DIVERTISSEMENT
03/10/2015 08:06 EDT | Actualisé 04/10/2015 07:37 EDT

Conditions de travail en télévision: nos artistes se prononcent

Ç’a été le sujet chaud des dernières semaines dans la colonie artistique québécoise: les conditions de travail de plus en plus difficiles.

Ç’a été le sujet chaud des dernières semaines dans la colonie artistique québécoise: les conditions de travail de plus en plus difficiles des comédiens, techniciens et autres artisans sur les plateaux de télévision.

Pourtant, le débat n’est pas nouveau. Déjà, en 2013, Pierre Curzi dénonçait dans nos pages la vitesse à laquelle les acteurs devaient désormais enregistrer leurs scènes devant la caméra, soutenant que la situation frisait «l’inhumain».

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Puis, au début septembre, le débrayage des membres de l’équipe technique sur les lieux de tournage de la série Ruptures, le bras-de-fer entre la boîte de production Aetios et l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son (AQTIS) et la mort du cantinier Carl Shunamon ont ravivé les questionnements.

Samedi dernier, en pleine tourmente, à 24 heures du 30e Gala des Prix Gémeaux, la présidente de l’Union des artistes, Sophie Prégent, en entrevue à Radio-Canada, y est allée de déclarations incendiaires, martelant que notre télévision «est en train de nécroser» et qu’on y «fait de la saucisse», sans être dans «la création et l’état de grâce». Ses affirmations ont jeté encore un peu d’huile sur le feu.

Depuis, on a l’impression que la polémique ne fait que s’intensifier et qu’elle prendra encore de l’ampleur sous peu, que le point de non-retour a été atteint, et que des consensus sérieux devront être trouvés.

Qu’ont à dire nos artistes à ce propos? Sont-ils d’accord avec le fait qu’on leur en demande trop, que leur travail souffre de la cadence rapide prônée dans les coulisses du petit écran, que leur santé est en danger? Croient-ils que des solutions sont envisageables? Sont-ils d’avis que le public en pâtit lorsqu’il regarde ses émissions préférées?

Nous vous présentons ici le point de vue de quelques personnalités. Le Huffington Post Québec vous propose également les opinions de Guy A.Lepage, Serge Postigo et Julie Snyder dans ses pages.

Véronique Cloutier

(Véronique n’est pas présente à la télévision cette année, mais elle vient d’animer le 30e Gala des Prix Gémeaux, où il a été question de la controverse, sur le tapis rouge et dans le discours de remerciements de Martin Matte, entre autres)

«C’a été moins présent que je l’anticipais [dans le gala]. Je m’étais préparée à ce que ça soit plus difficile que ça. J’ai trouvé les gens très civilisés, très polis. Martin Matte y a fait allusion sans détour, et je pense que c’était important que ça se fasse. On n’aurait pas pu être là et faire semblant de rien…»

Louis Morissette

(Louis produit et joue, entre autres, dans Patrice Lemieux 24/7)

«Étant des deux côtés de la médaille, il y a des situations de tournage que je ne voudrais pas vivre, en tant qu’acteur. Alors, je ne vois pas comment je serais capable de les demander à des collègues, comme producteur. C’est arrivé qu’on me dise : «J’achète ton projet demain matin, mais il doit entrer dans tel budget». Là où certains producteurs seraient tentés de dire «Go! J’y vais, je vais squeezer tout le monde, mais je le fais», moi, je réponds : «Je suis vraiment désolé, mais si on veut le faire dans des conditions minimalement acceptables, ça va coûter plus cher que ce que vous me donnez, 25% plus cher.» Et je ne parle pas de se bourrer la face dans le homard le midi! Je prends ainsi la chance que le projet ne soit accepté que plus tard, ou refusé, mais moi, je ne peux pas me retrouver sur un plateau où on va tourner 50 pages par jour, où je n’aurai pas de gros plans parce qu’on n’aura plus de temps en fin de journée, où les acteurs n’auront pas le temps de travailler. Je capoterais! Je «crisserais mon camp», en bon français, en tant qu’acteur. Alors, comment je pourrais le demander aux autres? Même Patrice Lemieux 24/7, qui est une série à petit budget, on n’a pas ces conditions-là. On s’organise pour que les gens aient un peu de fun et travaillent dans le respect.»

Sophie Lorain

(Sophie a, entre autres, réalisé la première saison de Nouvelle adresse, et incarne présentement le rôle-titre dans Au secours de Béatrice)

«Moi, j’espère que mes plateaux sont des plateaux heureux. J’ose l’espérer, parce que j’adore les gens avec qui je travaille. Je crois qu’on s’entend tous très bien. On passe de bons moments ensemble. Ils reviennent à chaque année, et moi, je veux les ravoir à chaque année. Alors, je pense que c’est un bon signe. Cela dit, c’est sûr que les conditions sont difficiles, les budgets sont des peaux de chagrin, et ils diminuent d’année en année. Moi, je pars avec le porte-monnaie qu’on me donne, et je fais du mieux que je peux. On fait tous ce qu’on peut et, à un moment donné, on n’y arrivera plus, c’est tout.»

Martin Matte

(Martin écrit, coproduit et joue dans Les beaux malaises)

«Chaque producteur a son rythme de travail. Nous, on tourne dix pages (de scénario) par jour, en moyenne. Je sais que Les pêcheurs en font aussi 10, et que d’autres séries en font 40. Peut-être que c’est trop. Moi, ce que je pense, c’est que c’est un métier extraordinaire, mais on travaille fort et il faut faire attention. Si les coupures imposent un rythme de travail qui met en danger la santé des techniciens et des comédiens, c’est inacceptable. Point final.»

Hélène Bourgeois-Leclerc

(Hélène tourne, entre autres, dans le Bye Bye à chaque année depuis six ans)

«C’est clair qu’il y a eu une évolution au fil des ans, et une dégradation, si on peut dire. En même temps, c’est un paradoxe, parce que ça met en valeur la créativité des gens d’ici, et tous les moyens qu’on déploie pour se rendre à un résultat vraiment magistral, avec «pas une cenne». Malheureusement, il commence à y avoir des précédents, et je souhaite que les choses changent. Il va falloir trouver un juste équilibre à travers tout ça.»

Denis Bernard

(Denis tourne, entre autres, dans le téléroman Yamaska)

«Moi, ça fait 35 ans que je fais ce métier-là, et les conditions se détériorent d’année en année, c’est clair. Il faut qu’on arrête de presser le citron comme ça. Ce qui est nocif et sournois, c’est que, pendant qu’on presse le citron des artistes et des interprètes, on ne prend pas le temps de bien faire les choses, de se questionner. Et, au final, ça se répercute sur ce qu’on voit. Je pense qu’on pourrait faire de la meilleure télé encore, si on avait un peu plus de temps. Moins on a de temps, moins on fait de la bonne télé : l’équation est très simple. Évidemment, on se débrouille avec le talent qu’on a, parce qu’il y a beaucoup de talent, ici, au Québec, mais on peut faire mieux encore. Et, pour ça, on a besoin de temps.»

Guy Jodoin

(Guy a, entre autres, tourné tout l’été dans Karl & Max, qu’on verra en décembre sur Club illico)

«Je pense que ça dépend des producteurs et des plateaux. Sur Karl & Max, je ne dirais pas que c’était parfait, mais pour moi, c’était super. Par exemple, avec la maison de production, Pixcom, on avait un traiteur sur place et tous les techniciens et comédiens pouvaient manger ensemble. Ça, c’était hyper apprécié. Sur certains tournages, ce n’est pas ce qui se passe ; on nous dit : «Tu as une heure pour aller manger, arrange-toi». Ça, je trouve ça plus difficile. Peut-être que je suis rendu un «vieux monsieur», mais je trouve ça dur. Peut-être qu’on devrait réajuster, couper ailleurs, mais protéger les gens qui travaillent hyper fort, qui font des journées de 12 heures. Protégez les gens sur les plateaux de tournage, s’il vous plait!»

Normand Brathwaite

«Je ne suis pas assez au courant du dossier, mais je pense que tout le monde qui travaille fort devrait être bien payé et avoir des heures raisonnables. C’est tout ce que je peux dire…»

Fabienne Larouche

(Cliquez ici pour connaître tous les détails du conflit opposant Aetios, la boîte de Fabienne, et l’AQTIS)

«Je ne peux pas parler pour l’instant, mais vous me connaissez; je suis transparente et bavarde. Alors, je vais parler. Quand je vais parler, je vais tout dire, tout raconter. Mais, pour le moment, je ne peux pas parler.»