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Saint-Laurent et le mythe du vote ethnique

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Il était une fois les trois mousquetaires identitaires d'un journal appelé Journal de Montréal qui avaient comme mission divine de sauver le Québec et les Québécois des «autres», les méchants étrangers.

Ces trois mousquetaires ont déclenché une guerre contre Emmanuella Lambropoulos à la suite de sa victoire à l'investiture du PLC le 8 mars passé.

Fidèles à leurs habitudes, ils ont, à leur manière, élaboré un scénario imaginaire afin de favoriser leurs agendas identitaires.

Leurs théories de complot ne méritent pas vraiment d'être analysées en profondeur. Une explication de ces dernières s'impose toutefois.

La première mousquetaire disait que les Grecs ont voté en bloc pour Mme Lambropoulos, faisant référence à la théorie du vote ethnique de M. Parizeau, que son âme repose en paix. Mentionner cela démontre l'absurdité et l'ignorance ostentatoire de son auteur de ce qui est arrivé. Je m'explique.

C'était un vote préférentiel. Selon l'équipe de Mme. Marwah Rizqy et autres sources, cette dernière a mené au premier tour, mais avec moins de 50% + 1 des votes. Une fois que Yolande James, la favorite de quelques personnes à Ottawa et non pas du parti, a été éliminée avec moins de 400 votes, c'est là où le jeu a été joué, car la majorité du 2e choix chez Mme James est allée à Emmanuella Lambropoulos, la jeune femme enseignante de 26 ans. Puis on connait le reste de l'histoire.

Désolé de péter la bulle de l'auteure concernée, mais c'est ça qui est arrivé et non pas ce fameux « vote ethnique »!

Un autre mousquetaire disait le suivant: «Quand je dis "L'Algérie aux Algériens", tout le monde dit bravo! "La Tunisie aux Tunisiens", tout le monde dit bravo! "La Turquie aux Turcs", tout le monde dit bravo! "L'Afrique aux Africains", tout le monde dit bravo! "La Palestine aux Palestiniens", tout le monde dit bravo ! [...] Mais quand je dis "La France aux Français", on me traite de raciste...»

Mais quel est le rapport? Il y a une nuance très importante à faire là, hors de la désinformation mesquine que cette personne tente de faire.

L'Algérie n'est pas un pays d'immigration. Même chose pour la Tunisie, la Turquie, l'Afrique et la Palestine. Et, même s'il y a des Algériens qui ne sont pas de souche, s'ils ont la citoyenneté algérienne alors ils sont considérés comme algériens. Or l'expression «L'Algérie aux Algériens» comprend toute personne ayant la citoyenneté algérienne et non pas seulement ceux qui sont de souche!

Alors que dans le cas de la France ou le Québec plus spécifiquement, ce dernier est une société qui doit sa survie à l'immigration et aux immigrants. C'est une société qui prône l'égalité entre toutes et tous et qui est gérée par une charte de droits et libertés.

Lorsque nos intégristes identitaires québécois disent que «le Québec est pour les Québécois», je me demande quelle est la définition d'un Québécois pour eux. Poser la question c'est d'y répondre.

À ma connaissance, l'auteur de cette hypothèse supposément patriotique n'est ni algérien ni tunisien, ni d'aucun de ces pays qu'ils citent pour induire son lectorat en erreur sur son «oppression identitaire» qu'il vivrait ici au Québec.

Finalement, le dernier mousquetaire est l'allergique au «Bonjour/Hi». Menant toujours sa campagne complotiste digne d'un film de Jason Bourne, une campagne contre le multiculturalisme canadien et la langue anglaise, il ne rate aucune occasion pour faire sentir les anglophones québécois qu'ils sont des citoyens de 2e niveau.

Oui, je suis fier d'être francophone et de défendre la langue française comme langue officielle du Québec, mais pas au détriment des droits des anglophones de parler leur propre langue, qui est une langue officielle aussi dans leur propre pays, le Canada.

N'oublions jamais que le Québec est une province comme les autres. Elle est distincte, oui, mais comme les autres. Ce besoin de supériorité face aux «autres» ne démontre qu'une instabilité voire une faiblesse identitaire profonde chez les personnes concernées.

Quittons maintenant ce fantasme identitaire et revenons au vif du sujet. Que s'est-il passé dans l'investiture libérale à Saint-Laurent?

La chose la plus décevante à soulever était le nombre de votes soumis. 1350 sur 5000 membres inscrits au parti libéral dans Saint-Laurent. En arrondissant les chiffres, on constate que 25% seulement ont voté. Mais qu'est-ce qui a empêché le restant de le faire?

Plusieurs facteurs interdépendants ont joué, notamment :

1- Le manque d'éducation politique de la population laurentienne (et québécoise en générale) sur la vie partisane au niveau fédéral. Beaucoup de personnes ne savaient même pas ce que c'est, une investiture. Beaucoup de personnes pensaient que l'investiture et les élections partielles programmées le 3 avril, c'était la même chose. Je suis aussi prêt à gager que beaucoup d'électeurs pensaient qu'ils étaient en train de voter pour les élections partielles et non pas pour le PLC uniquement.

2- Le court délai entre l'annonce de la date d'investiture et la date elle-même. On a annoncé le dimanche 5 mars en fin après-midi que l'investiture se tenait le mercredi 8 mars! Les équipes de chaque candidate n'avaient même pas le temps de rappeler tout le monde pour les informer et les mobiliser afin qu'ils aillent voter.

3- Le fait que l'investiture était en plein milieu de la semaine de 16h à 20h30. (Ça, c'est sans mentionner mon incompréhension: comment le parti prévoyait faire voter 5000 membres en quatre heures et demie!)

4- L'exclusion du maire de Saint-Laurent Alain De Souza de la course par le parti. Une situation qui a dérangé beaucoup de ses fidèles qui ne sont pas allés voter.

5- La frustration et le cynisme de certains membres devant l'impression que le parti a parachuté, voire favorisé, une candidate au détriment des autres. On avait l'impression qu'un traitement privilégié lui était accordé, quelques membres de son équipe mentionnaient qu'elle était la favorite du parti alors que cette même candidate a déjà pris des positions qui allaient contre les positions et les valeurs du PLC en ce qui concerne le respect de la liberté de religion des minorités. Tout cela, ajouté à ce qui s'est passé à Markham-Tornhill la semaine d'avant. http://www.lactualite.com/actualites/une-candidate-a-une-investiture-liberale-denonce-le-favoritisme-et-se-retire/

6- Et, en général, l'ambigüité qui entourait toute l'investiture, en ce qui concerne les règles à suivre et la date finale d'acceptation de membres, par exemple.

Finalement, par appartenance et fidélité au PLC, je ne peux qu'exprimer ma déception de la manière avec laquelle le parti a géré cette élection. La renonciation du gouvernement libéral de réformer le mode de scrutin, et la façon dont ces partielles ont été gérées n'ont fait qu'augmenter le cynisme déjà omniprésent dans notre société et ont nuit à la crédibilité du PLC en tant d'agents de changement.

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