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Accord de Paris et le devoir de transparence qui attend les gouvernements

17/12/2015 05:28 EST | Actualisé 17/12/2016 05:12 EST

Au terme de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, le CPQ (Conseil du patronat du Québec) s'est fait la voix des gens d'affaires, qui, à l'instar des citoyens, espèrent que les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à venir permettront de limiter le réchauffement climatique appréhendé pour les générations à venir.

Qu'il puisse être jugé satisfaisant ou non, nul ne pourra minimiser le nombre impressionnant d'États qui ont appuyé l'Accord de Paris (195 pays). L'histoire nous dira si cet accord de principe aura la résonnance d'une nouvelle révolution industrielle. Mais une chose est certaine, nos sociétés contemporaines vont connaître des changements majeurs au cours des prochaines années étant donné le contexte.

Une fois l'étape diplomatique franchie, les États et tous les citoyens seront confrontés au réalisme des conséquences au cours des prochaines années, car, au bout du compte, c'est le citoyen que nous sommes tous qui sera amené à changer drastiquement son mode de vie et à en assumer les impacts. Car, ne nous leurrons pas, tous seront interpellés et ne pourront rejeter la responsabilité des implications nécessaires sur les épaules des autres.

D'ailleurs, il faut noter que le dernier Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre indique que les émissions produites par le secteur de l'industrie ont diminué de 21,0 %, passant de 31,1 à 24,6 Mt éq. CO2 de 1990 à 2012. Parallèlement, sur la même période, les émissions de GES produites par le secteur du transport ont connu un accroissement de 25,7 % et représentent 50 % du volume total!

On dit dans les écoles de management que les entreprises qui n'innovent pas disparaissent. Il ne faut donc pas se surprendre que nombre d'entre elles soient pleinement engagées dans cette mouvance mondiale et n'ont pas attendu après l'Accord de Paris; soit parce qu'elles veulent améliorer leur productivité, soit pour en tirer un avantage concurrentiel; sans compter le changement de culture qui anime une nouvelle génération d'entrepreneurs et d'employeurs. Les entreprises continueront de s'adapter, dans les limites de ce que leur permettent la technologie et leur rentabilité, pour s'adapter à la demande de leur marché... Mais il y aura un coût, proportionnel au coût des technologies de substitution, des pertes d'emplois dans certains secteurs, des fermetures éventuelles, des charges additionnelles, etc. En revanche, il y aura aussi des gains, qui se mesureront dans l'avenir.

Nul ne peut prédire avec certitude quels seront les impacts économiques, financiers, sociaux, etc. Il y en aura des positifs. Il y en aura des négatifs. La seule certitude que nous ayons est que nous aurons collectivement à orchestrer plusieurs changements majeurs qui nécessiteront, de la part de nos législateurs, des communications empreintes de transparence et de franchise avec les citoyens.

L'objectif de réduction de 20 % de réduction sous les niveaux de 1990 pour l'an 2020 est encore loin d'être atteint, démontrant l'ampleur du défi qui attend le Québec, qui veut se doter d'une nouvelle cible de réduction de 37,5 % pour 2030. Au lendemain de COP21, les gouvernements du Québec et du Canada, s'ils veulent être exemplaires, devront évaluer et indiquer avec rigueur ce qui va devoir changer, comment cela va se faire, avec qui, où, par quels moyens et avec quels impacts. Ils devront traduire les intentions politiques en réalisme social, économique et technologique, et pour y arriver, ils devront commencer par traiter les entreprises de tous les secteurs, en véritables partenaires, car elles ont été les principaux contributeurs à la réduction de 8 % des GES qui a été réalisée à ce jour au Québec, pourtant moins de la moitié de l'objectif global pour 2020.

Les gains qui restent à être réalisés à court terme du côté de l'industrie seront rapidement confrontés aux limites de faisabilité technologique ou se feront au prix de la fermeture de certains établissements ou d'investissements qui se feront ailleurs qu'au Québec, en voulant aller trop vite. Si on veut pouvoir préserver la capacité des générations futures à prospérer dans une nouvelle économie, plus verte, il faut aussi pouvoir stimuler notre capacité d'innovation sans sacrifier notre tissu industriel. À ce titre, qu'on ne se méprenne pas sur le point de vue exprimé ici, il y a un potentiel réel de développement du côté des technologies propres et le Québec doit en saisir les opportunités, s'il veut en obtenir les bénéfices.

Tout en étant constructif, il faut désormais s'attaquer là où les changements sont nécessaires : le transport, l'efficacité énergétique et les habitudes de vie. Le Québécois moyen est instruit, conscientisé, ouvert sur le monde... Sera-t-il prêt à modifier ses habitudes? À payer le prix de son engagement? À faire ce que lui commande le sens des responsabilités et du devoir? C'est le défi qui nous attend, et celui-là est certainement le plus colossal. En aurons-nous le courage? Nous n'avons pas le choix de la destination, car il en va de l'avenir des générations futures.

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