LES BLOGUES

Le petit Nicholas ne veut plus retourner en classe

08/09/2014 10:51 EDT | Actualisé 08/11/2014 05:12 EST
Médiafilm

Plus d'un an et demi après l'adoption de la loi visant à lutter contre l'intimidation et la violence dans le milieu scolaire, voilà qu'après maintes discussions et rencontres la situation ne semble guère s'être améliorée. J'ai d'ailleurs rencontré, la fin de semaine dernière, la maman du petit Nicholas, 12 ans, qui vient de débuter le secondaire.

Une semaine à peine s'est écoulée depuis le début de la nouvelle année scolaire, et Nicholas est déjà victime d'intimidation et de violence. La mère du jeune intimidé me racontait justement que son fils avait une peur folle (elle a employé le mot phobie) de retourner en classe la semaine prochaine. Ouf, une semaine de secondaire et le petit bonhomme ne veut plus y retourner... et ce n'est pas par manque d'intérêt pour l'école et l'apprentissage!

Les abus verbaux, les injures, les bousculades dans les casiers, les menaces... Voilà ce qu'est la jungle du secondaire, voilà ce que plusieurs jeunes, dont le petit Nicholas, vivent ponctuellement dans nos écoles québécoises. Ainsi, leur prétention à éviter le retour en classe représente un réflexe tout à fait normal, motivé par la peur ; c'est un choix qui, selon eux, viendra mettre un terme à leur calvaire quotidien, et ce au risque d'une aliénation à long terme. Pour Nicholas et tous les autres intimidés, cinq ans c'est mortellement long, ça représente une éternité.

Tapette, fils de pute, sale homo, gros con, moron, mongol, crétin... la liste des propos homophobes, injurieux, humiliants et blessants utilisés par les intimidateurs du petit Nicholas - et de beaucoup d'autres - est sans fin. À 12 ans, être qualifié de tous les noms possibles, alors que l'on vient de débuter une nouvelle étape de notre jeune vie, peut être traumatisant ; les stigmatismes sont généralement nombreux et durables. En effet, le marquage psychologique peut être tellement fort et douloureux qu'il mène certains adolescents à concevoir le suicide comme la seule option valable, l'unique porte de sortie à cet enfer ; les cas de Marjorie Raymond, il y a quelques années, ou encore de Thomas, Ann-Élizabeth, Caroline et Gemma, survenus récemment dans d'autres pays occidentaux, constituent des témoignages dramatiques de la réalité vécue par plusieurs jeunes.

Bien entendu, l'intimidation ne mène pas toujours au suicide, mais - lorsque la situation se dégrade, qu'elle n'est pas rapportée et corrigée - elle peut déboucher sur d'autres conséquences comme le décrochage scolaire, la consommation de drogue et/ou d'alcool, l'anxiété, le renfermement sur soi, la dépression, la prise de médicaments, etc. L'intimidation devient ainsi un facteur de victimisation irrationnelle, en plus d'être un vecteur de dégradation de l'estime personnelle et de la confiance, entraînant, par le fait même, des nombreux problèmes de développement et d'épanouissement pour le jeune intimidé.

Pourtant, certains intervenants stipulent que la situation a évolué, qu'elle s'est améliorée... Il n'en est rien et, au contraire, elle s'est à mon sens détériorée avec la massification des réseaux sociaux chez les jeunes du secondaire. Et oui, la cyberintimidation représente la nouvelle méthode de violences psychologiques.

Alors que les intimidés, jusqu'à tout récemment, avaient au moins le luxe (sic) de se réfugier à l'intérieur d'un espace et d'un moment quasi sans intimidateur après les heures de cours (soirs et fins de semaine), voilà que l'Internet et l'utilisation accrue des réseaux sociaux comme source de développement identitaire et de reconnaissance symbolique permet aux intimidateurs de récidiver dans les moments qui composaient un temps de repos, voire un interstice pour les intimidés. Cette trêve n'existe plus! Oh que non, la cyberintimidation incarne maintenant une façon de poursuivre l'intimidation ; elle constitue un moyen facile de perpétrer les violences psychologiques et les humiliations à l'extérieur de la zone spatiotemporelle de l'école.

À ce sujet, les réseaux sociaux - en plus d'encourager, par le biais de leur structure et de leur fonctionnement, l'intimidation - permettent parallèlement sa reproduction et les conditions de sa reproduction dans le temps et l'espace. En d'autres termes, l'aspect virtuel offre une façade, à l'apparence banale, simple et supplémentaire aux intimidateurs pour sévir contre leurs proies, en plus de fournir un espace accessible pratiquement sans surveillance et susceptible d'entraîner des interventions cavalières. Subséquemment, le jeune est donc, à l'heure actuelle, confronté à l'intimidation et à la violence de jour comme de soir ; les moments, jadis d'exemption et de libération, sont disparus au profit d'une menace perpétuelle, qui est à la fois réelle et virtuelle.

Que faire comme individu et comme société lorsque l'intimidation, au-delà de l'individualité des situations, est également un problème structurel ? Voyons-y de plus près avec la situation vécue par le petit Nicholas... La semaine dernière, celui-ci a été insulté dans la salle des casiers par un intimidateur plus vieux que lui, et ce sous l'œil attentif d'un surveillant, qui, malheureusement, n'est ni intervenu sur le moment ni par après. C'est ce qu'on appelle du laxisme, de l'insouciance et de l'irresponsabilité. Et c'est trop souvent le cas entre les murs de nos écoles...

Je prends ici un instant pour souligner que ce n'est pas la majorité des intervenants scolaires (professeurs, surveillants, direction et autres) qui agit ainsi ; mais ne faisons pas l'autruche pour autant! Cela dit, lorsque c'est le cas, voire que cette nonchalance l'emporte sur l'intervention et la discipline, la personne en position d'autorité vient participer, par son cautionnement silencieux, à la perpétuation des gestes, actes, paroles et pratiques perpétrés par l'intimidateur, ce qui, par conséquence, concourt au renforcement des comportements intimidants. Ainsi, lorsque les structures et tout ce qui les symbolisent consentent, consciemment ou non, à la violence et à l'intimidation au cœur de l'environnement scolaire, cela encourage définitivement des conduites inappropriées, créant de facto des habitudes à la fois chez les intimidateurs et les intimidés.

En somme, la sensibilisation et la prévention sont des composantes nécessaires pour combattre ce fléau, mais l'intervention, que ce soit par des mesures disciplinaires ou dissuasives, doit également faire partie du coffre à outils des employés de nos écoles. L'avenir du petit Nicholas, comme celui de milliers de jeunes, est en jeu ; en ce sens, faisons donc de l'intimidation un enjeu prioritaire!

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les capsules contre l'intimidation de la Fondation Jasmin roy

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter