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Steve Jobs, l'iPad, et la bombe qu'il a déposée sur la tête des parents...

30/09/2016 10:01 EDT | Actualisé 03/10/2016 03:15 EDT

Il y a quelques jours, après mon travail, j'ai été intercepté dans la rue par une journaliste de la télévision de Radio-Canada, pour un reportage sur l'expérience des parents eu égard à l'éducation de leurs enfants à l'ère du tout écran.

Sujet très d'actualité, car les parents actuels font partie de la première génération confrontée à l'éducation de leur progéniture dans une ère de domination abusive des écrans (iPads, iPhones et autres merveilles de la société Apple).

Notamment, les parents qui ont des adolescents ont vécu, dans un court laps de temps, quasiment deux «époques»: celle où le livre papier avait encore une certaine place dans la vie scolaire et familiale pour se voir plonger, subitement, dans une autre ère, celle où les appareils d'Apple se sont répandus, imposant leur mainmise quasi tentaculaire dans la vie de tous, jeunes et moins jeunes.

Adieu le temps béni où on n'avait qu'à fermer la télé pour encourager les enfants à jouer dans la rue.

Et ces parents ont été pris au dépourvu : pour eux, c'est comme une petite bombe qui est tombée dans leur vie, sans accompagnement pour les aider à effectuer une transition adéquate pour le bien-être de leurs gamins. Résultat: bien des parents ont l'impression d'avoir perdu la guerre sur l'accès de leurs enfants aux innovations pilotées par le regretté Steve Jobs, ex-président d'Apple.

Au surplus, au moment même où les parents d'adolescents initiaient un dialogue urgent avec leurs enfants sur l'utilisation judicieuse du premier iPad à la maison, plusieurs écoles secondaires annonçaient, parfois sans consultation avec les parents, qu'elles imposaient cet outil comme obligatoire dans le programme éducatif.

Ce nouvel impératif scolaire, faisant passer l'iPad de joujou pour les loisirs à outil devant être utilisé par les enfants pour les devoirs, a coincé davantage les parents. Il a compliqué leurs efforts pour mieux gérer le temps d'écran et intéresser leurs enfants à d'autres utilisations de leur temps libre que les jeux vidéo ou les échanges jusqu'à plus soif sur Twitter.

Adieu le temps béni où on n'avait qu'à fermer la télé pour encourager les enfants à jouer dans la rue ou à compléter leurs devoirs scolaires ! Ou encore à crier leurs noms devant la porte d'entrée de la résidence familiale pour qu'ils cessent de jouer dehors afin de venir prendre leur souper en famille !

Aujourd'hui, disent de jeunes parents, le deuxième mot appris par les poupons, après le premier qui reste «maman» est...«Pad» !

Une publicité télévisée de ParticipeACTION s'attaque précisément à ce péril tout nouveau. Celle-ci cherche à inciter les enfants à délaisser leur iPad et à se réapproprier les terrains de jeux. Selon l'organisme, l'attachement des enfants aux écrans est même devenu alarmant : « Les enfants entre 5 et 11 ans passent plusieurs heures par jour à être sédentaires », déplore son site web.

Une étude toute récente du British Journal of Sports Medicine en vient à une conclusion tout à fait similaire, et confirme la sédentarité croissante des jeunes, y compris au Canada, où pourtant les vertus de l'activité physique sont constamment mises de l'avant.

Si bien que, de nos jours, les appels au souper familial sont devenus des sommations à quitter les écrans. Et la question du temps et de l'accès à ces écrans occupe une place démesurée dans les échanges familiaux tant les enfants sont capables de s'oublier des heures durant devant ces appareils qui suscitent rapidement une dépendance.

Le chantier de l'éducation des enfants à l'ère du tout écran reste ouvert.

Certes, il existe des logiciels pour gérer le temps d'accès et les sites fréquentés. Mais la négociation reste quand même permanente entre parents et enfants : une négociation serrée, où les compromis sont à faire au jour le jour.

Mon conseil pour les parents de jeunes enfants est qu'il faut engager très tôt un dialogue sur cette question, avec des règles et des balises, et les adapter petit à petit, à mesure que l'enfant grandit. Et surtout maintenir une vigilance au quotidien, au risque de rendre les enfants accrocs aux écrans et oublieux des joies de jouer, en dedans comme en dehors, avec des amis réels et non virtuels.

Chose certaine, le chantier de l'éducation des enfants à l'ère du tout écran reste ouvert.

Avec le temps, on ne peut qu'espérer que nos enfants soient exposés à répétition, à l'école, à la maison, à un même message : celui faisant avec force la promotion d'une approche raisonnable à adopter face aux écrans multimédias.

Les inventions récentes de Steve Jobs sont certes des splendeurs technologiques, mais elles peuvent aussi causer bien des dommages à la santé et à la cohésion familiale. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la multiplication et la présence envahissante des écrans représentent tout un défi pour les parents d'aujourd'hui.

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