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La boîte technologique de Pandore?

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L'université Oral Roberts de Tulsa, dans l'Oklahoma, a mis en place une nouveauté dans son cursus pour éviter à ses étudiants de grossir durant leurs études: ils doivent porter un traceur d'activité Fitbit, et peuvent être pénalisés s'ils ne font pas assez d'exercice.

Source: clubic.com «Une université américaine oblige ses étudiants à porter un bracelet Fitbit», par Audrey Oeillet, le mercredi 03 février 2016

Les usurpateurs dans la science: une vieille histoire

Que les chercheurs et chercheuses «émérites» utilisent le travail d'autrui pour lever les bras bien haut, est, dans de nombreux domaines scientifiques un secret de polichinelle. Contrairement à Musset, pour certains leur verre n'est pas bien grand, mais ils ne haïssent pas l'état d'usurpateur et de plagiaire, et n'hésitent pas à boire dans le verre d'autrui en levant le coude bien haut. En matière de vols de paternité scientifique, oui, souvent (des hommes) ont sans le moindre scrupule usurpé le travail de leur épouse, de leur assistant, de leurs étudiants, de leurs doctorants, de leur ami, de leurs collègues de travail. Croyez-moi certains auraient rongé la moelle épinière de leur chien savant si ces derniers avaient su rédiger des thèses. Pourquoi? Ici, pour spolier des Prix Nobel, accumuler des titres, publier des articles rédigés par leurs étudiants, et récolter des honneurs immérités à tire-larigot*.

*Minute culturelle: «à tire-larigot» Née dès la fin du XVe siècle de l'association du verbe «tirer» (sortir un liquide de son contenant), et du nom «larigot», sorte de petite flûte; expression à l'époque associée au verbe «boire». «Boire à tire-larigot» était donc pour les buveurs une incitation à faire sortir le vin des bouteilles comme on faisait sortir le son de l'instrument - L'internaute

J'exagère? Révisons: Lise Meitner (1878-1968) a découvert la fusion nucléaire en 1938, son nom sera effacé de toutes les publications sur le sujet! Toutes! Au profit de son collègue et ami Otto Hahn. Son crime ayant été d'être Autrichienne, femme et... juive!

Rosalind Franklin (1920-1958), ses travaux sur la structure de l'ADN seront piqués par Crick (pas même l'inventeur du cric) et par Watson (pas même l'ami du détective Sherlock Holmes,) deux Arnaqueurs Dévoyés et Navrants (ADN), qui recevront eux le prix Nobel de médecine. Vous en voulez encore ?

Jocelyn Bell Burnell (née en 1943) découvrit le premier pulsar! Étudiante à Cambridge en 1967, le comité Nobel, récompensera son directeur de thèse, Antony Hewish, qui n'émettra pas (de ce que je sache) de farouche opposition à cette spoliation.

Et que dire de Thomas Hunt Morgan, Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1933 pour ses découvertes sur le chromosome et l'hérédité? Notre petit Thomas a légèrement omis de préciser que c'était son employée au Bryn Mawr College, Nettie Stevens (1861-1912) qui avait découvert dès 1905 que le sexe de l'enfant était déterminé par les chromosomes. Ceci étant posé... venons-en à l'ORU.

Recherche, universitaires et étudiants: un modus vivendi respectable

Que des universitaires sollicitent, proposent et impliquent leurs étudiants, sur la base du volontariat, à participer à leurs travaux de recherches, est une pratique courante, louable, utile, pertinente, indispensable, éthiquement conforme dès lors que le cadre de la recherche est clairement défini, que le contrat moral soit respectable et respecté par les parties!

Étudiants et Internet des objets: la boîte technologique de Pandore?

Que des universitaires investissent de façon contrainte ici l'intime de l'étudiant, en les obligeant à porter un bracelet connecté, avec comme argument le «Freshmen 15» (une théorie controversée selon laquelle les étudiants prendraient en moyenne 15 livres durant leur première année d'étude); et que, plus drôle (sic) encore, l'objet évoqué du projet serait de trouver des corrélations entre la réussite scolaire et l'exercice physique; permettez quelques petites remarques impertinentes.

Les auteurs d'une telle iconoclaste initiative (au service du bien des autres (ici des étudiants)), bien loin du volontariat, avancent des arguments pour le coup (permettez-moi cette facilité) qui me semblent bien maigrichons. Quand on ouvre la boîte technologique de Pandore, que la technologie est ainsi détournée. La recherche se met alors à tutoyer l'état limite, l'enfer est pavé de bonnes intentions... une fausse bonne idée, aussi dangereuse que sans vision... J'exagère? Très bien alors, suivez-moi:

Ne soyons donc pas timides? John Dewey nous le disait «tout grand progrès scientifique est né d'une nouvelle audace de l'imagination.» Allons plus avant! Des nobélisables sont en approche! Les étudiants autant en faire du gras, aussi voici quelques propositions pour ces cobayes connectés, et des propositions bien plus audacieuses qu'une misérable notation à la baisse des plus mauvais sujets.

Proposition A: ne serait-il pas judicieux de revendre les données récoltées aux sociétés d'assurance? Sociétés d'assurances qui pourraient d'ailleurs (ce serait la moindre des choses) sponsoriser le programme!

Proposition B: ne serait-il pas désolant qu'ils ne puissent récupérer et disposer en fin d'année scolaire des mauvais scores des sujets les plus à risques ?

Proposition C: ne serait-il pas avant-gardiste de généraliser la chose! De la mondialiser, de rendre le port du Fitbit et autres outil similaires de surveillance individuelle intime obligatoire? Mais ne soyons pas timorés. Étendons ce port obligatoire à tous les collégiens, lycéens, et ce bien avant même l'entrée dans les universités! Quelle aubaine, que de pouvoir ainsi ajuster au mieux les conditions des prêts étudiants

Proposition D: Enfin pourquoi ne pas proposer aux plus mauvais sujets la mise en place obligatoire d'un anneau gastrique en fin de première année? Une opération obligatoire, qui leur permettrait de récupérer leurs points perdus?

Quant aux malades atteints du syndrome de Prader-Willi... là, j'avoue mon impuissance à leur trouver un quelconque avenir.

Pour conclure

Comme le rappelle Etienne Combier (Les échos), il ne s'agit pas d'oublier la mission de l'université attachée à la foi catholique: «former des dirigeants investis du Saint-Esprit à travers une éducation complète afin d'impacter le monde avec la guérison de Dieu». Pour ma part, je rappellerai à ces universitaires sorciers, soucieux d'un monde meilleur que «Science sans conscience n'est que ruine de l'âme». Et que la liberté, vous l'aimez ou un jour, elle vous quitte.

Plus de billets de l'auteur sur http://www.usurpateur.net

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