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Le Q de Kim

17/11/2014 10:48 EST | Actualisé 17/01/2015 05:12 EST

Cette semaine, j'avais la sincère intention de vous parler de musique et de genres ; j'avais même débuté ma chronique lorsque j'ai pris la décision de tout scrapper... Allez hop, à la corbeille! L'histoire de ce revirement de situation n'est pas banale ; j'étais tranquillement assis au café que je fréquente assidûment à réfléchir à mon texte lorsque, à la table voisine, deux jeunes filles, qui d'après ce que j'ai pu comprendre étudient au cégep, se sont mises à faire l'éloge de Kim Kardashian. Pendant une quinzaine de minutes, je les ai écouté faire un panégyrique spontané ; Kim ci, Kim ça, c'est un modèle, une femme incroyable, elle est tellement belle et vraie... bla bla bla!

C'est à ce moment précis que j'ai commencé à remettre en question mes croyances au sujet de la célébrité. Pour quelques instants, j'ai délaissé mon billet sur la musique et les genres - ce serait en fait la dernière fois que j'y toucherais - pour faire une recherche rapide sur Kim, sur ses exploits et ses accomplissements, qui en faisaient une femme si exceptionnelle aux yeux de mes voisines. Après quelques minutes à peine, j'en suis venu au même résultat qu'avant d'entreprendre mon investigation : « Kim est davantage connue pour son Q que pour ses qualités intellectuelles ». C'est donc de là qu'est parti le texte que vous lisez présentement.

Ainsi, à la question préalable « A-t-elle déjà fait quelque chose de notable ou d'important pour la société, son développement, son épanouissement ? », j'en suis venu à la réponse que NON. Pour tout dire, j'en ai la certitude aujourd'hui, s'exhiber le péteux ou, d'un autre angle, vouloir à tout prix observer ledit péteux ne permet pas de faire avancer l'alphabétisation, d'assurer une meilleure gestion des déchets ou des matières résiduelles, de guérir les nombreuses maladies ou de comprendre la société, quoique pour ce dernier rien n'est moins certain ; après tout, une analyse sociologique des habitus des admirateurs de Kim serait certainement intéressante et divertissante, mais sans plus.

Diantre, c'est une star du petit écran! Ah d'accord, si je comprends bien L'Incroyable famille Kardashian est une téléréalité hautement éducative et enrichissante ; vous pardonnerez mon inculture, mais honnêtement qu'en a-t-on à cirer de voir Kim dans les dédales de sa vie quotidienne de riche starlette hollywoodienne ? Je suis d'avis que ce genre de bouffonnerie télévisuelle et, parallèlement, son succès à très grande échelle viennent confirmer que notre société est malade et sclérosée. À la base, je ne suis pas un grand fan de téléréalités, je l'avoue... néanmoins, je suis capable d'admettre que certaines peuvent être bénéfiques ou posséder une dimension culturelle et/ou artistique pertinente. Mais cette cochonnerie qui encourage le voyeurisme et le néant ?

Bref, L'incroyable famille Kardashian c'est neuf saisons - oui, oui, neuf saisons - de potins, d'engueulades, de magasinage, de futilités et d'exhibitionnisme ostentatoire. Autrement dit, c'est SEPT ans de diffusion stérile où la vacuité et la vanité nous sont présentées comme des vertus. Doux Jésus, voilà à quoi ressemble le triomphe du superflu, cet éloge intarissable de la superficialité qui nous propose un discours où la femme n'est qu'un objet cosmétique. Voilà ce qu'on transmet à nos enfants ; il n'est donc pas étonnant qu'il y ait encore autant de discours réactionnaires.

Au fond, ce que ce genre de téléréalités nous enseigne, c'est qu'il est tout à fait louable et acceptable de tomber en amour, se fiancer, se marier et divorcer dans une période de 10 mois. D'accord, c'est un cheap shot! Ce que je retiens réellement, c'est qu'il suffit d'exposer son corps devant public pour s'assurer la célébrité et la gloire. Vous n'êtes toujours pas persuadé ? Kim a 25,5 millions de fans sur Twitter. À titre comparatif, elle en a dix fois plus qu'Hillary Clinton, trois fois plus que Stephen Colbert, douze fois plus que Noam Chomsky et deux fois plus que le Dalaï-Lama. Toujours sur le plan des followers, elle en a 7 millions de plus que Bill Gates et autant qu'Oprah Winfrey... tout ça pour avoir fait un sextape cheap et pour exhiber son gros derrière à profusion.

En somme, je disais justement, la semaine dernière, dans mon billet intitulé Enweille la grosse! que le paraître a définitivement supplanté l'être, au point où le physique est aujourd'hui devenu un paradigme social ; j'en suis plus que jamais convaincu au grand dam de notre évolution comme individu et société.

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Kim Kardashian pour Paper Magazine


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