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Référendum en Écosse: les corbeaux se sont habitués

16/09/2014 12:19 EDT | Actualisé 15/11/2014 05:12 EST

Comment résumer la campagne référendaire écossaise ? Je me suis prêté au jeu et, pour ainsi dire, il est possible de distinguer quatre moments relatifs à cette campagne. D'abord, il y a eu la période de négligence et d'insouciance. En effet, le camp du Non a pendant longtemps refusé de prendre au sérieux Alex Salmond, le SNP et leur campagne en faveur de l'indépendance de l'Écosse. Jouissant d'une confortable avance dans les sondages, Alistair Darling et les partisans de la campagne Better Together étaient dans le déni le plus total : « Comment pourrait-on perdre ce référendum ? Comment le Oui pourrait-il venir brouiller les cartes et remettre en question l'Acte d'Union de 1707 ? » Ajoutez un rire gras à ces questionnements et vous avez l'état d'esprit des partisans du Non, il y a à peine quelques mois.

Par conséquent, de l'avis de Westminster et plusieurs analystes, le référendum promis par le chef du Parti national écossais (SNP) semblait se diriger vers un échec assuré. Il est vrai que, jusqu'aux deux débats télévisés entre Darling et Salmond, le camp du Non bénéficiait d'une avance décisive dans les intentions de vote. Cependant, les confrontations entre les deux hommes, plus particulièrement le second débat, ont procuré un élan extraordinaire à l'option souverainiste écossaise. C'est là que tout a commencé... à basculer.

Ce fut donc le début du second moment, qui peut être caractérisé par la prise de conscience des dirigeants de la campagne Better Together. Après que plusieurs analystes politiques locaux et internationaux aient octroyé la victoire du deuxième débat à Alex Salmond, la progression du Oui a été fulgurante, gagnant entre 4 et 5 points, selon les sondages, et ce en l'espace de quelques semaines. Les possibilités d'une lutte serrée et même d'une potentielle victoire du Yes Scotland faisaient surface pour la première fois. Westminster et ses alliés réalisèrent alors leur vulnérabilité. Que faire ?

Employons la séduction! Ce fut le troisième moment. Voyant que l'indépendantisme écossais était pratiquement à égalité avec l'option favorisant le maintien de l'Écosse au sein de l'Union britannique, les stratèges et politiciens pour la campagne du Non amorcèrent une opération charme. En effet, les tactiques de persuasion, notamment par le biais d'actes et de gestes d'attention et d'amour fraternel, étaient flagrantes, du moins pour un Québécois avec un regard extérieur attentif et conscientisé. Sur ce point, lorsque j'ai entendu les prédicateurs que sont Darling et Cameron dirent aux Écossais que le parlement du Royaume-Uni allait (à environ une semaine de la possible dislocation de leur entité politique et de leur emprise socioterritoriale) octroyer plus de pouvoirs au peuple et à leur institution représentative, j'ai immédiatement été saisi d'une étrange sensation de déjà-vu! Et, disons-le, cette sensation s'est considérablement accentuée lors du dernier droit de la campagne référendaire ; un moment que j'ai nommé : la tentative de dissuasion et la guerre impériale.

Ce dernier moment ressemble à la bonne vieille tactique de l'épouvantail. D'ailleurs, voyant que l'entreprise de séduction n'avait pas eu les répercussions souhaitées, le camp du Better Together a décidé de modifier son approche stratégique. Ainsi, que fait-on lorsque notre opération charme ne fonctionne pas ? La réponse est simple : on mute notre stratégie d'un mode passif-défensif à un mode offensif ; bref, on décide de faire appel à la peur! C'est, à cet égard, ce que Darling, Cameron et Westminster ont fait. Il y a d'abord eu les sorties publiques de certaines personnalités en faveur du maintien de l'Union, notons entre autres Paul « Le chevalier de Sa Majesté » McCartney, J.K. « je ne suis pas Écossaise » Rowling, et bien d'autres appuyant les prétentions de l'impérialisme britannique. Bien plus, il y a eu les gestes symboliques comme l'annonce - aléatoire bien sûr - de la naissance imminente d'un nouveau bébé royal ; une sortie qui semble dire : « Mes chers Écossais, en votant Oui, vous allez perdre le BÉBÉ RO-YAL! » (sic). Un coup d'épée dans l'eau ; on passe donc en mode jouer le tout pour le tout... Bonne idée Alistair!

Reprenons, en ce sens, les méthodes employées par les fédéralistes canadiens et québécois lors des référendums de 1980 et 1995. Ça l'a marché pour eux, ça devrait marcher pour nous! Menons une fin de campagne axée sur la peur, sur le chantage et les menaces... (rire gras)... Cela devrait effectivement calmer les ardeurs des crottés qui souhaitent briser notre beautiful United Kingdom! Et la lumière fut... Les banques, avec l'influence de Westminster, se mirent de la partie, menaçant de quitter le pays et de déménager leur Quartier général à l'extérieur de l'Écosse advenant un vote favorable à l'indépendance. Il y a eu l'épouvantail de l'incertitude, celui de l'instabilité économique et sociale. Il y a également eu celui de la non-reconnaissance extérieure. Tout ça en mentionnant parallèlement et sans scrupule : « Ne quitter pas le Royaume-Uni, on vous aime »... Le peuple n'est pas dupe!

Pour faire une analogie que certains jugeront certainement boiteuse - après tout, il y a des éternels insatisfaits -, la situation actuelle en Écosse me fait étrangement penser au syndrome de la femme battue. Tel un ivrogne battant sa femme et qui, à chaque fois, lui promet de changer, le camp du Non, après l'asservissement quasi complet de l'Écosse, multiplie les promesses solennelles : « Je vais changer, je te le jure peuple écossais... je vais te donner plus d'autonomie, plus de pouvoir, plus de tout, mais ne me quitte pas ». Pourtant, cette fois, la femme en a assez ; elle a pris la décision, après de nombreuses années à endurer les supplices et l'assujettissement, de quitter son mari. Or, à l'instar de cette femme courageuse, l'Écosse est sur le point de faire ce choix crucial, une résolution qui lui donnera finalement sa pleine liberté. Toutefois, le mari ne se laissera pas faire facilement ; il ne permettra pas à sa « possession » de le rejeter ainsi. Justement, il modifiera, dans le but d'empêcher cette démarche d'autodétermination, son discours et ses actes, passant d'un ton conciliant d'homme qui allait changer à une approche agressive de violences verbales et psychologiques.

Maintenant, il ne reste qu'à attendre impatiemment le résultat ; la femme décidera-t-elle - une fois pour toutes et surtout afin d'assurer son épanouissement personnel - de rompre cette union malsaine ? Espérons-le! Une chose est toutefois claire : les subterfuges auront été nombreux jusqu'à la fin, mais l'épouvantail recyclé par le camp du Better Together paraît manquer drastiquement de paille, voire de réalisme, car les corbeaux semblent finalement s'être habitués! #YesScotland

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