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Lettre aux docteurs Bolduc et Barrette

07/10/2014 11:05 EDT | Actualisé 07/12/2014 05:12 EST

Mes très chers docteurs,

Depuis votre élection, voilà maintenant six mois, vous avez multiplié les bourdes, les maladresses et les âneries, embarrassant au passage vos collègues libéraux, mais également l'ensemble de la population québécoise. Il va sans dire que vos prises de position discutables ont, à plusieurs occasions, soulevé l'ire. En fait, je dirais, pour être conséquent, qu'à vous deux, vous avez réussi à créer un climat d'indignation tout à fait justifié. Oui, à l'intérieur d'une demi-année à la tête de vos ministères, vous avez fait la manchette plus souvent que tous les autres politiciens réunis, à l'exception peut-être de Sam Hamad. J'y reviendrai d'ailleurs une autre fois. Bref, il faut le faire! Mais, inutile de vous frotter la bedaine prodigalement, car cette surcouverture médiatique n'était pas à votre avantage, loin de là. Ne vous méprenez donc pas, cette présence accrue à la Une des différents quotidiens d'information ne constituait guère une glorification de vos personnages respectifs.

J'espère ainsi ne pas trop vous désenchanter en vous révélant cette invraisemblable nouvelle... Alors, pendant que vous êtes assis chacun dans vos somptueux salons à vous vautrer dans l'analyse de vos décisions, les unes plus douteuses que les autres, je me permets de vous interpeller directement afin de m'assurer que votre égo rencontre la réalité. Parlons d'abord d'éducation...

D'entrée de jeu, comment, mon cher Yves, ne pas revenir sur ta dorénavant célèbre déclaration sur les bibliothèques et la lecture? Décision : sabrer dans les budgets d'achat de livres. Comment as-tu pu, ne serait-ce qu'un court instant, penser à un tel scénario pour répondre aux désirs d'austérité de ton gouvernement? Surtout, comment as-tu pu dire publiquement - et de façon totalement insouciante - qu'un enfant ne mourra pas si les bibliothèques coupent dans l'achat d'œuvres littéraires? Yves, n'es-tu pas notre ministre de l'Éducation ? Par extension, n'exerces-tu pas une tâche symbolique de protection du français et de la culture ; autrement dit, n'as-tu pas l'obligation, sinon la conscience morale de valoriser l'alphabétisation et l'apprentissage de la littérature chez nos jeunes?

Alors Yves, dit moi, comment un homme de ta fonction et de ton intelligence supposée peut-il banaliser une action aussi indigne, une décision de laquelle résultera une série d'impacts potentiels, et ce alors même qu'on apprenait quelques semaines auparavant que près de la moitié de la population québécoise a de sérieux problèmes de lecture ? COMMENT ? Il faut sans doute croire que si tu avais fréquenté (et fréquentais) davantage les bibliothèques, tu aurais certainement fait preuve de plus de retenue avant d'exprimer de telles fadaises... Je t'accorde, à cet égard, le bénéfice du doute!

Non mon Gaétan, je ne t'ai pas oublié. Il faut dire que de ton côté le portrait n'est guère plus glorieux. Malgré le fait que tu te sois rétracté a posteriori, je dois absolument aborder le sujet des coupes en santé mentale et dans les soins aux personnes âgées. Explique-moi donc, ô grand manitou de la Santé et des services sociaux, quel genre de vil personnage s'attaque aux individus les plus vulnérables de la société ? Comment peut-on envisager de couper dans les services aux vieillards et aux personnes atteintes de déficience intellectuelle sans que la population n'exprime sa stupéfaction et sa colère ? Laisse-moi te dire mon Gaétan que pour couper la seule allocation de 4,30$ par JOUR aux gens atteints de D.I., il ne faut manifestement pas avoir de scrupule et de sens moral. Doux Jésus, tu es un médecin après tout!

Quand j'y pense, ton gros boni de 1,2 million de dollars que tu as impudemment empoché lorsque tu as quitté volontairement tes fonctions à la présidence de la FMSQ pourrait payer près de 280 000 allocations de 4,30$ par jour. Dans les faits, admettons qu'une personne travaille en moyenne 240 jours par année, cela veut dire essentiellement que ta grosse prime équivaut grosso modo au salaire annuel de plus de 1100 personnes atteintes de déficiences intellectuelles. Par tes actions et ton comportement, j'en déduis donc que tu dois être singulièrement important... En tout cas, clairement plus important que 1100 déficients intellectuels. Je dois cependant l'avouer, tu as eu la décence de reconnaître l'erreur en annulant cette mesure ; mais, en toute honnêteté, aurais-tu procédé de la même manière si cette décision n'avait pas créé un tel tollé ?

Sur la question des gros bonus, je me permets tout autant de m'adresser à ton collègue au ministère de l'Éducation. En effet, il n'y a pas que toi qui as encaissé des sommes déconcertantes et dérangeantes ; hein, Yves! Avouons-le, toi aussi tu t'en es mis plein les poches avec ta prime de 215 000$ ; une gratification que tu as empochée grassement pour avoir pris en charge de nouveaux patients avant de finalement les abandonner quelque 18 mois plus tard. Tu sais, je ne suis pas docteur, mais je comprends néanmoins le système... Un citoyen voit son médecin de famille environ «quoi ?», une à deux fois par année, signifiant au bas mot que tu as gagné en moyenne 200$ par consultation, sans compter ton salaire annuel de médecin et celui de député dans l'opposition. Il faut croire que tu ne bénéficies pas de longues nuits de sommeil ; en plus, il paraît que tu fréquentes assidument les bibliothèques! Mais dis-moi Yves, je me demandais récemment qui était l'imbécile qui avait mis en place ce programme de primes incitatives... Ah oui, j'oubliais, c'est toi.

Je m'autorise ici un commentaire qui s'adresse à vous deux et qui je l'espère trouvera écho auprès de l'ensemble de la classe politique. Le constat est le suivant et le même pour tous... Moi, en tant que simple citoyen ordinaire, si je quitte mon emploi de plein gré, que ce soit parce que j'en ai plein le « truffiot » ou parce que j'ai trouvé mieux ailleurs, en aucun temps je ne pourrai bénéficier des prestations offertes par l'assurance-emploi. En d'autres termes, si je renonce volontairement à ma job, je ne recevrai pas, de toute évidence, une prime juteuse de mon employeur. Pour dire vrai, je n'obtiendrai absolument rien, si ce n'est des bonnes références, pis encore... Mais bon, comment puis-je oser me comparer à l'élite sociétale ? Vous êtes clairement au-dessus de vos affaires, au-dessus de la population, de cette plèbe que vous devriez pourtant servir selon les exigences de vos fonctions ministérielles... Mais à quoi bon poursuivre l'objectif utopique de l'atteinte du bien commun ? À quoi bon penser aux autres ; après tout, vous n'êtes que des politiciens, là n'est pas votre travail. Eh misère...

Bref, je m'arrêterai ici, car mon dédale explicatif risque de faire perdre en substance le message que j'essaie de vous adresser. Je conclus donc en espérant candidement que cette lettre aura l'effet escompté, à savoir une prise de conscience individuelle.

Veuillez, Messieurs les ministres, agréer l'expression de mes sentiments les meilleurs.

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