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Petite histoire de la drogue et son avenir dans nos vies

02/11/2014 08:15 EST | Actualisé 02/01/2015 05:12 EST

Qui décide de l'acceptabilité sociale d'une substance ? C'est la société elle-même qui offre un jugement moral sur un produit donné, alors pourquoi légiférer ? Si ce n'est que pour contrôler une frange de la société. Soyons honnêtes, au niveau pharmacologique, même la vitamine C est considérée comme un psychotrope, puisqu'elle agit sur le système nerveux central, alors ? Allons-nous mener une campagne médiatique et politique pour l'interdire ?

En règle générale, la prohibition d'une substance illicite (ou d'un psychotrope) se pose lorsque cette dernière est adoptée par une société et intégré socialement, elle peut devenir banaliser et domestiquer. Selon Beauchesne (1991), la prohibition est surtout une histoire américaine. Le contexte économique difficile y est pour quelque chose, puisqu'il fallait défendre les intérêts économiques américains.

Nous vivons clairement dans des états policiers, ayant une vision rétrograde de la loi et ne faisant aucune distinction entre un consommateur récréatif et un consommateur malade ou un vendeur grossiste et un revendeur de quartier. Dans certains pays, la simple consommation d'un joint peut mener à la même sentence juridique qu'un acte criminel grave.

Les gouvernements mondiaux mènent une lutte acharnée à la drogue. Ils entretiennent une guerre à la fois aux consommateurs qu'aux barons des drogues. Allant même, dans certains pays, appliquer une répression violente vis-à-vis des consommateurs, tout en épargnant les barons de la drogue, détaillants comme grossistes.

La prohibition est avant tout basée sur le racisme à l'égard des minorités et sur les intérêts économiques d'un gouvernement.

Même si les plus dépendants aux drogues, selon Beauchesne(1991), faisaient partie de la haute société, c'est-à-dire des médecins, des artistes et des politiciens... Ce sont les plus pauvres de la société qui en souffraient le plus. Ceci renforce la perception de la population qui associe la délinquance et la pauvreté avec la consommation de drogues.

Dans l'histoire américaine, chaque minorité ethnique était associée à une drogue. Les noirs à la cocaïne, les Mexicains à la Marijuana et l'opium aux Asiatiques ...

Si les noirs se rebellaient, c'est à cause de la consommation de la cocaïne, voilà comment le gouvernement voyait la situation. Il faisait fi de leur situation économique, sociale et identitaire aux États-Unis. C'est ainsi que la cocaïne fait son entrée dans le Harisson Narcotic act en 1914.

Quant aux Mexicains, Beauchesne(1991), nous révèle qu'ils constituaient une main d'œuvre accessible pour les entrepreneurs américains, au sud du pays. Lorsque ces travailleurs, connus pour leurs fumettes de Marijuana, fondaient des syndicats pour la défense de leurs droits, le législateur ne trouve que la prohibition du cannabis pour les mater. C'est ainsi que le congrès vote sans difficulté la loi prohibitive du cannabis en 1937.

Et maintenant... ?

Les lois prohibitives n'ont ni assuré une paix sociale ni encouragée les populations à cesser de consommer les psychotropes illicites, bien au contraire, l'interdit attire les jeunes et le crime organisé.

Au niveau mondial, le Haschich marocain continue d'être cultivé et concurrence avec brio, et déclasse avec raison, le haschich de la Bekaa libanaise. Idem pour la cocaïne colombienne qui défie toute concurrence du Pérou ou de la Bolivie. Quant à l'opium afghan, sa culture a explosé depuis l'invasion américaine. Alors, que faire ? Qui engager ?

De moins en moins, la classe politique s'appuie sur des lois désuètes pour combattre la toxicomanie, c'est un fait. Cependant, et c'est le paradoxe de la situation, elle continue de clamer la pertinence des lois pénales pour combattre le commerce illicite des drogues. Pourtant, les barons de drogues sont de moins en moins incarcérés, contrairement aux petits dealers de quartiers.

Les états doivent s'inspirer de l'expérience uruguayenne. Ce petit pays surprend les experts les plus conservateurs. Avec sa dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), le mariage gai et la régulation du cannabis par l'État, l'Uruguay devient une terre progressiste par excellence.

L'état confisque aux malfrats leur rôle illicite au sein de la société. Dorénavant, il revient à l'état de réguler les activités de plantation, de culture, de récolte, de production et de commercialisation du cannabis. Le président Mujica démontre au monde entier que la répression et la prohibition n'offrent aucune perspective viable à long terme.

Heureusement, au canada, comme ailleurs, nous ne sommes guère loin d'avoir un élan social et politique en faveur de la dépénalisation des drogues et leur légalisation purement et simplement. Seuls les conservateurs de Steven Harper, les religieux puritains et la police se dressent contre cet élan.

Finalement, tant que le commerce de la drogue n'est pas régulé entre états, encadré selon des lois concises et universalisées, il restera propice à la criminalité et au terrorisme internationalisé. L'argent facile attire autant les gangsters institutionnalisés que les bandits du dimanche.

Matériellement, c'est le contribuable qui perd au change ; humainement, c'est le consommateur qui devient paumé; Et socialement, c'est la société qui paie le prix fort de son mutisme face à ce dossier pas si laborieux que les politiciens semblent faire croire aux peuples.

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