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Où est passé mon vin?

31/03/2016 10:30 EDT | Actualisé 01/04/2017 05:12 EDT

Afin de répondre à certains lecteurs, je vous expliquerai cette semaine pourquoi votre vin préféré est parfois absent durant plusieurs mois des tablettes du monopole.

Alors que vous aviez l'habitude de le trouver à tel endroit précis de votre succursale SAQ préférée, vous réalisez soudainement qu'il n'y est plus. Vous faites alors une recherche sur www.saq.com pour dénicher une autre succursale qui en aurait. Niet!

Il n'y en a plus nulle part. Vous savez que c'est pourtant un gros vendeur. Que s'est-il passé? Pour le savoir, il faut comprendre comment le système actuel fonctionne.

Les deux SAQ

Il faut se rappeler qu'il y a deux SAQ dans la SAQ, comme je vous le mentionnais, il y a un peu plus d'un an, dans mon billet du 15 janvier 2015 (voir ici). Dans cet article, je comparais le monopole aux Mini-Wheats, lesquels possèdent un côté aride et un côté givré.

Il y a tout d'abord les 1100 produits réguliers que l'on retrouve au centre de la plupart des magasins du réseau.

Ils génèrent un volume de ventes élevé, de substantiels budgets promotionnels, ainsi que de juteux profits. Les vins de cette catégorie sont souvent très ordinaires et leurs prix gonflés par le coût de la participation quasi obligatoire aux promotions du monopole. On s'arrange toutefois pour que vous n'en manquiez jamais.

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Il en va différemment des quelques 7000 autres vins dits de spécialité, ceux qui sont placés dans l'espace Cellier, habituellement situés vers l'arrière des magasins, soit là où l'on peut parfois trouver de petits trésors dans toutes les catégories de prix.

Vous aurez évidemment compris qu'aucune succursale ne détient en même temps ces 7000 produits, ne serait-ce que parce que beaucoup de ceux-ci ne sont pas tenus en inventaire en entrepôt à l'année longue.

Deux types d'approvisionnement

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Sachez que les vins de spécialité se retrouvent dans deux catégories principales :

-L'approvisionnement continu

-L'approvisionnement par lot

Si le critère de disponibilité auprès du fournisseur est tenu en compte, c'est surtout ceux du volume des ventes générées par le passé et de la rapidité de son écoulement qui détermineront laquelle de ces deux catégories sera attribuée à un produit donné, ce qui influera sur la constance de sa disponibilité dans le réseau.

Un nouveau vin, par exemple, peut être acheté les premières fois en petites quantités (achat par lot), et s'il se vend bien, passer dans la catégorie de l'approvisionnement continu, puisqu'il aura démontré que la clientèle le recherche et l'achète. Ce système simple et logique a fait ses preuves au fil du temps.

Plusieurs personnes ont cependant remarqué que depuis déjà plus d'un an, certains produits de spécialité en achat continu, lesquels procurent pourtant des ventes rapides et assurées au monopole, ne sont plus recommandés aussi rapidement qu'autrefois, créant d'incompréhensibles ruptures de stock. Là, ça devient moins logique. Mais pourquoi donc est-ce ainsi?

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La gestion de produits par catégories

Afin de pouvoir répondre à cette question, il faut expliquer que le monopole gère ses stocks par catégorie de produits, ce qui est en principe une bonne chose.

Autant pour les produits réguliers que de spécialité, on détermine ainsi le nombre de référencements que l'on tiendra pour chaque catégorie de produits, et ce, par échelle de prix. Le but premier est de tenter de refléter ce qu'il y a de disponible au niveau mondial et d'avoir le répertoire le plus varié que possible.

Étant la seule entreprise à contrôler la vente du vin et des spiritueux au Québec, il est facile de comprendre que la SAQ ne peut tenir en inventaire qu'un nombre limité de produits, une très infime partie en fait de tout ce qui est disponible de par le monde. La taille de ses entrepôts et de ses succursales a tout de même des limites. On établit donc la quantité maximale de bouteilles qui pourra être gardée en inventaire au total pour chaque catégorie de produits.

Un exemple fictif

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J'ai dénombré sur le site Internet du monopole 63 vins différents en format de 750 ml, dans la populaire appellation Chianti Classico. De ce nombre 7 sont des produits courants et se retrouvent donc en tout temps dans la plupart de succursales du réseau. On en déduit que les 56 autres sont des vins de spécialité, certains en approvisionnement continu et les autres en achat par lot.

L'exemple qui suit est purement fictif et n'a d'autre but que de vous faire comprendre la mécanique générale du système actuel.

Présumons que sur ces 56 vins de spécialité dans la catégorie Chianti Classico, 14 produits ont des performances de ventes vraiment remarquables, 32 sont dans la bonne moyenne, mais que 10 traînent de la patte. Ces derniers, les mauvais vendeurs, restent donc sur les tablettes et dans les entrepôts, et les embourbent. Multipliez ça par des dizaines de catégories différentes de produits et vous aurez une petite idée de l'embouteillage énorme (sans jeu de mots) qui s'ensuit alors inévitablement.

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Loin de moi l'intention d'affirmer ici que notre société d'état fait de mauvais choix lors de ses achats. Au cours de ma carrière dans le monde des affaires, j'ai eu l'occasion de travailler pendant près de dix ans au sein d'une grande entreprise de commerce de détail. Dans toutes gammes de produits, il y en aura toujours qui feront mieux que les autres, alors que d'autres bougeront moins vite.

Comment on procède

Mais alors, si cette situation est normale et inévitable, où est le problème, me demanderez-vous? Justement, c'est que lorsque de telles situations de surplus d'inventaire se produisent, on ne fait rien pour y remédier. Rien.

À quoi bon? Étant en situation monopolistique, ces problèmes finiront bien par se régler par eux-mêmes. Il est bien plus facile comme vous le constaterez très bientôt de transférer tous les inconvénients qui en découlent à des parties extérieures. Ni vu ni connu.

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Revenons à mon exemple ci-dessus où 10 vins de la catégorie Chianti Classico ne sortent pas aussi vite qu'anticipé, alors qu'il y en a 14 autres qui sont déjà épuisés et que la clientèle voudrait bien en acheter. Et bien tant pis! On préfèrera attendre avant de recommander ceux qui se sont déjà vendus et qui sont forcément ceux que la clientèle préfère.

Je vous disais tout à l'heure que l'on ne faisait rien dans te tels cas. Et bien je vous ai menti, car on fait quelque chose : on ne commande plus les meilleurs vins déjà épuisés! Vous voulez du bon Chianti Classico? Parfait. Mais avant, vous devrez acheter ceux qui restent, même si vous les aimez moins! Simple comme bonjour, non?

À la longue, l'inventaire de ces lambins et de ces traînards diminue peu à peu, les consommateurs les achetant par défaut, les meilleurs produits n'étant plus disponibles. Cette situation de pénurie de certains vins populaires de spécialité ne relève donc pas d'une quelconque restriction budgétaire que l'on aurait imposée à la SAQ comme plusieurs le croyaient.

Ce n'est seulement que lorsque le nombre total de bouteilles d'une catégorie aura retrouvé un certain équilibre que l'on placera finalement des commandes pour les meilleurs vendeurs de celle-ci, lesquelles n'arriveront que quelques mois plus tard.

Pour connaître les conséquences et la solution, cliquez ici


Suggestions de vins de la semaine :

Bonne nouvelle! Ces 10 recommandations pour cette semaine (3 blancs, 6 rouges, 1 vin de dessert) sont encore disponibles dans quelques SAQ.

Pour télécharger la liste


Pour vos commentaires, questions, suggestions, etc., écrivez-moi en privé à : clubdgv@gmail.com

Le blogue personnel d'Yves Mailloux : Club des Dégustateurs de Grands Vins

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