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La boîte de Pandore

28/04/2014 11:26 EDT | Actualisé 28/06/2014 05:12 EDT

Dans un rapport d'une quarantaine de pages rendu public la semaine dernière et qui avait été commandé par les libéraux avant même d'être officiellement au pouvoir, le fiscaliste Luc Godbout et l'économiste Claude Montmarquette proposent de privatiser, en partie, la SAQ et Hydro-Québec. Brandissant le spectre d'une décote des maisons de notation de crédit, les deux « experts » invitent le gouvernement Couillard à céder 10% du capital de nos deux plus importantes sociétés d'État, affirmant au passage que cette entreprise permettrait de réduire, d'une part, la pression sur l'État québécois et, d'autre part, de régler à court terme le risque symbolique d'un abaissement de notre cote de crédit.

Ce que je retiens essentiellement, c'est leur objectif de « régler à court terme ». Voilà inévitablement, pour deux personnes se proclamant experts, un manque flagrant de vision et de représentations pour le Québec de demain. En effet, au bout d'environ 10 ans, le gouvernement du Québec, des suites de cette vente d'actifs, commencerait à perdre de l'argent! Sous ce rapport, la privatisation partielle, malgré qu'elle puisse être bénéfique au départ, serait coûteuse à moyen et long termes. Pourtant, les experts soulignent penser aux générations futures, mais paradoxalement proposent de les handicaper d'un input monétaire actuellement acquis. Si ce n'est pas parler des deux bords de la bouche, je ne sais pas c'est quoi...

Certes, Godbout et Montmarquette ont songé parallèlement à d'autres alternatives comme la réduction des dépenses dans les programmes sociaux, le gel de la masse salariale (pas l'indexation, le gel!) de la fonction publique, la hausse des tarifs de garderies, l'imposition de tarifs gouvernementaux actuellement gratuits et la réévaluation des crédits d'impôt aux entreprises. Voilà probablement la seule bonne tactique soulevée par les experts, car les autres viennent directement amputer, encore une fois, le portefeuille de la classe moyenne.

Eh oui, c'est encore monsieur et madame tout le monde qui va payer, au grand plaisir des entreprises et du patronat. Mais la classe moyenne est déjà prise à la gorge, alors quelle est la solution optimale ? Pourquoi ne pas proposer de taxer davantage le 1% le plus riche ? Pourquoi ne pas taxer les émanations de carbone ? Pourquoi accorder des subventions colossales aux multinationales déjà richissimes ? Pourquoi leur accorder une série de passe-droits économiques ? Des questions intéressantes auxquelles ne répondent pas Godbout et Montmarquette. Peut-être une prochaine fois ? D'ici là, que le vaudeville continue!

Cela dit, la question la plus pertinente demeure : pourquoi vouloir privatiser (pour l'instant partiellement, mais il faut bien commencer quelque part nous dirons certains) les deux sociétés qui nous permettent de garder la tête hors de l'eau ? En liquidant un certain pourcentage du capital d'Hydro-Québec et de la SAQ, n'est-ce pas entrouvrir la porte aux capitalistes sauvages pour décider des prix de nos produits et services, voire de nos tarifs d'électricité ? Après avoir cédé 10%, pourquoi ne pas vendre 20%, 30% ou même 100% lorsque nous serons confrontés à une nouvelle crise budgétaire ? Et, après avoir vendu Hydro et la SAQ à des intérêts privés, qu'est-ce qui empêchera une privatisation de l'éducation et de la santé ? Le duplessisme n'est pas mort... Oh que non, il est bien vivant!

Certains criards de la droite s'époumoneront à dire qu'Hydro-Québec et la SAQ sont des monopoles ... Ouin, pis ? Ils servent vos intérêts, mes intérêts, nos intérêts en tant que Québécois! Privatiser ces deux sociétés d'État ? D'accord, mais dans 10 ans, 15 ans, 50 ans, qui paiera pour le déficit à gagner que nous procuraient ces deux vaches à lait de l'État avant le saccage libéral ? Ça sera tes impôts, le casse-de-bain! Lorsque le gouvernement du Québec aura un déficit à combler d'un milliard ou plus annuellement - et ce, parce qu'on aura privatisé 10% (ou plus) du capital de nos deux monopoles comme tu dis - il ne restera plus qu'à augmenter encore les taxes et les impôts... Pis là, comme d'habitude, tu chialeras que le gouvernement prend de mauvaises décisions. Or, avant de t'égosiller, réfléchis plus loin que le bout de ton nez, pense à plus tard, pense à tes enfants... Parce qu'une fois que nous aurons ouvert la boîte de Pandore, il sera définitivement trop tard pour revenir en arrière.

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