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Le jihad en mode Hollywood

18/06/2014 11:42 EDT | Actualisé 18/08/2014 05:12 EDT

Outre la coupe du monde du soccer, l'État islamique en Iraq et au Levant est le sujet brulant en ce moment. Si les médias semblent découvrir récemment ce groupe sanguinaire, sachez que les combattants, de cet état fantasmé, existent depuis et à cause de l'invasion américaine en Iraq.

On les appelle Eiil en français, Isis ou Isil en anglais, Daech comme pseudonyme péjoratif en Arabe. Ils font les manchettes depuis le début de la guerre intestine syrienne, ils sont nés grâce à Abou Moussab Zarqaoui, ce jeune jordanien qui a arraché les lumières de la célébrité à Ben Laden et s'est revendiqué émir incontestable d'Al-Qaeda en Iraq. Ben Laden, sans doute jaloux et inquiet, finit par le sacrifier. Dans tous les cas, Zarqaoui est mort et Ben Laden aussi. Cependant, leur idéologie meurtrière baigne encore dans les mers. Et c'est au tour d'un inconnu, Abou Bakr al-Baghdadi , de mener la Dawla (État islamique), entre la Syrie d'Al-Assad et l'Iraq de Maliki, vers la légitimité.

Si Ben Laden se devait d'enregistrer son message sur une cassette vidéo à l'avance afin d'appréhender le délai de transmission et les obstacles sécuritaires, aujourd'hui, ses descendants sont des as de l'informatique, du montage cinématographique, des infographistes inspirés et des professionnels des réseaux sociaux. Figurez-vous que Twitter, Facebook et YouTube servent de plateforme de communication à ces terroristes... et ce gratuitement!

Prenons par exemple les hommes de l'Eiil, ces détestés de tous, même d'Al-Qaeda. Depuis quelques mois, ils produisent de vrais films destinés au monde entier. D'une part, ils s'en servent à des fins de propagande mobilisatrice afin de rallier les villageois à leur cause. D'autre part, ces films leur attribuent une image de marque face aux groupes rivaux. Aujourd'hui, les jeunes jihadistes du monde entier ne désirent plus rejoindre n'importe quelle rébellion en Syrie, mais celle de la Dawla, qui veut dire l'État islamique en Iraq et au Levant (cham).

L'Eill se lance dans la production d'une série de mini-films qui s'intitule Le choc des épées » (saleel sawarim). Les jihadistes de l'Éiil y filment leurs batailles et exploits, les cérémonies d'allégeances des tribus, leurs actions caritatives, etc. Ils choisissent de diffuser leurs vidéos de propagande en plusieurs épisodes, à l'instar des blockbusters. Ceux-ci sont d'abord mis en ligne en primeur sur des forums dédiés à la rébellion armée et au jihad armé, pour finalement être publiés sur le compte Twitter officiel de la Dawla et relayés par les jihadistes eux-mêmes et leurs partisans via les réseaux sociaux.

Cette série est digne d'un film d'Hollywood, avec un scénario sulfurant de violences et un montage, malheureusement, excitant. On y voit des explosions et des effets sonores, des tirs en rafale, des tirs de roquettes Hawn... Même des décapitations ou des tueries organisées... Bien sûr, le tout enveloppé dans un package religieux.

Même si ces vidéos sont destinées aux jeunes pour les inciter au combat, il n'en demeure pas moins que la cible reste le camp adverse, c'est-à-dire les armées loyalistes de la Syrie et surtout de l'Iraq.

Si l'idée était la diffusion de la propagande et la vulgarisation des messages jihadistes, auprès de leurs fans et prospects dans les quatre coins du monde, les concepteurs ont vite saisi l'opportunité pour y inclure des scènes sensationnelles.

Des scènes demeurent criblées d'émotions, comme, par exemple, les perquisitions-surprises au domicile des familles des soldats de l'armée iraquienne, ou encore des scènes de « pré-exécutions » touchantes où l'on aperçoit un homme et ses deux enfants creusant leur propre tombe.

Non, il ne s'agit pas d'un film d'horreur underground, mais d'une vidéo de propagande d'Eiil. La contenance est d'une violence exécrable, diffusée et accessible pour tous, sur YouTube.

Ces monstres visent en premier lieu les Iraquiens sunnites. Ils désirent les informer de ne travailler ni pour l'armée iraquienne ni avec les musulmans chiites qu'ils considèrent mécréants. Le clivage sunnisme - chiisme prend un tournant inquiétant. Bien sûr, cela n'a rien de religieux, mais politique.

Il est temps que les diffuseurs officieux de ces organisations, comme Twitter, YouTube et Facebook, fassent un remue-méninge concernant l'accessibilité de ces atrocités sur leur plateforme. Que l'information soit ouverte à tous, volontiers, mais que nos citoyens soient protégés du terrorisme virtuel.

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