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C'est le vent qui navigue, c'est l'histoire qui parle...

02/11/2014 11:42 EST | Actualisé 03/01/2015 05:12 EST

«C'est le vent qui patine, c'est tout le Québec debout, qui fait peur et qui vit». Voilà comment Félix Leclerc décrivait Maurice Richard, le symbole contemporain du peuple canadien-français. Autant sur la glace, qu'à l'extérieur de celle-ci, le Rocket aura été une source d'inspiration pour une nation mal aimée, dénigrée, exploitée et dominée. Maurice aura su se démarquer du lot en se levant et en tenant tête à l'asservissement et ses sbires qui tentaient de l'écraser, de nous écraser. La force de ses convictions et surtout son courage auront redonné le goût des grandeurs à une nation entière... Ô Maurice, je dois admettre, tu as restitué notre fierté, cet amour-propre anéanti depuis la Conquête; tu mérites donc amplement les éloges qui te sont adressés, tout comme tu mérites les reconnaissances, les symboles qui te sont et seront éventuellement érigés... Mais malheureusement pas le nom du pont Champlain.

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Il ne fait aucun doute que le Rocket a marqué l'imaginaire collectif, en plus d'alimenter les récits vernaculaires, mais je suis persuadé que s'il était encore parmi nous, l'individu modeste et candide qu'il a toujours été refuserait que son nom remplace celui d'un homme d'exception comme Samuel de Champlain. À vrai dire, peu d'hommes et de femmes, par leurs réalisations et leur empreinte, peuvent prétendre s'équipoller à l'héritage de Champlain. Au-delà des legs importants de ce personnage polyvalent, que ce soit comme géographe, cartographe, navigateur ou gouverneur, Champlain est avant toute chose le père fondateur du Québec, l'instigateur du fait français en Amérique du Nord. Il va sans dire que cette reconnaissance, comme telle, est un devoir historique et, en ce sens, la dénomination actuelle du pont constitue un aveu sincère à l'égard de notre patrimoine et de nos racines. Voilà un des arguments pourquoi la toponymie revêt un caractère indispensable et, par conséquent, devrait être partie prenante de notre éducation.

En effet, les toponymes sont essentiels à la compréhension de la société et de son histoire, ne serait-ce que parce qu'ils permettent symboliquement de faire revivre des pans entiers de notre passé, voire de notre mémoire collective ; après tout, la devise du Québec n'est-elle pas «Je me souviens»? Faudrait peut être y faire honneur! Cela dit, les toponymes sont des marquages existentiels qui permettent de saisir l'essence d'un lieu, tout en établissant un lien représentatif entre l'instant présent et nos origines. Autrement dit, ils constituent des micros champs de bataille pour la préservation de notre identité, ainsi que de l'historicité des lieux et des personnages emblématiques. Nous sommes, en fait, qui nous sommes grâce à ces personnages et ces territoires; les liens doivent donc être réfléchis afin de refléter cette conjugaison.

Pour ces raisons, il convient, me semble-t-il, de mettre en place des associations cohérentes. À cet égard, Champlain et, par le fait même Cartier, représentent des noms tout désignés pour des ponts aussi importants, dans la mesure où ces deux hommes ont été des explorateurs, des marins, des navigateurs de premier plan, ainsi que, par extension, des symboles de la liaison entre deux mondes, deux rives, deux territoires. Conséquemment, les logiques historique, symbolique et pratique entre le nom et la structure - ce que sont essentiellement des toponymes - se trouvent ainsi respectées.

En somme, les grandes nations se définissent par leurs lieux et leurs ouvrages architecturaux, ainsi que par les noms qu'ils leur octroient; le Québec ne doit pas échapper à cette dynamique identitaire fondamentale. Je le répète, Maurice Richard doit certainement être honoré et avoir une grande œuvre à son nom, mais de grâce ne succombons pas à la tentation du pseudo «progrès» au détriment de notre histoire. Oui, Maurice c'est le vent qui patine, mais Samuel de Champlain, c'est le vent qui navigue, c'est l'histoire qui parle... c'est le Québec qui se souvient!

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