chaque diminution de 1 pour cent des intentions de vote en faveur du NPD lui coûtera 1,5 siège au Parlement. Le Bloc québécois est le parti le mieux placé pour en profiter. Un transfert de 5 pour cent des intentions de vote en faveur du Bloc coûterait 12 sièges au NPD, tandis qu’un transfert de 10 points lui en coûterait 32 ! La formation de Thomas Mulcair ne peut en aucun cas chuter sous la barre des 26 ou 28 pour cent sans en subir des conséquences dramatiques.

Pour sa part, Stephen Harper bénéficie d’intentions de vote favorables un peu partout au pays, si bien qu’il remporterait la pluralité des sièges si l’élection avait lieu aujourd’hui.

Voici donc nos plus récentes prédictions. Nous les avons effectuées en comparant les résultats de l’élection précédente aux plus récents sondages nationaux et de circonscription. Le vainqueur de chacune des 338 circonscriptions a été déterminé en tenant compte des variations régionales et de la popularité du candidat sortant. L’intervalle de confiance et la probabilité qu’un parti remporte le plus grand nombre de sièges ont été obtenus à partir de 5000 simulations reflétant l’incertitude des sondages, la répartition inégale du vote et la nature de notre système électoral. Tous les scénarios possibles ont été envisagés.

Le NPD est passé du statut de favori à une situation incertaine, étant plus susceptible de terminer au troisième rang des sièges remportés (22 pour cent de probabilité) qu’en première place (0,2 pour cent). Pour Thomas Mulcair, la seule chance de devenir premier ministre repose sur l’imprécision des sondages et une sous-estimation massive de ses appuis. Or, cette imprécision risque davantage de s’appliquer aux conservateurs.

Il n’y a pas qu’au Québec que le NPD recule. Le tableau ci-dessous montre le nombre de sièges que les différents partis ont probablement gagnés ou perdus depuis la fin d’août.

Certains lecteurs constateront avec étonnement que le Parti libéral reste au troisième rang malgré sa remontée des dernières semaines. Ils pourront se consoler en consultant les sondages Léger et Nanos, qui le placent au premier rang.

En revanche, d’autres firmes telles qu’Angus Reid et Forum Research donnent une confortable avance aux conservateurs. Il est donc important de tenir compte du caractère variable des sondages, et de tenir compte de tous les sondages.

Quoi qu’il en soit, les intentions de vote ne sourient pas encore à Justin Trudeau et aux libéraux. Les provinces de l’Atlantique leur permettront de gagner facilement des sièges, mais leur tâche s’annonce beaucoup plus ardue dans les autres régions. Ils auront de la difficulté à terminer au second rang à l’échelle du pays, à moins que le NPD ne continue de chuter au Québec.

Il faut préciser que le parti terminant au second rang aura une importance cruciale. Il est même possible que le gouverneur général lui offre les clés du pouvoir si un gouvernement Harper minoritaire ne parvient pas à faire adopter son discours du Trône.

Il reste deux longues semaines avant le 19 octobre. Le NPD peut encore rebondir, mais il est évident que Thomas Mulcair devra revoir sa stratégie en commençant par le Québec. Pour sa part, le Parti conservateur peut encore faire des gains en Ontario et s’approcher d’une majorité.

Bryan Breguet a un baccalauréat ès sciences en économie de la politique et une maîtrise ès sciences en économie de l’Université de Montréal. Il a fondé en 2010 TooCloseToCall.ca où il fournit des analyses et projections électorales. Il a collaboré avec le National Post, Le Journal de Montréal et l’Actualité.

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