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Plaidoyer pour l'indépendance: sortons du Canada!

22/10/2013 12:44 EDT | Actualisé 21/12/2013 05:12 EST

« Dans une monarchie bien réglée, les sujets sont comme des poissons dans un grand filet, ils se croient libres et pourtant ils sont pris. » - Montesquieu

Le Québec est une nation, certains parlent plutôt de société distincte ; même les défenseurs du maintien de notre asservissement provincial au sein de la fédération canadienne s'entendent sur ce fait. Le dévoilement cette semaine, par le magazine MacLean's, de l'implication du gouvernement de Stephen Harper dans la poursuite judiciaire pour invalider la loi 99 (adoptée sous Lucien Bouchard) m'amène aujourd'hui à plaider pour une prise de conscience de nos spécificités québécoises et de notre nécessaire autodétermination.

D'abord, le Québec et son peuple possèdent une première spécificité dite culturelle, selon laquelle la langue, la religion, l'histoire et le folklore sont des éléments constitutifs de notre distinction par rapport au reste du Canada. Par exemple, sur le plan artistique, nous avons nos artistes, nos écrivains, nos émissions de télévision, nos galas, nos stations radiophoniques, nos médias, etc. ; un aspect qui renforce, à mon sens, cette différence culturelle. Pour tout dire, le Québec est un écosystème particulier, qui malheureusement n'a pas la chance de s'autogérer pleinement. En effet, les spécificités québécoises sont menacées par un néocolonialisme (offensive canado-colonialiste) politique, économique et culturel. Le peuple québécois est ainsi absorbé dans (et par) un combat perpétuel pour assurer sa survie socioculturelle.

Certains oseront affirmer que toute cette rhétorique constitue une baliverne, un non-sens. Sans vouloir dénigrer ces individus, il va sans dire qu'ils sont, à regret, inconscients de l'histoire... De leur histoire. Dites-moi, en toute honnêteté, que la survivance d'un peuple de 8 millions d'habitants dans une Amérique du Nord comportant près de 350 millions de personnes, dont environ 96 % ne sont pas francophones, est garantie. Pour l'instant cette caution est une chimère ; la lutte est plus que jamais requise, du moins jusqu'à ce que nous nous donnions les moyens de nous protéger, de sauvegarder notre culture, de préserver nos particularités.

D'ailleurs, la dépendance (du joug), non volontaire (quoique pour certains oui), à l'égard du Canada constitue un des nœuds du problème. Au sein de la fédération canadienne, nous sommes une simple minorité dépendante des actions, des décisions et des non-décisions d'un pouvoir qui n'est pas le nôtre, que nous ne maitrisons pas et qui omet trop souvent de prendre en compte les idiosyncrasies du peuple et de la culture québécoise. Autrement dit, nous sommes une nation inféodée à la majorité anglo-saxonne et à ses volontés. Depuis plus de 250 ans, nous sommes soumis à un processus d'obscurcissement cognitif, selon lequel l'idéologie canadienne (historiquement britannique) représente un modèle de domination avec comme finalité d'imposer une homogénéité culturelle assimilatrice de la différence canadienne-française (québécoise).

À cette fin, la doctrine et l'idéologie canadienne, grâce à ses fonctions d'auto-légitimation et de rejet de tout principe contestataire, ont pour objectif de mystifier la masse, de la désinformer afin de mieux la contrôler et la subordonner. Il n'est donc pas surprenant que le Canada et le Québec s'inscrivent dans un rapport de force (de pouvoir), qui se résume brièvement à une relation « dominant versus dominé », quoique que ce dernier, dépendamment du parti au pouvoir, peut présenter diverses formes de résistance.

Néanmoins, il y a clairement une incompatibilité entre les politiques canadiennes et québécoises. Effectivement, ces politiques (discours, récits, visions, représentations, etc.), encore plus depuis le « couronnement » de Sa Majesté Stephen, vont à l'encontre des idées et des valeurs québécoises. Quelques exemples suffisent pour illustrer ce propos ; pensons rapidement aux sujets que sont l'environnement, la défense nationale et l'armée, la centralisation et l'uniformisation des individualités basées sur un modèle anglo-saxon, l'entrave à la liberté de la presse et d'expression, et j'en passe. Ce désir de distanciation du Québec à l'endroit de l'idéologie canadienne est donc un acte normal et naturel, voire une réaction instinctive.

Bien plus, le Canada entretien une conception politico-territorial Coast-to-Coast (le fameux nation-building à la sauce Pierre Elliot-Trudeau qui tire son appellation de la Bible. Les élites anglo-saxonnes et même fédéralistes canadiennes-françaises ont puisé et utilisé cette devise comme moyen d'assurer l'allégeance d'une partie du peuple québécois, l'interprétant comme une mission divine à laquelle devaient prendre part les anciens colons français ; un peu comme si Dieu les sommait officiellement, d'une part, à participer à la construction d'un Canada grandiose et officieusement (et inconsciemment), d'autre part, à s'investir dans le processus de leur propre exploitation individuelle et collective. Ainsi, dans l'esprit d'un Canada Coast-to-Coast, nous sommes Canadiens avant d'être Québécois, ce qui implique de renoncer, consciemment et/ou inconsciemment, à une partie de notre identité, à notre différence et notre spécificité. De même, il s'agit donc d'une action déguisée pour nous amener à diluer notre caractère distinctif dans une vision anglo-saxonne standardisée.

Par ailleurs, le nation-building canadien, bien qu'ayant comme objectif initial de se différencier des États-Unis via la création d'une identité strictement canadienne, sert grandement les intérêts anglo-saxons et surtout anti-francophones, ainsi qu'anti-indépendantistes. La mission de construire la culture canadienne - une tradition débutée par John A. MacDonald et perpétrée par les Pearson, Trudeau, Chrétien et Harper - avait comme principale ambition de nier et noyer la culture du peuple du Québec. Le but apparaît sans ambiguïté, soit de promouvoir la feuille d'érable au détriment de la fleur de lys, et ce dans une optique de domination perpétuelle et sans possibilité de remise en question.

Conséquemment, les motifs de résistance à une telle entreprise de dénégation sont donc existentiels, identitaires, culturels, politiques et historiques (Bartkus, 1999). Pour paraphraser l'animateur de l'émission télévisée Tout le monde en parle, voici la question qui tue : « Devant le constat précédent et compte tenu de votre perception de l'histoire et du présent, opteriez-vous pour l'asservissement volontaire au détriment de l'autonomie, de la liberté et de l'indépendance ? ». À mon humble avis, le choix est évident ! Toutefois, le désaveu du gouvernement Harper à l'égard de la loi 99 représente un affront sérieux à l'endroit de notre liberté, plus particulièrement notre liberté de décision, voire de décider librement sans contrainte de notre destin collectif.

Somme toute, l'indépendance du Québec servirait donc de chasse gardée pour notre distinction, pour nos particularités québécoises. Dans cette mer anglophone, les Canadiens-français doivent inévitablement construire leur radeau, tout en y invitant ceux qui le souhaitent, afin d'éviter d'être submergés par la vague et, en ce sens, prévenir la noyade. Ceci dit, tels les célèbres Gaulois dans Astérix et Obélix, les Québécois sont à leur façon des irréductibles. Or, à une époque où nous sommes tiraillés par la recherche d'un nouveau druide et où la potion magique se fait de plus en plus rarissime, il importe de se regrouper et de pousser collectivement vers la bonne direction... et cette direction c'est celle de l'autodétermination et du libre choix.

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