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Gratter le fond des tiroirs...

14/09/2015 10:11 EDT | Actualisé 14/09/2016 05:12 EDT

La franchise plaît, et non l'austérité

-Voltaire

Jean Chrétien se désolait, cette semaine, de l'image du Canada à l'étranger... De fait, selon l'ancien premier ministre canadien, l'image du Canada à l'international a drastiquement changé depuis la prise du pouvoir des conservateurs de Stephen Harper. Or, je dois dire que je suis entièrement d'accord avec M. Chrétien sur ce point; mais, malgré ma très grande honte pour mes voisins canadiens, je ne me formalise que très peu des conséquences, car ce qui me concerne d'abord et avant tout, c'est l'image du Québec.

Autrement dit, la question n'est pas tant de savoir ce qui s'est passé au Canada pour que cette image soit altérée négativement, mais davantage de connaître ce qui s'est passé et ce qui se passe avec l'image du Québec actuellement. À cet effet, disons que j'ai beaucoup d'interrogations pour le Parti libéral, et surtout pour la ministre des Relations internationales, Mme. Christine St-Pierre.

Pourquoi? Eh bien, savez-vous que le ministère piloté par Mme. St-Pierre a récemment confirmé que les postes de représentations du Québec à l'étranger allaient être amputés de près de 25%? Oui, oui... Sans gêne, on nous apprend que ce sont 50 des 208 postes qui seront abolis. Résultat du dogme libéral de l'austérité?

C'est ce qu'on tente de nous faire avaler... Oui, une autre couleuvre bien glissante. On nous parle d'un grand ménage où chacun doit passer le balai... Un grand ménage?

- Alors, si je comprends bien madame la ministre, comme contribuables, nous allons sauver beaucoup de sous?

- Pas vraiment!

- Comment ça? Combien de millions allez-vous récupérer?

- Pas vraiment des millions!

- Quoi? Le gouvernement du Québec va couper près de 25% des relations diplomatiques pour sauver des pacotilles?

- Bah... nous allons quand même épargner un gros 700 000 $.

Attendez un instant que je dissèque l'information... le Parti libéral va mutiler notre rayonnement international pour économiser moins d'un million sur un budget total avoisinant les 75 000 millions de dollars annuellement? Ahhh, c'est tout un ménage que vous faites là; je vois que vous avez sorti l'aspirateur, pis toute!

Madame St-Pierre, messieurs Leitão et Couillard, un vrai ménage, à mon humble avis, serait de couper dans le gras, le vrai... c'est-à-dire dans les primes aux députés démissionnaires, dans les généreux bonus aux dirigeants des sociétés d'État, dans les subventions aux entreprises polluantes et énergivores, dans les pensions à vie pour les hauts fonctionnaires et les amis du régime.

Un vrai ménage serait de taxer davantage les banques, de hausser les impôts pour le 1% de la population le plus riche, et non d'augmenter la TVQ à 11%. Ça n'a aucun sens... Diantre, c'est le monde à l'envers!

Savez-vous quoi? Je pense qu'il ne faut pas nécessairement s'enfoncer dans les détails de cette annonce, même s'ils me choquent; car ce geste s'inscrit clairement et simplement dans un désir global (le mot global est ici très important) d'affaiblir la représentation québécoise sur la scène internationale. En fait, l'objectif des bonzes libéraux, avec cette mesure insensée, n'est pas d'assurer le retour au déficit zéro, mais plutôt de perpétuer l'entreprise de provincialisation du Québec. Après tout, le Québec est une simple province canadienne, et cela, Philippe Couillard le comprend, le reconnaît et l'encourage.

Ainsi, l'ambition réelle derrière ce qui a toutes les apparences de la poursuite d'une plateforme destinée à la rigueur budgétaire, c'est de précariser, encore plus, la diplomatie québécoise, c'est de fragiliser la voix du Québec à l'étranger... En somme, c'est de maintenir notre subordination complète à l'égard d'Ottawa. M. Couillard, en son rôle de grand magistrat pro-canadien, aime nous le rappeler par des mesures concrètes, des mesures qui cherchent à nous remémorer que nous sommes un peuple de colonisés, que nous sommes, au fond, une insécable province canadienne.

Donc, pour des raisons idéologiques, loin de celles que l'on tente de nous faire croire, on cherche à ratatiner le Québec et son image. En agissant ainsi, le Parti libéral nous fera payer, à tous et toutes, un lourd tribut symbolique, pratique et représentatif, et ce pour nous permettre de sauver quelques sous... Gratter le fond des tiroirs, vous dites? Avec un petit air de violon et des mouchoirs en prime! Merci, M. Couillard, de détruire petit à petit mon Québec!

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