Yanick Barrette

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Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre!

Publication: 25/03/2013 11:42

De toute évidence, tous ont déjà été victimes ou impliqués directement ou indirectement dans une situation de rage au volant. Il m'est moi-même arriver de faire référence à la longue liste de mots associés à la tradition ecclésiastique lors d'une situation sur la route. Cela dit, le phénomène du « road rage » semble, à la lumière de récentes expériences et après avoir discuté avec plusieurs personnes de mon entourage, avoir gagné en intensité au cours des dernières années. Cela dit, la majorité des individus consultés s'accordent pour dire que rien ne justifie un comportement « rageux » lors d'un déplacement en véhicule motorisé. Certains m'ont toutefois mentionné, sous le couvert de l'anonymat, qu'il existe des raisons expliquant ce genre de comportement. En écoutant leur argumentaire, je me suis demandé s'ils ne tentaient pas tout simplement de justifier leur attitude et leurs actions, qui pourtant devraient être répréhensibles. J'ai donc entamé une réflexion sur le sujet et me suis interrogé à savoir : « la rage au volant peut-elle, du moins jusqu'à un certain point, se justifier ou même être acceptable ? ». Bien que le thème ait été abondamment discuté dans les médias, cette interrogation, à ma connaissance, n'a jamais été soulevée. Est-ce dû à son caractère tabou, à son pseudo-consensus au sein de la population ou tout simplement parce que les gens, plutôt que d'en parler, préfèrent l'anonymat de leur voiture pour s'adonner à ce genre d'actes ?

Le nom lui-même, « la rage », postule une agressivité endogène, donc un comportement fautif pour l'hurluberlu qui s'époumone dans sa voiture ou qui s'adonne à des manœuvres imprudentes. Or, la rage au volant est-elle la conséquence exclusive de l'agressivité (peu importe son origine) ou peut-elle être également le résultat de d'autres facteurs ; par exemple, la mauvaise conduite d'un autre automobiliste, le non-respect des règles de conduite ou de la sécurité routière, etc. ?

Certes, la témérité, la frustration, la colère, la fatigue et/ou l'angoisse peuvent mener à une agressivité sans raison valable de la part d'un conducteur. Dans ces circonstances, l'action d'invectiver, de menacer ou encore de se livrer à des manœuvres à risques (talonnage, excès de vitesse, changement de voie brusque, etc.) envers un autre usager de la route représente des situations hautement dangereuses et condamnables.

Pourtant, on nous répète constamment qu'une conduite courtoise a pour effet de diminuer les épisodes de rage au volant. Je n'en doute point, mais elles ne les feront pas pour autant disparaître. À mon humble avis, la courtoisie est une chose, mais l'irresponsabilité en est une autre. À cet égard, le fait de ne pas respecter les règles de la conduite automobile risque d'entraîner des répercussions et de susciter une réaction chez d'autres automobilistes. Par exemple, combien de fois vous est-il arrivé de suivre un conducteur et que soudainement il omet de mettre son clignotant avant un virage ou un changement de voie ? À cette question, certains, simplement en imaginant le scénario, ressentiront l'âcreté, tandis que d'autres certifieront du caractère banal du geste. Malgré cette apparente banalité pour certains, ce genre de situations s'avère pourtant être un fléau, et pas seulement à Montréal. En fait, je crois éperdument que le signalement, qui, notons, a pour objectif de projeter les intentions d'un automobiliste, ne constitue pas une option ; bien au contraire, il s'agit d'un devoir, d'une obligation qui peut certainement faire la différence entre un accident ou un épisode de rage au volant et une conduite sereine et sans écueil. Certes, vous me ferez remarquer que si le conducteur est colérique d'avance, à cause d'une autre conjoncture (familial, professionnel, etc.), le mécontentement risque de surgir tout de même, voire d'être décuplé et, subséquemment, d'entraîner une situation mettant en danger les autres usagers de la route. Nous l'avons mentionné, ce genre de comportements est condamnable. Cependant, il n'est pas rare d'assister à une scène où un automobiliste se met à claironner l'impair d'un autre automobiliste, et ce dans l'espoir de lui faire réaliser son erreur... Voici d'ailleurs une phrase qui refait constamment surface lors de moments de rage au volant : « Mets ton *@#&!*# de flasher, espèce de danger public ! ».

Sur la route, de nombreuses situations peuvent devenir irritantes, comme une situation où vous êtes en attente d'une place de stationnement et au même moment un conducteur se hâte pour se faufiler dans cet espace avant vous ; ou encore un conducteur change soudainement de voie juste devant vous, sans signaler ses intentions et frôle de peu votre véhicule. Ces circonstances, pour le moins déplaisantes (elles ne sont pas les seules), sont propices à alimenter la colère des automobilistes et à attiser le phénomène du « road rage ».

Devant ces constatations, la question qui se pose est : « jusqu'à quel degré (niveau) est-il permis (justifiable) de répondre (réagir), sans devenir soi-même un danger pour les autres ? Dans un premier temps, est-il acceptable de réagir ? Si vous avez répondu oui, alors quelle est la limite à ne pas franchir ? Est-il valable de crier poliment des bêtises (même si cette formulation constitue un oxymore et un paradoxe) au conducteur fautif ? De lui faire un signe du doigt (peu importe lequel) ? De lui reprocher avec véhémence sa faute, sans toutefois verser dans les insultes grossières ? Ou n'est-il pas plutôt préférable de simplement le laisser continuer son chemin sans intervenir, en sachant qu'il recommencera à la prochaine occasion, quoiqu'une réaction n'est pas pour autant un gage de conditionnement et de succès pour la fois suivante... Que faire alors ?

Il est clair que les situations auxquelles nous avons tous été confrontés, conjuguées au traitement médiatique du sujet, ont contribué à diaboliser la rage au volant. Comprenez-moi bien, loin de moi l'idée de soutenir cette pratique et les actions qui en découlent. Mais, je réalise une chose ; en tant qu'individu et société, nous sommes rapides à condamner les autres et leurs actions sans prendre nécessairement le temps de nous regarder nous-mêmes, de procéder à une introspection. D'après mon expérience et ce que j'ai pu constater au fil du temps, même des gens sans animosité, munis d'une patience hors pair, responsable et courtois peuvent à l'occasion et instinctivement se mettre en colère lors d'une balade en voiture. En somme, avant de porter un jugement expéditif, dépourvu d'objectivité, il importe de se remémorer ses propres bévues... Maintenant, après avoir fait ce petit exercice, que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre !

 

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