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Faut-il québeciser le conflit du Sahara marocain?

12/10/2013 09:46 EDT | Actualisé 12/12/2013 05:12 EST

Depuis toujours, je suis admiratif de la Confédération canadienne, avec ses grandes provinces démocratiques, et spécialement la province du Québec. Après des négociations historiques et continues dans le temps, la fédération et les gouvernements provinciaux se sont divisés les tâches et les rôles à jouer politiquement, militairement, socialement, fiscalement...

Chaque province cherche à augmenter ses pouvoirs et, naturellement, le gouvernement fédéral ne cède que peu. Tout ceci se fait dans le respect et selon les règles démocratiques; sans guerres armées, ni sangs d'innocentes victimes, car dans la plupart des conflits, ce sont les populations civiles qui paient le prix fort.

De l'autre côté de l'Atlantique, après l'ère de la décolonisation en Afrique, un problème territorial s'éternise entre le royaume chérifien du Maroc et le front du Polisario. L'encre a assez coulé entre études de toutes sortes, journaux, lobbyistes... Si seulement ça ne se limitait qu'à l'encre. Malheureusement, le sang a aussi longuement coulé à flot lors des affrontements entre le Maroc, le Polisario et l'Algérie. Cette dernière est partie prenante depuis la naissance du conflit, elle qui retient les rebelles sahraouis dissidents à l'intérieur de ses frontières républicaines, et qui arme et met à la disposition du Polisario ses pouvoirs diplomatiques et financiers.

Les peuples algériens et marocains partagent une histoire solidaire impressionnante, une culture quasi-identique, une musique partagée, un dialecte et un vocabulaire commun. Vu de cet angle ouvert, rien ne les oppose. Cependant, la politique étant la recherche des intérêts nationaux, l'angle devient de plus en plus aigu. Comme disait le général Charles de Gaulle: « Les États n'ont pas d'amis. Ils n'ont que des intérêts ».

Le royaume marocain a toujours fait valoir ses relations historiques, commerciales et politiques (via la Bey'a) sur les sahraouis, alors que le Polisario réclame le droit à l'autodétermination de son peuple, bien sur aidé par la république socialiste d'Algérie. Depuis la naissance de ce conflit, nous assistons à plusieurs jeux politiques en public et dans les coulisses diplomatiques, ce qui exacerbe les relations bilatérales entre le Maroc et l'Algérie. En 1962, lors du Discours du trône, le feu roi Hassan II rappelle la détermination du Maroc à récupérer son Sahara. En 1973, les rebelles répondent en créant un Front militaire Polisario et une république arabe sahraouie. Et depuis, aucun avancement ni dans les négociations ni dans les relations entre le royaume et son voisin algérien. Jusqu'en 2006 où le Maroc, soutenu par les puissances mondiales, propose l'autonomie de la région, sous son égide.

La proposition marocaine semble la meilleure solution afin de balayer ce problème diplomatique épineux qui mobilise les ressources humaines et financières des deux peuples frères. Pourquoi ne pas recopier le modèle canadien vis-à-vis des indépendantistes québécois?

De toute évidence, le Polisario et ses dirigeants n'ont pas encore atteint la maturité des partis souverainistes du Québec, ces derniers n'ont jamais tué ou torturés les fédéralistes mis à part quelques malheureux incidents du Front de libération du Québec (FLQ).

Les différences flagrantes entre les deux mouvements sont palpables que je n'ai point l'énergie pour les dresser, mais il y a surement un point de départ pour rallier les rebelles vers la mère patrie. Si le Québec libre et indépendant est le rêve d'environ 40% de la population québécoise, sans même un horizon référendaire, ce taux ferait, sans aucun doute, rougir les leaders sahraouis, car je ne pense guère que les séparatistes du Sahara arriveraient à l'atteindre.

D'un autre coté, les fédéralistes québécois et les habitants des autres provinces du Canada semblent respecter humblement les aspirations du Parti québécois et des autres partis souverainistes, chose qui manque dans la culture des partis politiques marocains hormis chez quelques partis de l'extrême gauche. D'autre part, le régime canadien ne réprime jamais les manifestations organisées par les québécois souverainistes.

Je me rallie à la proposition marocaine sur le Sahara marocain, puisque les sahraouis bénéficieront d'une large autonomie dans beaucoup de domaines, et prendront en main leurs destinées économiques et sociales.

Les sahraouis auront leur propres partis politiques défendant l'indépendance, non pas uniquement au Sud marocain mais aussi à la capitale administrative Rabat. Les leaders séparatistes pourront mettre en valeur les envies d'indépendance de leurs électorats.

Le Polisario devra accepter de laisser les réfugiés de rentrer à la mère patrie, le Maroc. Et ce dernier devra faire une concession et accepter que le Polisario ait un siège à Rabat pour défendre ses idées.

Le Maroc inclusif de ces séparatistes, affirmera son intégrité territoriale, jouera le jeu politique et sûrement les supporters du Polisario abandonneront l'idée de la séparation car l'union fait la force, et un état sahraoui sans ressources, ne sera qu'un état fantôme et bidon, sous les influences d'Al-Qaeda au Maghreb islamique ou d'autres états qui ne veulent point la stabilité du royaume, de l'Algérie et de la région pour des raisons géopolitiques.

La guerre froide entre l'Algérie et le Maroc ne sera qu'un mauvais souvenir à oublier, et les tensions entre le Maroc et le Polisario se transformera en joutes politiques, médiatiques, sans victimes ni de dommages collatéraux.

Fermez les yeux !!!

Faites travailler vos sens et imaginez le Polisario avec un parti politique légal et honnête à Rabat, défendant l'idée d'un référendum et d'une possible indépendance.

Et pourquoi pas?

Le monde arabe et le Maghreb doivent se mettre en mode dialogue et régler pacifiquement leurs différends. La démocratie et la liberté d'expression sont les socles d'une vie paisible, d'une croissance économique et sociale.

Je suis un fervent défenseur de l'union du Maghreb, de l'Union des états arabes et de la disparition des frontières. La libre circulation (des hommes et des marchandises) sera le moteur des économies arabes et un atout pour une paix durable et soutenue dans le temps entre les différentes fractions du peuple arabe.

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