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Le <i>flaming</i>, ou l'art du dérapage verbal

02/04/2013 01:16 EDT | Actualisé 02/06/2013 05:12 EDT
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Pouvant se traduire par les expressions propos « inflammatoire » ou « incendiaire », le flaming forme une pratique de plus en plus répandue sur le web, au point où plusieurs affirment que celle-ci constitue d'ores et déjà un fléau, voire une menace pour la diplomatie virtuelle, ainsi que pour le débat respectueux.

Vous en avez été témoin ou même victime à un moment ou un autre, le flaming consiste à « poster » (rendre accessible) délibérément des propos hostiles et subversifs avec comme intention de créer un conflit entre les lecteurs, commentateurs, utilisateurs de la toile. Les endroits de prédilection pour les flameurs sont majoritairement les forums, les sites de journaux (commentaires) et bien entendu les réseaux sociaux. Cela dit, malgré la présence de modérateurs au cœur de ces territoires numériques et de certaines structures de contrôle (règles), comme l'obligation de s'identifier (une vraie farce) pour commenter, les manifestations d'intolérance, de grossièretés et d'irrespect, qui, notons, s'exécutent dans l'anonymat le plus total, gagnent en popularité et en intensité.

À ne pas confondre avec le trolling, le flaming est constitué de messages (flames) possédant aucun contenu constructif, dépourvu de nuances et/ou qui vise principalement à discréditer les opposants à un sujet (par exemple, l'indépendance du Québec ou encore le mariage homosexuel). Il existe deux types de flameurs: le narcissique belliqueux et le pyromane.

Dans le premier cas, nous sommes confrontés à un individu persuadé de détenir la vérité absolue, qui, de srucroît, n'aime pas être contredit et qui, plutôt que d'utiliser la rhétorique et l'art de la persuasion, va employer la « force » pour établir la suprématie de ses idées et opinions. Nous pourrions aisément faire le rapprochement, par analogie, à la brute qui intimide et terrifie les élèves dans une cour d'école dans le but d'obtenir une certaine légitimité.

Dans le second cas, l'individu est caractérisé par l'obsession du conflit, dans l'optique où celui-ci, à l'instar du vrai pyromane, allume des feux simplement par plaisir et/ou par impulsion. C'est donc un cas de nature. Néanmoins, qu'il soit la conséquence de l'un ou de l'autre, la pratique du flaming est devenue sans l'ombre d'un doute une calamité qui se doit d'être éradiquée. Devant ce constat, devons-nous, en tant que collectivité, militer pour un contrôle accru? Devons-nous réclamer que des sanctions soient imposées aux flameurs pour le bien de la pratique discursive? Ou devons-nous simplement prôner le statu quo en invoquant le concept de la liberté d'expression?

Le but du flaming est toujours ou presque le même, soit d'assurer le dérapage de la conversation, surtout lorsque celle-ci est constructive et intelligente. Quand la dialectique est maître, le flameur s'empresse de faire dévier la discussion afin d'y imposer son style, sa force, sa supériorité. Incapable de construire un raisonnement, il fera alors usage de propos polémiques, il portera à l'avant plan des thèmes controversés (avec pour objectif unique l'affrontement), il dressera des généralisations à partir d'évènements anecdotiques et, finalement, il versera, plus souvent qu'autrement, dans des stéréotypes bidons et surtout sans fondement légitime. Pour résumer brièvement, le flameur est devenu rien de moins qu'une plaie pour la majorité des internautes.

Pourtant, certains clameront que le flaming postule une approche sérieuse et qu'en conséquence sanctionner cette dernière reviendrait à limiter les libertés individuelles; par exemple, la liberté d'expression qui constitue un fondement de notre société. Selon ces personnes pour le moins audacieuses, le flaming - en vertu de sa nature dissidente et contestataire, notamment la négation des contraintes structurelles et individuelles - joue un rôle purement démocratique.

À mon avis, cette conception, on ne peut plus naïve, relève davantage des principes anarchistes que des assises de la démocratie. Par ailleurs, je suis convaincu qu'en aucun cas le culte de la haine, l'usage de la violence verbale et psychologique, les allégations mensongères et la diffamation représentent des principes démocratiques. Ils sont tout sauf acceptables et doivent, par conséquent, être sanctionnés comme le serait l'intimidation dans la rue ou la cour d'école. Malheureusement, à l'heure actuelle, la pratique, loin de perdre son intensité, s'accentue, rejoignant de nouveaux adeptes et élaborant de nouvelles démarches. Sur ce point, nous sommes donc confrontés à notre interrogation initiale. Devant une telle situation, que faire?...

En définitive, les territoires virtuels dédiés à la discussion devraient être des endroits gouvernés par les principes politiques de base, c'est-à-dire des espaces propices à la discussion éclairée où règnent l'art de la persuasion, de la rhétorique, de l'argumentaire et de la diplomatie. Tristement, nos espaces de débat, plutôt que d'être des lieux d'apprentissages et de coopération, sont gangrénés par l'art du dérapage verbal, selon lequel les insultes valent plus qu'une véritable réflexion. À la lumière de ces révélations, inutile de mentionner que nous sommes encore loin du rêve imaginé par Tocqueville, mais version 2.0.

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