Yves-François Blanchet

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Les étudiants ne valent pas un bout de route

Publication: 29/02/2012 15:58

Le gouvernement libéral va financer à hauteur de près de 300 000 000$ la construction d'un tronçon de 243 kilomètres de route allant permettre à la minière Stornoway Diamond Corporation d'extraire à son profit plus de 5 milliards de dollars de diamants du sous-sol québécois. En vertu des lois proposées par le gouvernement, il pourrait n'en retirer aucune royauté.

La somme, reconnue en général, qui devrait être investie dans le réseau des universités québécoises oscille entre 300 000 000$ et 500 000 000$ afin de rétablir ses bases financières de façon solide et durable.

Selon les chiffres invoqués par l'économiste Pierre Fortin sur son blogue (L'Actualité), un diplômé universitaire gagnera environ 750 000$ de plus au cours de sa vie professionnelle que le diplômé du secondaire, avec un salaire moyen d'environ 52 700$ au lieu de 38 900$. On peut croire qu'au moins le tiers de ce revenu supplémentaire sera versé au gouvernement sous la forme de taxes et d'impôts.

Le coût moyen d'un diplôme au Québec est de 30 000$ (CRÉPUQ, 2010) pour la partie dispensée en formation par les universités. Un diplômé universitaire pourrait donc payer à l'État, en moyenne, plus de huit fois la totalité du coût de sa formation. Il aura pourtant payé (ou ses parents auront pourtant payé) une part significative de cette formation en droits de scolarité en plus des dépenses de subsistance. Si le gouvernement devait assumer la totalité, effectuer la totalité de l'investissement, parce que c'est bien d'un investissement dont il s'agit, il obtiendrait à terme un rendement de 800%. 250 000$ par diplômé. Chaque année, environ 50 000 étudiants quittent l'université avec un diplôme de premier cycle en main. Je vous laisse le plaisir troublant du calcul...

Pourquoi la logique économique ne devrait-elle fonctionner que de la poche de l'étudiant vers celle de l'État? Pourquoi ne reconnaît-on parmi les bénéficiaires d'un taux de diplomation élevé que les étudiants? Pourquoi ne souligne-t-on pas que le gouvernement, l'État, la collectivité sont les principaux bénéficiaires de la diplomation universitaire au Québec? Pourquoi s'obstine-t-on à faire payer par une classe moyenne déjà surchargée souvent la totalité des droits de scolarité de ses enfants, réduisant ainsi le nombre de diplômés, réduisant ainsi les revenus futurs de l'État?

Pourquoi permet-on, alors que la demande de main-d'œuvre qualifiée et de diplômés est en hausse, que des intérêts privés puissent souvent troquer leur financement aux universités contre des recherches commandées dont ils bénéficieront à leur seul profit d'une application immédiate, et subventionnée par les droits de scolarité des enfants et des parents, plutôt que de leur imposer la responsabilité de contribuer à l'enseignement?

Pourquoi les générations qui auront bénéficié de droits de scolarité assez bas pour permettre aux Français du Québec de s'approprier leur économie, leur État et leur futur diraient-elles aux générations suivantes que, elles, elles ne bénéficieront pas de cet avantage majeur? Pire : en plus, elles vont assumer le déficit laissé par leurs aînés aux gouvernements comme aux universités, et elles vont tout de même devoir payer les soins de santé et les pensions de ces mêmes aînés? Le Québec n'appartient pas davantage à ma génération ou celle de mes parents qu'il n'appartient à mes enfants et aux leurs. Un peu de justice et d'équité sont de mise alors que présentement, on abreuve l'opinion publique de mensonges.

La politique du gouvernement du Québec en matière de droits de scolarité va à l'encontre des tendances lourdes à l'échelle internationale. Chacun reconnaît que l'accessibilité est, dans le contexte démographique et économique actuel, un enjeu crucial. Chacun, sauf le Québec des Libéraux, sur lesquels se moule la CAQ. Ils auraient comme volonté de ramener la nation québécoise et française à son niveau des années 60 qu'ils ne s'y prendraient pas autrement en matière d'accessibilité à l'éducation, comme d'ailleurs d'immigration, d'anglicisation et de cession de nos ressources naturelles en contrepartie de peccadilles honteuses.

Pendant ce temps, joignant l'insulte à l'injure, le gouvernement du Parti libéral va payer un bout de route à une de ces entreprises minières qui seraient bien bêtes de ne pas profiter de cette prodigalité incompréhensible. Ce bout de route coûtera aux Québécois l'essentiel de ce dont l'ensemble du réseau universitaire québécois dit avoir besoin pour rétablir sa compétitivité et maintenir la qualité élevée de la formation des jeunes du Québec.

Si pour le Parti libéral du Québec, la formation universitaire de centaines de milliers de jeunes Québécois ne vaut pas un bout de route, il est plus que temps d'en disposer. Si en lieu et place, la Coalition Avenir Québec entend appliquer la même politique, pour les mêmes raisons et au bénéfice de la même clientèle, il faut bien réfléchir avant de lui offrir des votes, aussi peu que ce soit. Toutefois, avant d'inviter les Québécois à élire un gouvernement national fort et issu du Parti québécois, je les invite à prendre connaissance de notre programme et de nos engagements. Je l'ai dit et je le répéterai : si le débat se rend aux idées, nous ne pouvons pas perdre.

Ce n'est pas une province qui en sortira gagnante, parce que comme province, elle cède d'emblée l'essentiel de son succès à un autre état. Il faut que ce soit comme pays que nous partagions l'avenir.

 

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