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Qu’arrivera-t-il à Bangassou?

La possibilité d’assister au massacre en masse de civils en raison de leur appartenance religieuse ou ethnique devrait alarmer la communauté internationale.

30/07/2017 08:00 EDT | Actualisé 31/07/2017 12:18 EDT
Baz Ratner / Reuters
En raison de la situation sécuritaire, plusieurs ONG internationales se sont retirées de la ville.

Les évènements se bousculent à Bangassou et les nouvelles nous parvenant de cette ville du sud-est de la République centrafricaine (RCA) sont de plus en plus inquiétantes. La menace d'une flambée de violence est maintenant écrasante, tandis que certaines sources font état de groupes armés aux portes de la ville.

L'évolution de la situation a surpris plusieurs acteurs sur le terrain. Effectivement, la ville était, jusqu'à tout récemment, réputée calme, et ce, malgré les violences commises par des éléments ex-Séléka et des éléments anti-Balaka dans le reste du pays. Bangassou faisait ainsi figure d'exception.

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Ce n'est plus le cas. La situation a drastiquement changé en mai dernier lorsqu'une attaque contre le quartier musulman de Tokoyo et la base de la mission des Nations unies en République centrafricaine (Minusca) avait pris au dépourvu les autorités locales. Tandis que plusieurs pointaient du doigt les milices anti-Balaka, la nature soudaine de l'attaque ne permettait pas à l'époque d'identifier avec certitude les assaillants.

Autre signe de la dégradation sécuritaire, les attaques visant les forces de maintien de la paix des Nations unies postées près de la ville n'ont cessé d'augmenter. Tandis que les attaques du mois de mai avaient mené à la mort de six membres de la Minusca, une nouvelle attaque mardi dernier (25 juin 2017) a causé la mort de deux Casques bleus marocains (deux jours seulement après la mort d'un autre de leurs collègues).

La soudaine éruption de violence à laquelle fait face Bangassou n'est qu'un rappel de la complexité de la situation en RCA depuis le renversement en 2003 du Président Ange-Félix Patassé par François Bozizé (lui-même renversé en 2013).

La soudaine éruption de violence à laquelle fait face Bangassou n'est qu'un rappel de la complexité de la situation en RCA depuis le renversement en 2003 du Président Ange-Félix Patassé par François Bozizé (lui-même renversé en 2013). En 2013, la Séléka, une alliance de rebelles majoritairement musulmans, avait brièvement pris le pouvoir, tout en commettant plusieurs crimes à l'encontre de la population chrétienne et animiste. S'ensuivit la réplique des milices anti-Balaka (qualifiées par certains de groupes d'autodéfense et largement composés de chrétiens et d'animistes) qui, à leur tour, à leur tour, prirent pour cible des communautés musulmanes et peules (qui sont minoritaires en RCA). Depuis, l'ex-Séléka s'est repliée à l'extérieur de Bangui (tout en contrôlant environ 60% du territoire national) et s'est fragmentée en différentes factions armées.

Maintenant, le conflit menace Bangassou. Interrogé dans les derniers jours par RFI, Mgr Juan José Aguirre Muños, évêque de Bangassou, se disait inquiet du sort réservé aux musulmans de la ville. Ses paroles laissaient peu de place à l'enthousiasme. Selon lui, ces derniers « sont en train d'être étranglés par les anti-Balaka qui rôdent tout autour de la ville ». Près de 2 000 musulmans avaient déjà trouvé refuge dans l'enceinte de sa cathédrale.

La possibilité d'assister au massacre en masse de civils en raison de leur appartenance religieuse ou ethnique devrait alarmer la communauté internationale.

Il est donc question ici d'une importante crise humanitaire. La possibilité d'assister au massacre en masse de civils en raison de leur appartenance religieuse ou ethnique devrait alarmer la communauté internationale. Pourtant, au lieu de converger vers Bangassou, cette dernière quitte les lieux. En raison de la situation sécuritaire, plusieurs ONG internationales se sont retirées de la ville. D'après le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), quatre d'entre elles ont déjà quitté Bangassou. Pendant ce temps, les médias étrangers restent majoritairement silencieux face à la situation. L'une des seules actions tangibles a été l'envoi de renforts de la Miscua. Malheureusement, les récentes commémorations du massacre de Srebrenica nous rappellent l'inefficacité des Casques bleus devant de tels évènements. Il est donc difficile de prédire si un bain de sang aura lieu à Bangassou. Néanmoins, ce qui est certain, c'est que des innocents en seraient inévitablement les principales victimes.

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