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Une victoire du FN est-elle envisageable?

24/02/2017 09:23 EST | Actualisé 24/02/2017 09:23 EST

En avril et en mai prochain, tous les regards porteront sur la France. Les probabilités que Le Pen se rende jusqu'au second tour comme son père en 2002 sont fortes. Plus encore, Marine pourrait certainement accomplir un exploit de plus en arrivant en première position pour le premier tour. Alors qu'en 2002 la course avait été serrée pour cette étape, le candidat d'extrême droite à la présidentielle était arrivé second avec un écart de 3 % par rapport à Chirac et un écart d'à peine 0,68 % par rapport à Jospin qui était arrivé troisième. Or, la situation actuelle est bien différente. Marine Le Pen est évaluée au-dessus de 20 % dans tous les sondages et certains lui donnent même 25 % ou 26 %. En comparaison, Jean-Marie était arrivé second au premier tour de 2002 avec seulement 16,86 % des votes.

Bien évidemment, le second tour risque d'agir comme un rempart contre une éventuelle présidence d'extrême droite. Néanmoins, il serait déraisonnable de ne pas prendre au sérieux la menace que représente Le Pen, car une surprise est toujours possible et, quel que soit le scénario final, ses idées auront malheureusement fait un bout de chemin. En attendant de voir ce qui arrivera, il est intéressant de se pencher l'état des lieux actuel et sur les rapports de force existants entre les partis.

Premièrement, le Parti socialiste présentement au pouvoir s'est lui-même discrédité tout au long de son quinquennat. Alors que Hollande s'exclamait, pendant les élections de 2012, que son ennemi était la finance, force est d'admettre qu'il y a déjà eu des ennemis plus acharnés l'un envers l'autre. Cette façon de créer de l'espoir puis de le trahir est probablement le meilleur moyen de créer du cynisme et de la colère et il y a fort à gager que Hamon, le candidat actuel, se retrouve handicapé par le manque de confiance généré par son propre parti.

Quant à Macron, il est l'exemple même de l'extrême centre dépolitisé qui conçoit la politique comme une sorte de pratique managériale. Le vide qu'il représente, notamment par son absence de programme, est l'un des syndromes d'une société plus unidimensionnelle que jamais et qui ne propose plus d'alternatives. Bien qu'il soit le candidat ayant pour l'instant le plus de chances de gagner le second tour face à Le Pen, il ne faut pas se leurrer en imaginant qu'il représenterait la solution contre l'extrême droite. Advenant le cas où il gagnerait, l'immobilisme qu'il annonce ne ferait probablement que renforcer les conditions qui permettent au discours du Front National d'exister et de se répandre.

Plus à bâbord, Mélenchon se retrouve empêtré dans le bourbier dont est incapable de se sortir la gauche assumée en général. Depuis plusieurs années, ses propositions sont ridiculisées et ses combats sont ignorés. En réalité, c'est elle qui paie les frais de l'extrême centrisme qui empêche de penser un autre monde postcapitaliste. Or, c'est probablement dans son camp qu'un antidote à l'extrême droite aurait le plus de chances d'être trouvé. Mais le matraquage idéologique contre l'alternative à gauche fait en sorte qu'il est difficile d'imaginer un tel scénario trop beau pour la réalité concrète du monde politique.

La victoire de Trump démontre qu'il faut s'attendre à tout et qu'il ne faut pas sous-estimer le populisme de droite.

Pour finir, même la droite de Fillion fortement conservatrice sur le plan des valeurs ne parvient pas à séduire la population. Non seulement des scandales viennent renforcer l'image négative du parti et du candidat, mais plus encore, le parti semble vouloir plagier le Front National, ce qui risque fort bien d'échouer considérant qu'entre une copie imparfaite et l'authentique, il est plus probable que l'authenticité triomphe.

En conclusion, tous les camps opposés au FN, à droite comme à gauche, ont actuellement du plomb dans l'aile sauf Macron. Toutefois, celui-ci pourrait même s'avérer être un catalyseur pour l'extrême droite dans un avenir rapproché. Bien que le système électoral ait une sorte de rempart qui favorise à tout coup le centre (ce qui d'ailleurs contribue à l'unidimensionnalité de la politique), il ne faut pas oublier que le FN est un appareil bien rodé qui a beaucoup progressé sur le plan tactique. Par ailleurs, la victoire de Trump démontre qu'il faut s'attendre à tout et qu'il ne faut pas sous-estimer le populisme de droite.

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