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Se réapproprier l'espace commun

21/10/2016 10:28 EDT | Actualisé 21/10/2016 10:28 EDT

L'espace est une richesse, une richesse limitée qui peut donc avoir une valeur d'échange (monétaire), mais aussi une valeur d'usage. Tout ce qui vit a besoin d'un territoire, ne serait-ce que pour se nourrir, s'abreuver, se protéger, bref, pour assurer les nécessités de base. Ces grands thèmes s'incarnent pratiquement dans les questions du logement, de l'écologie, de l'agriculture ou encore de diverses mesures visant à garantir une qualité de vie aux personnes en situation d'itinérance.

Malheureusement, il est bien connu que le territoire est actuellement largement sous l'hégémonie des grandes entreprises. Tout a été pensé à leur avantage: les transports, l'emplacement des quartiers, le zonage, les lois ainsi que la mise à disposition des richesses naturelles favorise intimement la maximisation de la plus-value. L'anthropologue James C Scott donne un exemple à plus basse échelle de ce à quoi peut ressembler l'occupation capitaliste de l'espace dans le cas d'une multinationale de la malbouffe : «la disposition des lieux est calculée jusque dans les moindres détails de manière à maximiser le contrôle du matériel et des méthodes de travail depuis le centre. [...] Les réfrigérateurs sont uniformes et leur emplacement dans l'espace est prescrit. Il en va de même en ce qui concerne les friteuses, les grils, le protocole de nettoyage et d'entretien, les emballages de papier, etc.»

Cette uniformité est parfaite pour la production de plus-value, mais qu'en est-il en ce qui a trait aux besoins humains? Surtout, qu'arrive-t-il lorsqu'il est question d'une ville plutôt que d'une entreprise? L'anthropologue cité plus haut écrit que ces types de gestions rencontrent «des difficultés parfois catastrophiques lorsqu'ils font face à un milieu naturel récalcitrant dont ils comprennent mal la complexité, ou s'ils sont en présence d'une nature humaine rétive dont ils comprennent également mal le caractère complexe.»

L'espace commun riche en potentiel est sacrifié sur l'autel du profit privé.

Il est clair que cette logique du traitement de l'espace nie le bien-être de la population et de l'environnement. L'espace commun riche en potentiel est sacrifié sur l'autel du profit privé. Or, ce qu'il faudrait, c'est la conquête du territoire afin de mettre de côté la rationalité marchande au profit de la rationalité sensible. C'est l'accès à la ville qui est concerné. Le droit au logement, un environnement sain et propre, des services gratuits et abondants, une politique de transport en antithèse avec le règne de l'automobile, et plus encore. Voilà ce à quoi ressemblerait ce projet de conquête collective du territoire. Il s'agit d'une entreprise qui assume entièrement le fait d'être en antagonisme complet avec la séparation et le fractionnement véhiculés par les ténors du néolibéralisme et de l'hégémonie de la marchandise. L'autodétermination populaire en matière de gestion du territoire, voilà où conduirait une telle démarche.

Cependant, il est clair que ces objectifs ne sont subversifs que dans une moindre mesure. Ils ne constituent qu'un point de départ d'une immense tâche. Un projet qu'il est nécessaire d'entamer dans une optique de justice, d'égalité et de liberté. Il est fort probable que les premiers objectifs de ces projets puissent être atteints au sein des municipalités qui, plus facilement que l'État, peuvent devenir des organes de démocratie participative.

En conséquence, j'en appelle à une véritable gauche municipale capable d'ouïr les enseignements de personnes comme Murray Bookchin. L'écologie sociale et le municipalisme libertaire méritent d'être repris et d'être appliqués ici dans les villes et villages du Québec. Pas question de généraliser un modèle unique bien sûr. Il faut que le changement soit vernaculaire et parte du bas vers le haut. La concrétisation d'un tel projet devrait être au cœur de la motivation des forces progressistes pour les prochaines élections municipales qui arrivent à grands pas.

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