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Bock-Côté: recommencer par la droite

Publication: 28/02/2012 14:20

Mathieu Bock-Côté est un indépendantiste de droite. Au Québec, où on aime jouer sur les mots, ça peut donner souverainiste et conservateur. Sa contribution à la réflexion que le Québec doit s'intensifier est significative. Il est jeune, articulé et charismatique. Il impose un personnage fort, redouté en débat. Il est très vendeur. Il l'est comme véhicule de ses propres idées, mais aussi parce que pour les médias qui se l'empruntent, il attire la cote d'écoute et le lectorat.

Mathieu Bock-Côté pourrait être un fédéraliste de centre-gauche bien-pensant et jouir d'une solide visibilité. Il serait alors éditorialiste plutôt que chroniqueur. Mais voilà: il est un « indépendantiste indépendant », et résolument conservateur. Il n'hésite pas à provoquer le principal véhicule souverainiste et social-démocrate, le Parti québécois. Du bonbon. Plus vendeur que ça, tu causes des caries. Il est donc sur toutes les tribunes et jouit d'une complaisance troublante dont il serait fou de se passer.

Le voici donc brandissant un brûlot : Fin de cycle. En raccourci, l'idée d'indépendance échoue parce qu'elle ne se tourne pas vers la droite. Bien sûr, on ouvre ici un débat abyssal. Tellement que bien peu iront au fond de l'analyse, et beaucoup, subjugués par la forme, adopteront ce raccourci contestable. Mathieu Bock-Côté est un maître de la forme.

Résumons: conquis deux cents ans plus tôt, le Québec du régime de Maurice Duplessis est une colonie passée de la Couronne britannique à la domination anglo-canadienne. Les Français qui n'ont pas quitté la Nouvelle-France se sont rabattus sur le nombre et sur la terre. Ils ont non seulement survécu, mais ils se sont, sans trop le réaliser, mutés en un peuple, une véritable nation. Une nation, toutefois, sans État qui lui appartient. Cette appropriation collective d'un État, d'une économie et d'un statut de peuple, elle se combinera en un seul élan, propulsé par la rupture soudaine de l'élastique de l'isolement, de l'inhibition et de la religion. Ce sera la Révolution tranquille. Or l'émancipation économique du plus grand nombre dans le Québec ou l'Occident capitaliste du milieu du siècle dernier ne pouvait être que de gauche. Tout comme l'aboutissement de cette révolution nationale, économique et identitaire ne peut être que la souveraineté.

Je ne dis pas que la droite indépendantiste n'existe pas. Ses racines, dans le Québec religieux d'avant la Révolution tranquille, précèdent et de loin celles d'une vision davantage social-démocrate de la souveraineté dont le Parti québécois est encore porteur. Elle s'exprime beaucoup par l'apprivoisement nécessaire de notre histoire antérieure à l'ascension de René Lévesque au statut de héros fondateur de notre nation. Elle chante avec pertinence les Louis-Joseph Papineau, Samuel de Champlain, Lionel Groulx et Pierre Le Moyne d'Iberville. Elle tente au passage une réhabilitation de Maurice Duplessis, voué aux gémonies par une gauche syndicale qui marque souvent le pas dans le Québec du dernier demi-siècle.

Mais l'idée de souveraineté a pris son envol sous les élans d'un RIN tiré à gauche par un Pierre Bourgault flirtant avec le socialisme. Elle a rassemblé les foules et additionné les votes sous la gouverne tourmentée d'un René Lévesque magnifié. Ainsi, sans affirmer que la souveraineté n'a d'avenir qu'à gauche, je crois juste de soumettre qu'on ne peut pas l'en déraciner sans la priver de son âme, parce qu'elle est l'aboutissement d'une émancipation dont on ne peut dissocier l'économique de l'identitaire. Je dis au moins que dans ce contexte, affirmer que la souveraineté est vouée à l'échec si elle n'embrasse pas la droite est au mieux une formule. C'est du commerce.

J'en ai contre ces raccourcis complaisants d'une certaine droite dont, à la différence de Mathieu Bock-Côté, certains chantres ne méritent même pas d'être nommés. Ils suggèrent aux Québécois que ce que l'État cesse de payer ne coûte plus rien. Hors de l'État, la facture disparaît. Les services de santé et les droits de scolarité sont mieux gérés en faisant payer autant les pauvres et davantage la classe moyenne que la minorité la plus riche. La dilapidation des richesses non renouvelables au bénéfice des nouveaux géants mondiaux, les emplois exportés et les dommages à l'environnement sont ainsi des normalités dans une économie de marché saine. Et on colle le mot équitable à ce genre de raisonnements. À les en croire, la nation québécoise doit restaurer son héritage catholique pour sauver son identité, mais s'angliciser pour déboucher son développement. L'hypocrisie clientéliste de l'actuel gouvernement du Québec en matière de laïcité de l'État, de francisation de l'espace collectif ou de valeurs fondamentales d'égalité est assimilée à l'échec du modèle social-démocrate. Pourtant, mis à jour et mis en œuvre par des gens qui y croient, il porte encore les plus belles occasions d'une immigration harmonieuse et francisée, d'une économie moderne et ouverte sur les plus vastes marchés, avec un véritable souci de solidarité dans le respect d'une nature terriblement mise à mal.

L'erreur de Mathieu Bock-Côté ne me semble pas être dans les raisonnements qui suggèrent l'indépendance, mais dans la renonciation sous prétexte qu'elle serait l'otage d'un affrontement entre cette droite trop étroite et la gauche passéiste. Il s'inscrit pourtant dans cette logique en invitant les Québécois, pour rompre le sort, à embrasser une vision moderne du conservatisme. Le renoncement à ce qui nous a libéré est devenu une mode. Une mode qui, de surcroît, alimente un appareil média boulimique où Bock-Côté côtoie trop souvent de discutables mercenaires, et qui n'est jamais à la fois souverainiste et social-démocrate.

Pour ces entrepreneurs média, Mathieu Bock-Côté est un personnage inestimable. Pour moi, il est un contributeur précieux à un débat sans lequel la justesse de l'une ou l'autre idée ne sera pas démontrée. Or j'ai bien assez confiance dans la vision du Parti québécois en matière de souveraineté, de langue, de culture et de valeurs, d'environnement et de développement économique pour l'opposer ouvertement à un argumentaire conservateur qui ne me rappelle que trop le Canada de Stephen Harper.

Je salue la contribution de Mathieu Bock-Côté. Je l'invite à ne pas renoncer à l'indépendance de son pays sous prétexte qu'elle pourrait ne pas épouser le modèle conservateur. Surtout, j'invite les Québécois, plutôt que de reculer d'un demi-siècle, à franchir le dernier pas de cette Révolution tranquille. J'invite les Québécois à reprendre par la force du nombre et des justes valeurs ce qui leur a été arraché il y a deux cent cinquante ans par celle des armes. Ce sera un beau pays où vivre ensemble.


 

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Mathieu Bock-Côté est un indépendantiste de droite. Au Québec, où on aime jouer sur les mots, ça peut donner souverainiste et conservateur. Sa contribution à la réflexion que le Québec doit s...
Mathieu Bock-Côté est un indépendantiste de droite. Au Québec, où on aime jouer sur les mots, ça peut donner souverainiste et conservateur. Sa contribution à la réflexion que le Québec doit s...
 
 
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14:00 sur 29/02/2012
@David1975: Quel argumentaire élaboré, bravo! Donc selon vous 100% des Québécois sont fédéralistes, c'est bien ça? Eh ben, si j'avais cru.
20:58 sur 29/02/2012
Non je dit seulement que la grande majorité des québécois ne veulent pas ce séparer. C'est un fait
17:46 sur 02/03/2012
Le problème est ailleurs ...
Peu importe la bataille que l'on mène, il ne faut pas vider son chargeur sur ses propres pieds. C'est ce qui est arrivé avec l'Affaire Claude Morin, et encore plus ridicule ... l'Affaire Yves Michaud. Ce comportement est masochiste, ou suicidaire ... et fait fuir les gens qu'on tente d'attirer. Comment faire confiance au Parti Québécois s'il prend plaisir à "scorer" dans son propre but ?
Philippe Landry
plandry2@hotmail.com
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Godefroi
Honni soit qui mal y pense
11:40 sur 29/02/2012
Et il déclare être un disciple du général de Gaulle? Wow!

De Gaulle était avant tout un patriote et ensuite de droite. Tout le contraire de MBC et de Pétain.
11:32 sur 29/02/2012
Je crois que M.Bock-Côté apporte un point très important. Pas que le discours souverainiste doit nécessairement être "conservateur". Juste qu'il s'est trop associé à la gauche, ce qui a évacué d'emblée une partie importante de la population qui ne se reconnait pas dans ce message. Il y a suffisamment de divisions fédéralistes-souverainistes. Il ne faut pas en plus diviser le camp souverainiste en gauche-droite sinon l'atteinte de notre objectif commun est impossible. Je crois donc qu'un parti voulant faire la souveraineté doit se tenir au centre en faisant une place aux gens de gauche comme aux gens de droite.
20:44 sur 28/02/2012
Les québécois ne veulent pas ce séparer point à la ligne
12:49 sur 29/02/2012
Quel grand argumentaire, bravo! Donc, 100% des Québécois sont fédéralistes selon vous, c'est ça?
13:13 sur 29/02/2012
Stephen Harper, sors de ce corps!
20:55 sur 29/02/2012
Pauline sort de ce corp
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
superfreak60
Hello Sexy Poupée.
20:28 sur 28/02/2012
M. Bock-Côté véhicule certainement des idées qui n'aideront en rien la cause de la souveraineté au Québec.

En fait, on se demande souvent qu'elles sont ses véritables ambitions.

En tout cas, le retour en arrière ça n'intéresse personne.
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
19:26 sur 28/02/2012
>
Je soupçonne que ce débat initié par la droite n'est en fait qu'une mesure dilatoire pour ajourner le projet souverainiste. Comme le disait, de manière si judicieuse, Pierre Falardeau, la première préoccupation du véritable indépendantiste est de réaliser l'indépendance. Fi des clivages gauche, droite, avançons!
15:33 sur 28/02/2012
«À les en croire, la nation québécoise doit restaurer son héritage catholique pour sauver son identité, mais s'angliciser pour déboucher son développement. »

C'est de la caricature : on peut être de droite, pro-français et pro-indépendance (mais pas dans un Québec où les libertés scolaires seraient brimées) !

Je suis pour le français seule langue commune au Québec (en réalité l'anglais l'est de plus en plus), pour plus de responsabilité personnelle, pour les chèques-éducations, la liberté pédagogique et que l'État arrête de vouloir guérir les enfants (surtout nés dans des familles conservatrices) des tares "rétrogrades" de leur parents (cela semble être la priorité dans tout le volet "socialisation" de l'école québécoise, école qui m'insupporte de plus en plus).
15:29 sur 28/02/2012
«J'en ai contre ces raccourcis complaisants d'une certaine droite dont, à la différence de Mathieu Bock-Côté, certains chantres ne méritent même pas d'être nommés.»

La morgue...

Cela ne m'étonne pas que le Huff Post publie cela. Bien conformiste qui regarde de haut les conservateurs pro-français au Québec.