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Plus de guns pour contrer les guns... Logique, non?

05/01/2016 05:17 EST | Actualisé 05/01/2017 05:12 EST

Les néosurvivalistes ont récemment frappé un grand coup en Oregon, dans le parc naturel Malheur Wildlife Refugee. Faisant suite à la saga de la famille Bundy et à celle des ranchers Hammond (père et fils), une centaine d'individus armés, pro IIe amendement et anti-gouvernements ont investi le parc de l'Oregon dans le but de dénoncer l'incarcération des deux ranchers.

Or, ce qui se passe actuellement dans cet État du nord-ouest étatsunien est symptomatique d'un problème lourd au sud de la frontière: celui des armes à feu. La question du port d'armes a déjà fait couler beaucoup d'encre, en plus d'animer des millions de discussions de salon; cependant, la nouveauté dans cette histoire découle, d'une part, de l'attitude extrêmement docile des forces de l'ordre (une gestion qui rappelle certainement la crise d'Oka au Québec), et, d'autre part, de la récente annonce d'Obama sur son désir de légiférer afin de réduire le fléau des violences armées. N'est-ce pas là un paradoxe flagrant?

Le Deuxième Amendement de la Constitution américaine stipule qu'«une milice régulée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit du peuple à détenir et porter une arme ne doit pas être enfreint». En résumé, ce texte, qui représente un pilier de la fondation des États-Unis, est présenté et soutenu comme un droit inaliénable au même titre que la liberté d'expression ou de religion. Ce droit, c'est celui à l'autodéfense!

Pour expliquer cet amendement, il importe de comprendre sa signification, sa provenance et le contexte de sa rédaction. Ainsi, le 2e Amendement remonte à l'adoption du Bill of Rights en 1791; à cette époque, la composition du bill est majoritairement influencée par la peur qu'un «nouveau gouvernement central» puisse désarmer le peuple dans le but d'imposer une structure politique dictatoriale. Bien sûr, l'histoire avait démontré que cette crainte était fondée, dans la mesure où cette façon de procéder avait, dans le passé, été employée par divers tyrans pour s'emparer du pouvoir absolu. L'objectif était simple: éliminer progressivement la résistance en désarmant le peuple. La façon de procéder l'était tout autant: rendre illégale la possession d'une arme à feu.

Judicieusement pensée pour l'époque, la conception du 2e Amendement n'en est pas moins archaïque de nos jours. Pourquoi? Parce que l'analyse effectuée par les adeptes du bill et plus particulièrement du 2e Amendement pose comme fondement une réalité sociopolitique anachronique. Il va de soi que les contextes (celui de la rédaction du Bill of Rights et celui du XXIe siècle) ne sont pas les mêmes; comment pourrions-nous être convaincus du contraire? 1791 et 2016 sont deux mondes séparés par une multitude de changements politiques, économiques, sociologiques, technologiques, etc. Bref, la distorsion entre les deux époques n'est certainement pas à prouver.

Malgré tout, la culture du gun, à travers le temps, a pris de l'ampleur, une ampleur aujourd'hui incontrôlable. Quiconque souhaite légiférer à ce sujet se heurte à de puissants lobbys pro-armes comme la NRA (National Rifle Association), à l'opinion publique (les chiffres indiquent que 49% de la population étatsunienne souhaite maintenir la situation telle quelle), ainsi qu'à une série d'élu(e)s qui défendent bec et ongles la Constitution dans son intégralité. Mais pourquoi? Il faut comprendre que, d'un point de vue politique et symbolique, 49%, c'est près d'une personne sur deux qui défend le statu quo; c'est un poids politique colossal, c'est plusieurs dizaines de millions d'électeurs potentiels. Pourquoi voudrait-on logiquement se les aliéner? Au-delà de l'idéologie, vous comprenez maintenant la position générale des républicains.

Ensuite, d'un point de vue économique (je l'ai déjà mentionné dans d'autres chroniques), le complexe militaro-industriel, ainsi que l'industrie des armes à feu sont des vaches à lait, de véritables entreprises hyperlucratives. Voici quelques chiffres qui le prouvent: 2 000 usines de fabrication de munitions, plus de 10 millions d'armes à feu vendues par année, un chiffre d'affaire pour la vente d'armes qui avoisine les 30 milliards annuellement, 180 000 emplois qui en découlent, 7 000 boutiques de vente d'armes, 5 000 foires annuelles consacrées aux armes à feu...

Alors qu'on comptait environ 875 millions d'armes à feu dans le monde en 2011, plus de 270 millions se retrouvaient sur le territoire de l'Oncle Sam... c'est peu dire! Difficile, devant ce constat de changer les choses. Pourtant, les États-Unis sont devant un mur; ils doivent obligatoirement remédier à la situation, car, jour après jour, le tableau s'assombrit, le néosurvivalisme gagne du terrain.

Après chaque fusillade, c'est la même histoire, celle de la peur qui gagne les mentalités, qui pénètre les foyers américains... Chaque fusillade fait accroître la vente d'armes à feu... C'est un non-sens, mais c'est aussi la logique de la NRA et de ses partisans: «plus de gun pour contrer les gun!». Belle mentalité! Je le répète, c'est un non-sens. Pour comprendre cette logique (est-ce réellement le bon mot?), donnons l'exemple d'une cour d'école où un enfant lance une roche sur un autre enfant. La logique véhiculée par les pro-armes voudrait que, plutôt que d'enlever toutes les roches, l'on donne une roche à tous les enfants pour se défendre... Logique vous dites? A-U-C-U-N--S-E-N-S!

J'ai plutôt tendance à croire que si on empêche les enfants de trouver des roches (en les éliminant notamment des cours d'école), il y a de bonnes chances que l'on puisse diminuer le «pitchage» de roches... C'est la même maudite affaire avec les gun! La rhétorique de la NRA - le fameux «More guns, to resolve gun problems» - est fallacieuse et hasardeuse. C'est tout simplement incohérent et débile.

Le 2e Amendement est définitivement une plaie qu'il faut guérir au plus vite... Le débat fait rage, les gens se positionnent, les lobbys jouent derrière les coulisses, la polarisation s'accentue... La lutte sera difficile pour contrer la NRA et ses adeptes... Pour la dernière année de son deuxième mandat, la seule chose que je puisse dire à Barack Obama, c'est: Bonne chance, tu en auras besoin!

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