Youri Chassin

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Le cartel des libraires

Publication: 22/02/2013 14:21

Depuis une dizaine d'années, le monde de la culture est bousculé par l'émergence de nouvelles technologies. Les produits culturels sont de plus en plus dématérialisés ce qui force des adaptations structurelles, souvent douloureuses, dans ce secteur. L'industrie du livre n'échappe pas à cette tendance lourde et doit elle aussi saisir les opportunités pour réussir à s'actualiser.

Plutôt que chercher de nouveaux moyens pour promouvoir la lecture, l'industrie québécoise a plutôt choisi une position de repli sur elle-même. Elle propose ni plus ni moins que la création d'un cartel du livre où les prix seraient fixés sans qu'il soit possible pour les détaillants d'offrir des rabais supérieurs à 10 % dans les mois suivants la sortie d'un nouveau titre.

On connaît pourtant les effets néfastes d'un cartel. Presque quotidiennement, la Commission Charbonneau illustre les dérives de cartels de la construction au détriment des contribuables. Pour s'assurer une meilleure rentabilité, l'industrie du livre propose carrément de prendre les lecteurs en otage en les forçant à payer leurs livres plus cher. Car soyons clairs : empêcher les rabais revient précisément à augmenter le prix moyen des livres.

Faudrait-il aussi interdire aux grandes épiceries de vendre des légumes à bas prix, sous prétexte que cette concurrence nuit aux petits commerces de quartiers? Personne n'aurait l'idée de dire qu'il faut sans tarder empêcher ces rabais pour préserver la diversité des légumes vendus. D'ailleurs, tout le monde réaliserait qu'en augmentant le prix des légumes, ceux-ci se vendraient moins.

Il en va de même avec les livres. Si le gouvernement va de l'avant avec la réglementation des prix comme souhaité par le lobby Nos livres à juste prix, le prix des nouveautés augmenterait d'environ 17 % et les ventes de livres au Québec seraient de 14 % moins élevées qu'elles ne l'auraient été autrement.

Cette conséquence est d'autant plus malheureuse que les Québécois lisent déjà moins que les autres Canadiens. Près de la moitié des Québécois souffrent de difficultés de lecture. D'ailleurs, où sont la Fondation pour l'alphabétisation et les acteurs du monde de l'éducation dans ce débat?

On aurait aussi pu s'attendre à ce que les auteurs se portent à la défense de leurs lecteurs. Pourtant, plusieurs auteurs se rangent au contraire derrière l'idée d'un cartel du livre. Du moins en apparence. C'est une chose que d'endosser publiquement leur « cause », c'en est une autre de faire des efforts concrets pour aider les libraires.

Ainsi, parmi ces auteurs québécois connus, plusieurs se retrouvent sur les rayons des grandes surfaces qui font concurrence aux libraires. D'autres offrent leurs livres en format numérique, une technologie fort commode qui nuit pourtant aux petits détaillants. Si ces auteurs acceptaient des pertes personnelles au nom de leurs principes, on aurait au moins l'impression qu'ils pratiquent ce qu'ils prêchent.

Dans le monde du livre, le consensus autour de la formation d'un cartel est-il aussi fort qu'on nous le dit? L'Association des libraires du Québec avait invité un de mes collègues, l'économiste Germain Belzile, à une rencontre interprofessionnelle des acteurs de l'industrie du livre. À la suite de la parution d'une Note économique de l'IEDM, l'invitation a été promptement retirée. On explique que « puisque cette rencontre interprofessionnelle réunit tous les acteurs de la chaîne du livre, unis dans un consensus sur le sujet, il serait mal venu d'inviter un conférencier s'étant clairement prononcé à l'inverse ». Le monde littéraire allergique aux débats d'idée. Quelle déception!

Dans les livres de notre enfance, un preux chevalier venait toujours à la rescousse des villageois lorsque ceux-ci étaient soumis à des lois injustes. Dans le cas qui nous préoccupe, il est à déplorer que les candidats chevaliers se fassent aussi rares pour sauver les lecteurs et la culture québécoise d'un cartel des libraires.

 

Suivre Youri Chassin sur Twitter: www.twitter.com/@iedm_montreal

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Depuis une dizaine d'années, le monde de la culture est bousculé par l'émergence de nouvelles technologies. Les produits culturels sont de plus en plus dématérialisés ce qui force des adaptation...
Depuis une dizaine d'années, le monde de la culture est bousculé par l'émergence de nouvelles technologies. Les produits culturels sont de plus en plus dématérialisés ce qui force des adaptation...
 
 
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Blogueur du Huffington Post
Sylvain Campeau
13:12 sur 02/03/2013
Les tenants de cette conception des choses basent toute leur argumentation sur la présomption d'une augmentation inévitable du prix des livres, dans le cas d'une réglementation. Or, la chose est loin d'être prouvée. Pour s'en convaincre, il faut lire:
http://www.iris-recherche.qc.ca/blogue/le-combat-des-livres
09:50 sur 24/02/2013
IEDM, c'est pas le think-thank du patronat ça; aucune crédibilité!
Cet utilisateur a choisi de ne pas participer au système des médailles.
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09:42 sur 24/02/2013
«On connaît pourtant les effets néfastes d'un cartel»

Binwi, pauvre contribuable qui se fait siphonner par le cartel du livre!
À croire que c'est pire que le cartel du pétrole (1e commerce le plus lucratif) ou de la drogue (2e commerce le plus lucratif).

Que diriez-vous de commencer par le commencement dans la lutte anti-cartel?
08:19 sur 24/02/2013
Croire encore que le libre marche fixe les prix, que la concurrence permet de jouer librement la fixation des prix. Le lait est fixé par qui ? L essence...toujours demande pourquoi les indépendants garderait un inventaire important que les grands exploiteurs pétroliers ne pourraient joués au yoyo avec le prix...une réel concurrence, le prix de la bière à un prix plancher....bref ou et comment le libre marche joue dans la fixation des prix dans les livre économie
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Blogueur du Huffington Post
Youri Chassin
13:21 sur 24/02/2013
Vous avez raison de souligner, comme le fait Denis100, que c'est bien souvent le gouvernement qui intervient pour fixer certains prix. Dans le cas du livre, ce serait aussi le gouvernement qui viendrait autoriser la formation d'un cartel, comme il l'a fait dans le cas du lait, des oeufs et de la volaille où les producteurs sont liés par la "gestion de l'offre", synonyme sans doute plus digeste.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Ankou
20:50 sur 23/02/2013
comparer le prix du livre au prix des pommes de terre ou des choux n'a aucun sens. Personnelement je lis une centaine de livres par année (romans, essais, nouvelles...). Il est vrai que je trouve le prix généralement très élevé au Québec. Ancien libraire en France avant la politique du prix imposé, je sais par expérience, que le libre marché conduit à un regroupement des éditeurs et à la disparition des petits libraires au profit des très grosses librairies en franchise (FNAC) voir des grandes surfaces. Le résultat est très rapidement un appauvrissement de toute littérature qui sort du créneau best-seller. C'est ce qui est arrivé avec le CD et on voit le résultat. Quant aux produits électroniques c'est encore plus rapide, outre l'aspect consumérisme outrancier, l'achat devient à usage unique et il est illégal de le donner à quelqu'un.
14:28 sur 23/02/2013
Et il m'est venu une autre réflexion en lisant les commentaires (dures mais justes) de @C Bass.

Les légumes. C'est justement le libre marché. Tout le monde est content de ne pas les payer trop cher. Mais beaucoup de gens apportent le constat suivant : les tomates...sont belles, sont pas chères...mais elle goûtent plus rien...

Alors moi je n'ai pas envie d'un Monsanto littéraire.
13:56 sur 23/02/2013
Y a une réflexion que je me fais. La plupart des gens ne lisent pas (enlevez les livres de cuisine, de croissance personnelle et les bio style Justin Bieber). Et on entend des opinions telles; "C'est pas le libre marché et c'est au détriment du consommateur".

Bon. Mais ceux qui émettent ces opinions (ça vous inclut Mr Chassin), lisent-ils ? Je veux dire est-ce que vous en avez contre le modèle ou vous êtes un lecteur qui se sent lésé ? À mon sens c'est protéger (légèrement) un marché pour permettre une plus grande diversité. Les grandes surfaces vendent ce qui se vend. Ils ne prennent pas de risques. C'est leur modus operendi, faire de petits profits sur la quantité.

J'ai rien contre les Crighton ou Marc Levy, j'en ai lu. Mais à un moment donné ça ne m'a plus suffit. C'est toujours les mêmes recettes racontées différemment. Ça me fait penser aux films de gros bras des années 80 où le héros était obscur, mangeait une taloche en cours de route mais finissait par tuer tout le monde sauf le gros méchant parce que "ça voudrait dire que je suis comme toi". J'ai trouvé ça divertissant mais vous voyez bien qu'on est passé à autre chose.

J'habite en région et j'ai besoin de toucher le livre pour me décider à l'acheter. Si accéder à cette diversité littéraire est trop ardu, je vais faire comme tout le monde, je vais arrêter de lire.
13:05 sur 23/02/2013
Ce texte est une vraie honte à l’intelligence humaine. D’abord, l’emploi de l’expression « cartel » devrait être nuancée, parce que ce à quoi nous avons affaire dans les tendances actuelles de la culture, face à la mondialisation et la fétichisation de la non-intervention, c’est à une concentration des agents culturels. En somme, le pire cartel actuellement est le cartel culturel québécois et international, pas celui des librairies.

Ensuite, l’analogie des légumes n’a aucune pertinence, sauf montrer les principes de bases d’une économie de marché, ce qui n’éclaire en rien le présent problème. Mais servons-nous de celle-ci pour réfuter ce léger penseur. Pourquoi vouloir un prix plancher du livre et non du légume? Eh bien, parce que la culture, la connaissance, l’ouverture d’esprit, le raisonnement sont nécessaires au bon fonctionnement de notre société et de notre démocratie (serait-ce les légumes qui nous les procurent?). Mais aussi parce que la culture n’est pas une affaire strictement individuelle : elle concerne la société et un peuple, et laisser celle-ci entre les mains de l’offre et de la demande (qui est d’ailleurs de moins en moins libre à cause du cartel culturel québécois qui contrôle en bonne partie l’offre) c’est la jeter en pâture au plus glouton.
13:04 sur 23/02/2013
En autorisant le prix plancher, nous allons justement diversifier notre offre de produits culturels (en supposant que nous puissions réduire cela à des « produits »), par le biais des librairies privées indépendantes, qui n’ont pas à satisfaire des actionnaires toujours plus avides et déconnectés du monde culturel, et ainsi donner un peu d’air frais au monde culturel québécois. Évidemment, ce prix plancher risque de ne pas avoir que des effets positifs, mais il me semble que cette hausse marginale de prix, un livre ne coûte tout de même pas 100$ en moyenne, promet d’avoir davantage d’impacts positifs que négatifs!

Je vous laisse donc réfléchir aux similitudes entre les conséquences qu’auraient une baisse de la diversité des légumes et une baisse de la diversité culturelle. J’ai de plus en plus l’impression que l’IEDM est de mauvaise foi et n’a que faire de la vraie réflexion, à force de lire leurs billets aussi simplistes et binaires qui excluent toute considération non-économique.
09:30 sur 23/02/2013
Lorsque j'achetais des livres, il ne me serait jamais venu à l'esprit de m'approvisionner en grande surface. On développe avec son libraire une relation privilégiée. Vient un temps où il connaît vous goûts. Il vous fera découvrir des ouvrages dont vous ignoriez l'existence. Pour moi, ce service justifie largement les quelques dollars de plus, déboursés pour l'achat d'un bouquin chez le sympathique libraire du coin.

Par contre, j'ai cessé d'acheter des livres depuis une dizaine d'années, parce qu'ils sont devenus beaucoup trop chers. Le papier et la reliure sont de bien piètre qualité. Comme pour l'ensemble des produits de consommation, l'obsolescence des livres se fait à une cadence de plus en plus soutenue.

J'en ai contre le gaspillage éhonté qui résulte de l'envoi de centaines de milliers d'invendus au recyclage, chaque année, au Québec. On parle d'un gaspillage subventionné par des deniers publics.

Ne serait-il pas plus sensé d'accorder le volume et la fréquence des tirages avec la réalité? Tant qu'à envoyer des millions de dollars au recyclage, ne serait-il pas plus sage de baisser le prix des livres, pour les rendre accessibles au commun des mortels?

Le maintien élevé du prix des CD a tué le marché du disque. Le livre ne peut-il pas prendre acte et s'ajuster en conséquence, sous peine, lui aussi, de disparaître?

Heureusement, les bibliothèques publiques sont relativement bien garnies. En contrepartie, on doit accepter le fait qu'il faille attendre quelques mois avant d'avoir accès aux dernières parutions.
00:22 sur 23/02/2013
Moi j'achète beaucoup de livres, plus de 1000 $/an revues et livres confondus. Et ça ne m'embête pas le prix plancher si ça permet aux libraires de rester en vie parce que lorsque je regarde le choix qu'il y a dans les magasins à grandes surfaces, j'en serais quand même assez malheureux si ça devenait le seul endroit où je pourrais m'en procurer facilement.
19:02 sur 22/02/2013
Un prix minimum pour les livres, un prix minimum pour l'essence, un prix minimum pour le lait... on protège les commerçants en fixant les prix... Qui protège le consommateur. A quand un prix minimum pour la musique, le steak haché et les bobettes?
17:28 sur 22/02/2013
Vous êtes cheap M.Chasin de vous attaquer aux petits libraires qui tentent de survivre à la vague des gros et d'Internet. Chacun son métier, les libraires sont les plus aptes pour nous offrir un choix sans le marketing effrèné des Quebecor et cie de ce monde
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Pedro Individuo
17:02 sur 22/02/2013
Trop de marchands au Québec ont peur de la concurrence; on n'a qu'à voir la quantité phénoménale de subventions qu'ils reçoivent. "protéger" le prix du livre n'est que la suite logique de cette mentalité. Subventionnons les petits incompétents pour les laisser en affaires